Pour l'ajout de notices explicatives qui préviennent de l'apologie du viol sur Netflix

Pour l'ajout de notices explicatives qui préviennent de l'apologie du viol sur Netflix

0 a signé. Prochain objectif : 200 !
Quand elle atteindra 200 signatures, cette pétition aura plus de chance d'être inscrite comme pétition recommandée !
Clara BLANCA a lancé cette pétition adressée à Netflix et à

Hier soir je reçois une notification Netflix : un nouveau film est disponible, Emmanuelle, de Just Jaekin. La description est celle qui suit : “Young, naïve Emmanuelle is en route to Bangkok to join her new husband. When she arrives, he initiates her into a new world of sexual ecstasy.”— autrement dit : “Jeune, naïve Emmanuelle est en route pour Bangkok pour rejoindre son nouveau mari. Lorsqu'elle arrive, il l'initie à un nouveau monde d'extase sexuelle.”

Je ne sais pas si ce sont les stagiaires ou Donald Trump qui rédigent ces descriptifs, quoi qu'il en soit ils mériteraient de lire et relire Jouissance Klub et d'écouter Les couilles sur la table à la Orange Mécanique.

J'avais entendu parler de ce film, qui date de 1974 et est tiré d'un livre d'Emmanuelle Arsan, lorsque j'étais plus jeune. Curieuse, je clique. Emmanuelle est l'histoire d'une jeune modèle qui, en effet, rejoint son mari en Thaïlande. Jusque là, ça se tient. Elle découvre sur place une micro société d'expats blindés qui couchent les uns avec les autres pour tromper l'ennui. Les hommes travaillent le jour — entre des pauses massage, ces derniers effectués par des jeunes femmes qu'ils se permettent de tripoter comme si elles leur appartenaient — et les femmes se prélassent cul nul au soleil, enfermées dans leurs immenses maisons luxueuses afin d'éviter d'avoir à faire face à la pauvreté des locaux. D'ailleurs, dès son arrivée, Emmanuelle est choquée, en traversant la ville dans le coupé rutilant de son mari, à la vue de ces gens montrés comme agressifs et dont la misère l'effraie. Son mari la rassure : bientôt elle ne s'en rendra plus compte, elle n'aura plus à y faire face. Ah, bon, tout va bien alors. Il suffit d'ignorer ces vauriens du haut de son balcon fleuri. Joli mépris de classe, comme ça, en passant. Arrivés dans leur villa excentrée, ils sont accueillis par le personnel : quatre jeunes femmes et un garçon, que Monsieur a choisi pour leur beauté physique à des fins, on le devine, d'abus sexuels. Très rapidement on est confrontés à une première scène de viol. Le garçon court après une des employées de la maison et couche avec elle alors qu'elle se débat. Heureusement, au bout d'un moment, on voit qu'elle aime ça. Gros plan sur son visage, les grimaces se transforment en plaisir. On est soulagés.

Je ne vais pas vous raconter tout le film en détail, mais en voici donc un petit aperçu.

Suivent des scènes de viol (au moins trois autres), des mineures travailleuses du sexe glorifiées, bref, un pur bonheur. Tout cela est filmé à travers l'angle de la liberté sexuelle. Il est dit : le couple est un carcan réactionnaire, il n'y a pas de règles lorsqu'il s'agisse de baise, fumons de l'opium et trafiquons des êtres humains en toute impunité car nous sommes des hommes riches, puissants, les femmes sont nos objets et le monde nous appartient. Car bien entendu, si la femme doit passer par le viol répété pour comprendre ce qu'est le plaisir et ‘l'extase’, pour citer Netflix, ce n'est pas le cas de l'homme. Non, l'homme, lui, agrippe les bras des femmes et leur ordonne la marche à suivre, c'est lui qui sait, qui a raison. Si la femme résiste, c'est qu'elle est un peut bête, c'est qu'elle est un peu basse pour saisir le grandiose de cette soit-disante liberté sexuelle. Mais puisqu'elle est faible, il suffit à l'homme de la forcer. C'est bon, elle a compris la petite ? Tout est bien qui finit bien.

Je précise rapidement que couple et opium ou pas, liberté sexuelle ou pas, là ne réside pas mon propos. Chacun fait ce qu'il veut au lit ou ailleurs tant que c'est dans le consentement, le respect, non négociables, de l'autre et de certaines lois. Ainsi, il y aura toujours des règles, des règles essentielles, à appliquer tout rapport humain, à toute sexualité. Affirmer le contraire est un leurre et une excuse au comportement violent, à l'annihilation de l'individu.

Pour résumer : apologie du viol, apologie de la pédophilie, apologie de l'idée de la suprémacie blanche, apologie de la femme objet, apologie du mépris de classe, apologie de la domination masculine, et j'en passe certainement.

Alors, que faire de tout cela ? Je n'ai pas dormi de la nuit et me suis réveillée toujours aussi atterrée et révoltée que la veille.

Je suis contre la censure. Je ne crois pas qu'il faille définitivement supprimer ce type de films, que ce soient des “bons” ou des “mauvais” films, cela est subjectif et ouvrirait un débat inutile. Par contre, il me semble évident et absolument nécéssaire d'expliquer, d'éduquer, de prévenir. Que la description d'Emmanuelle soit telle qu'elle l'est me paraît affolant et inadmissible — et malheureusement représentatif du monde dans lequel nous vivons encore aujourd'hui.

À l'image de l'ajout de la notice explicative pour prévenir du racisme et de l'apologie de l'esclavage pour Gone with the Wind, je demande à Netflix de licencier les Donald Trump et compagnie qui rédigent leurs résumés de films ou, au moins, de se débarrasser de ces descriptifs foireux pour, à la place, présenter quelques lignes plus à l'ordre du jour afin de mieux construire ce monde d'après qu'on espère féministe, respectueux, égalitaire, anti-raciste, non-violent... Nous avons tous accès à cette plateforme de streaming et la manière dont nous décidons de resprésenter la culture participera à son évolution dans cette direction. Allez, sus à l'arc-en-ciel des luttes !

Merci,

Clara Blanca

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