Soutien aux personnels et étudiant​.​e​.​s mobilisé​.​e​.​s de l'Université de Lille

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Fabien DESAGE
Fabien DESAGE a signé la pétition

ALERTE : quelques enseignant.e.s de la faculté des sciences juridiques, politiques et sociales de Lille ont lancé hier une "pétition", dans laquelle ils appellent à dénoncer et à "poursuivre" les étudiant.e.s et personnels de l'université mobilisé.e.s contre la réforme des retraites et la LPPR, qui se seraient selon eux rendus coupables de "comportements répréhensibles". 

En réponse à cette attaque inadmissible, nouvelle tentative de répression du mouvement social, apportons notre soutien aux étudiant.e.s et aux personnels mobilisés depuis 3 mois pour défendre notre système de protection sociale, et réclamer les moyens nécessaires pour une université publique ouverte, ambitieuse et sans précarité généralisée.

 

Le contexte et les motivations de cette pétition : répondre aux attaques

A l’heure du 49.3, à l’heure de la LPPR, à l’heure de questionnements sérieux autour des libertés publiques et des pratiques policières, à l’heure de la dénonciations des violences faites aux femmes et de la journée du 8 mars, à l’heure enfin d’une mobilisation nationale inédite au sein de l’université et plus largement des services publics pour défendre nos retraites, nos métiers et, au-delà, l’avenir des jeunes que nous formons, on pouvait s'étonner de la discrétion d'un certain nombre d’enseignant.e.s chercheur.e.s de la facultés des sciences juridiques, politiques et sociales de l'Université de Lille. 

C’est qu’ils et elles attendaient le bon moment ! Celui de l’évènement qui pousse à "sortir de soi-même", qui donne le courage de prendre position et de quitter – avant même le coronavirus – son auto-confinement... 

Quel a été l'évènement déclencheur de cette prise de position publique ? La décision honteuse de l’université de Lille (l’une des très rares en France) d'appliquer la hausse massive des frais de scolarité « Bienvenue en France » aux étudiant.e.s étrangers extra-communautaires ? Des actes sexistes ou des propos banalisant les violences faites aux femmes d'un enseignant en droit de la faculté ? La multiplication des arrêts maladie parmi les personnels de la FSJPS ces dernières années et les nombreux problèmes de santé chez nos étudiant.e.s ? La situation de précarité des nombreux personnels contractuels et vacataires qui « font tourner la boutique », dans nos salles de TD mais aussi à la BU ou dans les services ? Le fait que plus de 20% de nos étudiant.e.s vivent sous le seuil de pauvreté et que beaucoup désormais doivent travailler, trop, pour financer leurs études ? 

Rien de tout cela ! Ce qui a indigné au plus haut point la haute conscience morale de nos « cher.e.s collègues » épris de liberté et de justice, mais surtout d’ordre et d'indifférence, c’est le fait que ce jeudi 5 mars – date retenue au niveau national par toutes les organisations représentatives de personnels appelant à ce que « l’université et la recherche s’arrêtent » – plusieurs dizaines de travailleur.ses de la faculté et une bonne centaine d’étudiant.e.s aient choisi, collectivement et pacifiquement, conformément à l'appel national, de perturber (ie faire du bruit, déplacer des chaises et organiser une cérémonie d’enterrement symbolique...) le déroulement ordinaire de la faculté pendant... 3h. Conscient.e.s qu’ils et elles étaient que la plupart des pétitionnaires anonymes ne tourneraient même pas la tête pour s'intéresser à elles et eux, mobilisé.e.s depuis des mois pour défendre notre système de protection sociale et notre université publique. 

Sont-ils/elles venu.e.s ces collègues aux nombreux.ses assemblées générales qui ont eu lieu depuis plusieurs mois au sein de l'université ? Ont-ils sollicité la création de groupes de réflexion ? Ont-ils même discuté ou essayé de discuter avec les personnels impliqués ? La direction de la faculté a-t-elle organisé un débat sur ces réformes qui nous concernent directement, comme l'ont fait ce même jour les doyens de la Faculté des sciences et technologie et celui de la faculté des Humanités, banalisant les cours ? Rien de tout cela, qui menaçait déjà sans doute beaucoup trop la "sérénité" de leur magistère. 

Ces cher.e.s « collègues », qui concluent leur prose ampoulée et bien peu circonstanciée en demandant que « ces comportements répréhensibles fassent systématiquement l’objet de signalements et de poursuites », appelant ainsi à la délation et aux sanctions, ont-ils seulement conscience des relents nauséabonds et de la lâcheté de leur démarche ? On ne se souvient pas avoir lu une pareille tribune d'indignation de leur part pour condamner les agissements de leurs collègues de la faculté de droit de Montpellier, utilisant la force pour évacuer des étudiant.e.s hostiles à la loi ORE (qui avaient sans doute le tort, elles et eux aussi, de perturber le "bon fonctionnement" de la faculté). Occupé.e.s par d'autres lectures et d'autres causes, sans doute nos collègues n'ont-ils/elles pas non plus pris le temps de lire l'éclairante tribune de Virginie Despentes dans Libération le WE dernier, sur les conditions d'étouffement de la contestation, après une cérémonie des Césars "perturbée" par Adèle Haenel. Allez, c’est cadeau. Bonne lecture! 

« (...) La différence ne se situe pas entre les hommes et les femmes, mais entre dominés et dominants, entre ceux qui entendent confisquer la narration et imposer leurs décisions et ceux qui vont se lever et se casser en gueulant. C’est la seule réponse possible à vos politiques. Quand ça ne va pas, quand ça va trop loin ; on se lève on se casse et on gueule et on vous insulte et même si on est ceux d’en bas, même si on le prend pleine face votre pouvoir de merde, on vous méprise on vous dégueule. Nous n’avons aucun respect pour votre mascarade de respectabilité. Votre monde est dégueulasse. Votre amour du plus fort est morbide. Votre puissance est une puissance sinistre. Vous êtes une bande d’imbéciles funestes. Le monde que vous avez créé pour régner dessus comme des minables est irrespirable. On se lève et on se casse. C’est terminé. On se lève. On se casse. On gueule. On vous emmerde ».