Lettre ouverte des étudiants Français en Russie

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A l’attention de

Tatiana Golikova, Vice-présidente du gouvernement de la Fédération de Russie,

Aleksey Meshkov, Ambassade de Russie en France,

Pierre Levy, Ambassadeur de France en Russie,

Aux co-présidents du Dialogue de Trianon,

Pierre Morel, Ambassadeur de France,

Anatoly Torkounov, Recteur du MGIMO,

Au Président de la Chambre de Commerce et d’Industrie France-Russie,

Emmanuel Quidet,

 

Madame, Messieurs,

Il y a un peu plus de trois ans, le Dialogue de Trianon voyait le jour.  Cette initiative franco-russe à destination des citoyens, des associations, des entreprises, des collectivités territoriales, des universités visait à favoriser le développement de coopérations dans des domaines variés tels que la culture, les sciences, l’éducation, l’entrepreneuriat, les arts, la recherche.

Les Présidents Emmanuel Macron et Vladimir Poutine, à l’occasion de leur rencontre au Château de Versailles, avaient posé la première pierre de ce forum destiné aux sociétés civiles françaises et russes.

« De manière plus large, nous avons partagé le souhait de créer un échange plus intense, plus transparent entre nos sociétés civiles, qui participera aussi du rapprochement indispensable entre celles-ci et d'un dialogue constructif. Le Dialogue du Trianon, permettra un travail plus étroit entre nos sociétés civiles, nos communautés de recherche, d'enseignement, et notre jeunesse. » -
soulignait Emmanuel Macron.

« Nous avons discuté de la nécessité d'échanges entre nos sociétés : nous sommes d'accord sur le besoin d'intensifier les échanges entre nos jeunesses, par exemple en augmentant le nombre d'étudiants russes qui viennent étudier en France et d'étudiants français en Russie. Il faut étudier la culture, l'histoire, les langues des peuples de nos deux pays. » - complétait Vladimir Poutine.

Ainsi, aujourd’hui, de nombreux jeunes russes et français participent activement à l’intensification des relations franco-russes. Ils sont des milliers, chaque année, à s’engager sur cette voie, appuyés par des initiatives en France et en Russie. Il y a à ce jour plus de 1000 jeunes Français, qui étudient dans les domaines scientifiques, économiques ou culturels en Russie. Aux côtés de leurs camarades russes, ils s’instruisent afin de construire le monde de demain.

Mais la pandémie du Covid-19 menace ces relations. Comme la plupart des nations, la France et la Russie ont pris des mesures sanitaires afin de protéger leur population et de limiter la diffusion du virus, et notamment ont procédé à la fermeture des frontières. Mesures nécessaires, mais aux répercussions sévères : la mobilité des étudiants internationaux, et des étudiants français entre autres, vers la Russie est actuellement totalement arrêtée.

Parmi les 1000 étudiants français dans l’impossibilité de revenir en Russie, certains suivent des formations qui reposent sur un apprentissage non seulement théorique, mais aussi pratique. Avec l’enseignement à distance, ils n’ont plus accès au matériel technique dont seules les universités disposent. Ils sont privés d’accès aux bibliothèques universitaires et surtout ils ne peuvent suivre les travaux pratiques ou dirigés, et risquent de perdre rapidement les acquis obtenus avant la pandémie.

Conscients du risque sanitaire et respectueux des mesures prises afin de freiner la propagation de l’épidémie, ces jeunes étudiants français font face à une attente sans perspective économiquement et moralement lourde à porter. Ils doutent de leur capacité à valider leur diplôme et craignent pour la qualité de leur formation. Bien qu’ils séjournent actuellement en France, certains ont leurs effets personnels dans leur logement en Russie, et doivent par conséquent continuer de payer un loyer à des milliers de kilomètres de distance. D’autres ont payé leur scolarité, mais ne bénéficient que d'un enseignement partiel, alors que leurs camarades en Russie jouissent d'une formation complète. Ces difficultés s’accompagnent également de déchirements affectifs.

Malheureusement, le moment où les frontières seront à nouveau ouvertes reste pour l’heure encore incertain et problématique. Nos pays respectifs se montrent , à juste titre, précautionneux face à l’accueil des touristes, car les cas de contamination restent trop élevés dans le monde. Mais il est urgent de minimiser l’impact sur les étudiants et sur les liens durables qu’ils tissent entre nos deux nations. Il est de la plus grande importance de donner la possibilité aux jeunes étudiants français qui ont commencé leurs études en Russie de revenir en Russie, en particulier ceux dont les disciplines ne permettent pas une formation complète à distance. Chaque étudiant français est un ami sincère de la Russie, un russophone passionné, un maillon des liens qui unissent nos deux pays et qui nourrissent nos échanges culturels et économiques.

Ainsi, les jeunes Français étudiants dans les universités de la Fédération de Russie demandent aux autorités compétentes russes et françaises de mettre tout en œuvre pour préserver ces liens et demandent de permettre aux étudiants français de revenir étudier sur le territoire de la Fédération de Russie afin qu’ils puissent pleinement former et construire les échanges de demain.