PÉTITION SUR L’INVASION DES BŒUFS DE TYPE ZEBU DANS LE BANDUNDU EN RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE

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Nous les soussignés, Congolais du Canada, ressortissants de Bandundu, et citoyens de différents pays, portons à la connaissance de l’opinion nationale et internationale l’invasion des bœufs de type zébu dans de la région de Bandundu.

A. Faits et contexte

1. Depuis plusieurs mois, des troupeaux de bovidés de type zébu venus de la région des Grands lacs, à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC), ont envahi la grande région de Bandundu, à l’Ouest.  Présentés par le gouvernement congolais et par certains notables de l’Est comme arrivant de la province du Tanganyika, le nombre de ces bêtes dépasserait 5000.

Comme pour justifier la présence de ces bêtes dans le Bandundu, Daniel Paluku Kisaka, ministre congolais de Pêche et Élevage, avait déclaré que ces troupeaux appartiendraient aux Congolais de Kalemie dans le Tanganyika, en quête du marché lucratif de la grande métropole de Kinshasa, en qualifiant de « manipulation politicienne » tout ce qui se racontait dans les médias à ce sujet (Radio Okapi, 5 février 2018).

2. Dans le but sans doute de calmer la population, Mr. Paluku avait annoncé en date du 19 février 2018 l’envoi d’une mission gouvernementale pour évaluer la situation sur le terrain (Agence CAS-INFO du 19 février 2018) en ajoutant que ce commerce avait commencé depuis 2015.    

3. Au vu de la situation sur le terrain cependant, la présence de ces bêtes et de leurs accompagnateurs continue de susciter de vives inquiétudes et de créer des tensions.  En effet, les Congolais continuent d’émettre de sérieux doutes quant aux origines de ces pasteurs, sur leur parcours et sur leurs intentions réelles et celles de leurs commanditaires.

4. L’invasion des troupeaux dans le Bandundu rappelle étrangement   l’intrusion jadis dans le Nord-Est du pays des éleveurs Mbororo, venus de la République centre africaine (RCA) et du Sud-Soudan en 2011 et 2012. En effet, ces gens n’avaient lésiné sur aucun moyen pour s’accaparer et occuper des terres des autochtones congolais. Depuis, plusieurs leaders locaux et nationaux n’ont cessé de dénoncer, les abus quotidiens que causent ces éleveurs contre la population congolaise locale.  

5. S'appuyant sur cette situation des éleveurs Mbororo et d’autres cas similaires à l’Est du pays, plusieurs personnalités et organisations n’ont pas hésité de sonner l’alarme depuis février 2018 sur les conséquences de cette invasion sur les activités agricoles des populations locales, sur l’environnement mais aussi et surtout sur la sécurité des autochtones. Par exemple, la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) a dénoncé le silence des autorités nationales congolaises sur la question. L’ancien premier ministre Adolphe Muzito a quant à lui écrit au premier ministre Bruno Tshibala pour lui demander d’éclairer l’opinion sur le sujet. Jean-Paul Moka, du « mouvement bleu », a également rédigé un mémorandum sur le sujet en mettant en doute la version officielle du gouvernement congolais. L’Association de professeurs originaires du Kwango a, elle aussi, fait état de l’invasion des troupeaux et de leurs accompagnateurs parlant une langue inconnue dans la région. Monseigneur Timothée Bodika, Évêque de Kikwit a, pour sa part, stigmatisé la situation et également prévenu des conséquences dangereuses que ces déplacements non-encadrés des bêtes entraîneraient.  

6. En mars dernier, une table ronde a été organisée au sujet de la présence de ces troupeaux. Malheureusement le 16 avril 2018, Radio Okapi rapportait la déclaration des organisations de la Société civile du Kwango et des chefs des terres de Bukanga Lonzo, dénonçant la non-application des recommandations issues de la table ronde.

B. Notre position

En conséquence, nous les soussignés, personnalités originaires de la région de Bandundu et toutes autres personnes éprises de paix et de justice :

7. Rejetons avec fermeté la position du gouvernement, particulièrement celle du ministre de Pêche et Élevage par rapport à la présence de ces vaches. Nous considérons que les inquiétudes de la population locale face aux accompagnateurs et leurs bêtes restent fondées d’autant plus que des cadavres en état de décomposition ont été récemment découverts près de Bukanga Lonzo où certaines de ces vaches sont rassemblées sur ordre du gouvernement congolais. Ces assassinats ne sont-ils pas un moyen d’intimidation que ces envahisseurs et leurs commanditaires utilisent pour occuper des terres par la force ? Ne fut-il pas le cas dans le Nord-Est du pays où les éleveurs Mbororo ont élu domicile ou ailleurs à l’Est du pays ?   

8. Estimons que ces éleveurs ont bénéficié des complicités au sommet de l’état en facilitant la traversée d’une contrée comme le grand Kasaï en proie à des troubles et conflits meurtriers. Sinon, comment, par exemple, expliquer que ces bêtes soient en parfaite santé après un si long parcours de plus de 2000 km de marche sans une quelconque assistance ? Comment, surtout comprendre que les gens ne parlant aucune langue du centre et de l’ouest du pays eussent franchi d’innombrables barrières et autres tracasseries administratives ?  

9. Saluons la CENCO, M. Jean-Paul Moka, Mgr Timothée Bodika, M. Adolphe Muzito ainsi que les professeurs du Kwango pour leurs prises de position. Nous félicitons les chefs coutumiers, les populations locales pour avoir poussé un cri d’alarme sur le problème. Nous fustigeons le silence, à la limite de la complicité, des responsables politiques de Bandundu face à la situation ; surtout ceux qui participent actuellement au pouvoir à Kinshasa.

10. Rappelons l’importance de la loi foncière dite « Loi Bakanjika » du 7 juin 1966 qui règle le régime juridique des cessions et des concessions foncières en RDC. Renforcée par le constituant de 2006, une formulation plus explicite y a été ajoutée conformément à l’Article 9 de la Constitution de la RDC : « L’État exerce une souveraineté permanente notamment sur le sol, le sous-sol, les eaux et les forêts, sur les espaces aérien, fluvial, lacustre et maritime congolais ainsi que sur la mer territoriale congolaise et sur le plateau continental ».  Dans l’entretemps, les modalités d’application de cette disposition constitutionnelle prévoient que « les chefs ancestraux locaux ont la concession perpétuelle sur leurs terres ancestrales qui ne peuvent être cédées à des tiers que pour des concessions limitées dans le temps (25 ans) ».  Cependant, des témoignages précis font état de toutes sortes de subterfuges et de stratagèmes mis en place par des envahisseurs pour s’installer illégalement et de force sur les terres du Bandundu : mariages blancs, extorsions, menaces armées intempestives de hauts gradés de l’armée à partir de Kinshasa.

D. Nos requêtes, actions et engagements

11. Du remboursement des frais de location des terres ancestrales

Nous nous engageons à mener des actions visant à rembourser la totalité des frais perçus par certains chefs coutumiers par des cotisations spéciales des signataires de la présente et par une requête auprès de la Mission de l'Organisation des Nations unies en République Démocratique du Congo (MONUSCO) entre autres.

12. Du départ des occupants

Nous exigeons le départ immédiat et sans conditions des occupants à leurs lieux habituels de résidence et nous refusons catégoriquement leur installation, même à titre provisoire, dans la région de Bukanga-Lonzo ou partout ailleurs dans le Bandundu.   

13. Du dédommagement des victimes de l’invasion

Nous demandons aux gouvernements national et provinciaux, à la MONUSCO, aux organismes humanitaires de dédommager des paysans, des fermiers et des résidents pour des pertes et des manques à gagner subis par l’arrivée de ces zébus et leurs accompagnateurs.

14. De l’impact socio-économique et environnemental de la présence des vaches

Nous exigeons une évaluation de l’impact de la présence de ces vaches sur la santé publique et une prise en charge des soins de santé par des instances et des organismes compétents, notamment le ministère de la santé, la MONUSCO et les organismes humanitaires.

15. De la protection du patrimoine ancestral

Nous demandons à la population locale d’assumer pleinement et pacifiquement l’héritage des terres léguées par ses ancêtres, de demeurer plus que jamais très vigilante à l’avenir pour ne plus se laisser envahir par qui que soit, et surtout de se rappeler qu’aucune arme n’est plus puissante que la force de l’esprit qui habite un peuple.

16. Aux autorités administratives et à la population locale

Nous demandons aux autorités administratives et à la population locale reconnue pour sa culture de paix héritée des ancêtres, de laisser passer et faciliter, le moment venu, le retour des accompagnateurs des vaches d’où ils sont venus.

17. Aux responsables politiques de Bandundu

Nous exhortons tous les responsables politiques de Bandundu à privilégier l’intérêt public et à ne plus jamais céder à des avantages individuels à court terme. Nous prenons acte de la récente déclaration publiée par Radio Okapi, par laquelle le porte-parole des chefs des terres de Bukanga Lonzo, Théophile Ngamadika, a prévenu les hommes politiques de la région que « les habitants de Kwilu et Kwango ne sont pas dupes ».

18. De l’application et de la fermeté de la loi

Nous attirons l’attention de l’opinion publique que nous ne voulons victimiser personne ni des groupes ethniques en particulier. Nous exigeons simplement et fermement l’application de la loi, ainsi que la vigilance par rapport aux intérêts de notre pays en général et des habitants locaux en particulier.

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