Pétition pour une meilleure reconnaissance des langagiers

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Pétition pour une meilleure reconnaissance des langagiers

Madame,

Nous sommes les membres du Comité consultatif de la "Language Students and Professionals Community" (Communauté des langagiers étudiants et professionnels (CLÉP)), un réseau langagier bénévole présent sur LinkedIn, Facebook et Pinterest. Notre communauté compte à ce jour plus de mille membres, aussi bien des étudiants que des professionnels aguerris. Au cours des dernières années, nous avons tous constaté que l’industrie de la langue s’était dégradée au Canada : de moins en moins de stages et d’emplois à l’interne sont proposés, il est souvent exigé des langagiers qu’ils produisent des textes dans une autre langue que leur langue maternelle, et nos clients ont constamment tendance à offrir de manière inflexible des tarifs non négociables nettement inférieurs à ce que mérite réellement un langagier professionnel ayant suivi une formation universitaire. Nous avons également remarqué que les représentants des autres secteurs professionnels ignoraient trop souvent qui sont les langagiers et ce qu’ils font.

À la lumière de ces observations, le Comité consultatif de la CLÉP a jugé nécessaire de rédiger cette pétition afin que :

a)      le rôle des langagiers soit mieux reconnu auprès des entreprises des secteurs public et privé, des professionnels et des particuliers; et que

b)      leurs réalités professionnelles soient enfin comprises.

À cet effet, nous souhaitons attirer votre attention sur sept revendications qui permettraient de redresser la situation :

1)      informer le monde professionnel sur la réalité des métiers langagiers, qui ne sont pas reconnus à leur juste valeur;

2)      rappeler à l’ordre les employeurs qui contraignent les langagiers à travailler dans plus d’une langue d’arrivée;

3)      rappeler à l’ordre les employeurs qui exigent de la part des langagiers débutants une expertise correspondant à celle de professionnels chevronnés;

4)      exiger que les clients qui font appel aux services de langagiers respectent des tarifs raisonnables;

5)      mettre un frein aux constantes suppressions de postes; et

6)      réinstaurer le programme Traduca ou créer de nouveaux programmes de stage similaires.

1. La méconnaissance des réalités des métiers langagiers : nous sommes entravés par le fait que de nombreux clients ignorent qui sont les langagiers et ce qu’ils font. Trop d’idées erronées circulent de ce fait à propos de nos métiers. Par exemple, les employeurs croient souvent que les traducteurs transposent oralement une langue dans une autre. Ils ignorent que c’est là la responsabilité des interprètes, tandis que les traducteurs transposent des textes d’une langue à une autre. De plus, le fait que le grand public soit capable d’apprendre et d’utiliser une langue donnée conduit la plupart des clients à sous-estimer la complexité du travail du rédacteur ou du traducteur; il n’est alors pas surprenant que ces mêmes clients imposent des délais très serrés aux langagiers. C’est pourquoi nous avons besoin du soutien du gouvernement canadien pour faire prendre conscience aux employeurs que les métiers langagiers nécessitent bien plus de compétences qu’ils ne le croient et que n’importe qui ne peut s’improviser traducteur, interprète, correcteur d’épreuves, rédacteur, etc. Il serait judicieux que le gouvernement donne l’exemple, car nos métiers sont dévalorisés en raison de nombreuses idées préconçues qui ne pourront être renversées que si les employeurs sont incités à se renseigner sur les professions langagières.

2. L’ignorance des complexités liées au travail dans une ou plusieurs langues secondes : au cours des dernières années, certains employeurs ont pris la fâcheuse habitude de demander aux langagiers de travailler dans des langues secondes avec le même niveau de maîtrise que dans leur langue maternelle, comme l’attestent les nombreuses annonces consultables sur les sites de recherche d’emploi, notamment Jobbank, Monster, Grenier aux emplois ou Isarta. De nombreux employeurs croient en effet, à tort, que le multilinguisme ne requiert pas d’efforts particuliers. En réalité, les professionnels capables de travailler aussi bien dans des langues secondes que dans leur langue maternelle sont extrêmement rares. Certains employeurs vont même jusqu’à exiger ce multilinguisme pour des postes habituellement unilingues, notamment rédacteur, réviseur ou correcteur d’épreuves. Plus inquiétant encore, il arrive que des agences gouvernementales fédérales demandent aux langagiers de travailler dans d’autres langues que leur langue maternelle, pratique qui devrait plutôt être découragée si le gouvernement souhaite mettre un point d’honneur à assurer la qualité des deux langues officielles.

Nous demandons alors aux secteurs privé et public de s’abstenir d’offrir des postes requérant une maîtrise absolue de langues secondes, quelle que soit la profession concernée. Il est établi qu’un langagier sera toujours plus à l’aise dans sa langue maternelle et qu’il ne pourra fournir un travail de qualité égale dans une autre langue. Les entreprises ne peuvent ainsi faire l’économie d’employés supplémentaires : chaque langue de rédaction ou combinaison de langues de traduction nécessite une personne différente et adéquatement qualifiée.

3. Les exigences irréalistes en matière d’expérience : pour faire l’économie de réviseurs et de correcteurs d’épreuves, les employeurs recherchent des professionnels chevronnés capables de produire des textes clé en main. Il en résulte que les étudiants et les professionnels débutants qui arrivent sur le marché de l’emploi voient leur candidature rejetée par « manque d’expérience ». Pourtant, si ces nouveaux diplômés et professionnels émergeants se voient refuser la possibilité de travailler en entreprise, comment peuvent-ils acquérir de l’expérience? Surtout, comment peuvent-ils espérer devenir des langagiers confiants et compétents dans ces conditions? Nous demandons par conséquent aux employeurs d’être plus ouverts d’esprit et de donner une chance aux nouvelles générations de langagiers, afin qu’ils puissent devenir d’excellents professionnels.

4. La dévalorisation des tarifs : ce sujet est celui qui affecte le plus les conditions de travail des étudiants, des langagiers débutants et même des professionnels aguerris. Au Canada, comme ailleurs dans le monde, clients et employeurs se plaignent régulièrement que le coût des services langagiers est trop élevé. Ils imposent alors des tarifs toujours plus dérisoires, au point où le salaire minimum ne nous est même plus garanti, ce qui est inacceptable puisqu’une formation universitaire est souvent exigée pour exercer nos professions. Qui plus est, cette course aux tarifs bradés n’est, en fin de compte, profitable ni aux clients ni aux employeurs puisque la qualité linguistique des textes ainsi produits s’en ressent, ce qui force l’employeur à engager un second professionnel plus sérieux pour refaire le mandat. Il aurait évidemment été plus économique de confier dès le départ ce mandat à un langagier exigeant un tarif plus élevé, mais étant plus qualifié, ce qui illustre bien l’importance de privilégier la qualité par rapport à la quantité. Nous demandons ainsi aux clients (particuliers, petites et grandes entreprises, gouvernements fédéral et provinciaux) d’adhérer à des tarifs raisonnables. À cet effet, ils peuvent notamment consulter les statistiques connexes émises par les associations langagières nationales ou internationales.

5. Les suppressions de postes : malheureusement, elles se sont banalisées au cours des dernières années. Les langagiers qui travaillent pour les ministères fédéraux, provinciaux et territoriaux, ainsi que dans le secteur privé sont tous affectés. Cette situation est à déplorer, car le travail des langagiers est essentiel pour assurer la production de communications écrites de la plus haute qualité qui soit. Par ailleurs, la qualité de la langue subit un appauvrissement considérable en raison des outils de traduction automatique, dont l’usage à grande échelle entraîne incidemment des suppressions de postes supplémentaires. Nous demandons par conséquent aux partis au pouvoir d’intervenir afin de veiller à la qualité de la langue dans les domaines public et privé. Cet objectif pourra être atteint non seulement en mettant un frein à la suppression d’emplois, mais également en revoyant la pertinence des outils de traduction automatique. D’autre part, nous demandons aux employeurs du secteur privé et du secteur public élargi ainsi qu’aux organismes sans but lucratif de respecter leurs langagiers et de comprendre l’importance de leur travail, qui se doit d’être de qualité.

6. La raréfaction des stages : le nombre de stages de traduction a fortement diminué au cours des dernières années, en particulier ceux qui étaient jadis financés par le gouvernement fédéral. Le programme Traduca, qui s’adressait aux étudiants canadiens inscrits à une formation universitaire en traduction, est notamment très regretté depuis qu’une compression budgétaire en 2012 a entraîné sa suppression. Depuis, tous les stages, qu’ils soient financés ou non par le gouvernement, se sont raréfiés dans l’ensemble du secteur langagier, alors qu’ils sont indispensables à la formation et à la réussite des étudiants. C’est pourquoi nous demandons la réinstauration de Traduca ou la création de nouveaux programmes de stages.

Le contenu de la présente pétition nous tient particulièrement à cœur, non seulement parce que la mise en œuvre de ses propositions permettra d’améliorer les conditions de travail de tous les langagiers, mais également parce qu’elle assurera une préparation adéquate de notre relève avant le départ à la retraite de tous les professionnels chevronnés.

Cordialement,

Le Comité consultatif de la Communauté des langagiers étudiants et professionnels

 



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