L’école de la confiance… Ou de la défiance… ? Chronique d’un échec programmé !

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Lettre ouverte à l’attention du Ministre de l’éducation, Monsieur Jean-Michel Blanquer,

Monsieur Blanquer, je vous sollicite dans le cadre de la mise en place du « baccalauréat 2021 ». Depuis l’annonce du projet, j’ai suivi l’évolution de vos propositions par le biais de la presse et de vos multiples échanges. Au départ, j’ai accueilli cette nouvelle avec enthousiasme, mais rapidement cet enthousiasme s’est délité. La réunion d’information, initiée par le chef d’établissement, a eu raison de mon engouement. De nombreuses contradictions sont apparues entre le texte et la réalité sur le terrain et un profond sentiment de flottement lié à la méconnaissance ou au rejet de certains points de la réforme en ce qu’ils supposent un « travail qui ne semble pas être capable de réaliser dans les délais impartis ». En ces termes, il conviendrait de placer au sommet du débat, la place de nos enfants, les oubliés du Grand Débat National.

 

Tout d’abord, vous prônez le «libre choix » des spécialités. En théorie, chaque élève de seconde peut choisir trois enseignements de spécialités parmi un éventail de douze (ce chiffre correspond aux spécialités offertes par les établissements d’un même réseau, si réseau il y a.…) mais dans les faits, certains choix ne seront pas satisfaits. Les proviseurs proposent, en effet, des « triplettes » de spécialité pré-définie en fonction de l’entité de leur établissement ou de leur enveloppe budgétaire. Aussi, si une des spécialités choisies n’est pas proposée par l’établissement, l’étudiant devra modifier son choix pour rester dans son lycée ou changer de lycée. In fine, cette réforme réduit le champ des possibles et condamne les lycéens à subir une voie qui ne leur correspond pas totalement. En ces termes, les notions de choix et de liberté, qui reposent sur la faculté d’agir sans être entravé par le pouvoir d’autrui, sont loin d’être respectées. 

 

Par ailleurs, il apparaît peu probable de parvenir à réduire les inégalités avec le niveau d’exigence des enseignements et un éventail d’offre plus important dans les lycées privés qu’il ne l’est dans les lycées publics. Concernant ces exigences, Pierre Mathiot écrit dans son rapport qu’il convient « d'assumer pleinement le fait de former des élèves qui soient de “vrais” scientifiques, technologues, littéraires, spécialistes des sciences sociales ». Et c’est chose faite : les nouveaux programmes sont complètement hors-sol par rapport au niveau des élèves. C’est le cas du programme de mathématiques dont les notions sont très pointues (au-delà de la série S actuelle). Il ne concerne pourtant que 20 % de la population étudiante, celle qui envisage de se diriger vers des classes préparatoires… Un tel niveau sans moyen supplémentaire pour permettre de fonctionner avec des classes de moins de 25 élèves n’est définitivement pas accessible pour tous les élèves. Cette volonté assumée vise donc des élèves élitistes. Néanmoins, les propos de Monsieur Mathiot vont à l’encontre de sa position concernant les travaux de la commission Villani-Torossian dans la progression de l’enseignement des mathématiques en France. Retirer les mathématiques du socle commun en fin de seconde est donc une pure hérésie. Sans doute, serait-il plus judicieux de proposer une spécialité « maths expertes » dès la première afin de permettre, à tous, d’étudier cette matière indispensable pour leur condition de citoyen éclairé.

 

Enfin, concernant l’individualisation du parcours qui peut se révéler être une bonne chose, mais pour ce faire, elle doit être appréhendée avec clarté, être préparée en amont et non en quelques semaines et il faut surtout éviter d’aller trop loin. Les publics concernés par cette réforme sont des enfants de 15 ou 16 ans. Ils ne sont pas à même de supporter une pression aussi importante. Laquelle sera d’autant plus exacerbée dans la mesure où ces lycéens devront, en première et terminale, multiplier les évaluations. D’après les calculs, les étudiants seront soumis au total à 21 épreuves réparties sur deux ans, avec tout le stress que cela peut générer, et ceci sans compter les multiples contrôles des différentes matières…. Une question se pose : pourquoi tout ça ? Si l’on se réfère au dernier classement PISA, la France arrive « 26e sur 70 pays et économies, d'un classement pour lequel elle avait terminé 25e en 2012 ». Largement devancée par l’Allemagne, et même le Portugal en Europe. La particularité de leur système scolaire diffère totalement du nôtre et c’est sans doute sur ce point qu’il faut tirer des conséquences. Si l’on prend le cas de l’Allemagne, il n’y a jamais plus de deux après-midi de cours dans une semaine. Le reste de la journée est principalement consacré au sport, aux activités parallèles (club, art…), aux discussions (dans les ‘Kneïppe’), au travail à la maison. Tandis qu’au Portugal, les étudiants ont 17 cours par semaine avec une durée de 90 m chacun, avec des classes de 24 à 28 élèves maximum. En l’espèce, ces étudiants travaillent moins, ou en tout cas différemment, et pourtant, ils ont de meilleurs résultats que les étudiants français. Il en résulte que ce n’est définitivement pas la quantité des enseignements qui prévaut, mais bien la qualité de ces enseignements. Or, rien n’est fait dans ce sens. Sur ce point, je vous renvoie à l’histoire tragique d’Icare qui, animé d’une ambition trop dévorante, s’est brûlé les ailes. L’ambition, poussée à l’extrême, est l’ennemie du bien. Dans ce cas précis, ce sont nos enfants qui en subiront les conséquences, malgré eux. Ils sont au cœur d’un système qui les dépasse, qu’ils n’ont pas choisi et pour lesquels ils devront fournir un travail acharné pour s’en sortir au mieux. En ces termes, il est illégitime de considérer « votre école » comme "l’École de la confiance ». 

 

Une réforme sur un sujet aussi sensible n’est pas chose facile dans la mesure où elle concerne l’avenir de nos enfants et donc l’avenir de notre société. L’idée de réformer le Baccalauréat peut effectivement être une bonne chose. Encore faut-il la préparer en concertation avec les acteurs qui vivent au quotidien avec ces étudiants, à savoir les professeurs et les parents. Il n’est pas envisageable, sous couvert de s’attaquer à une institution ancrée depuis deux cents années (et permettre ainsi un « coup politique »…), de spéculer sur l’avenir de nos enfants en ne s’appuyant que sur des considérations financières. 

Par ces motifs, je vous sollicite afin que les contenus des spécialités soient plus représentatifs du niveau actuel des étudiants, de sorte qu’ils puissent être assimilés par le plus grand nombre. 

Je vous sollicite afin d’obtenir des moyens supplémentaires pour optimiser les possibilités afin de mener à bien des objectifs ambitieux.

Je vous sollicite afin que les chefs d’établissement entendent et respectent vos directives eues égard à la possibilité de suivre une spécialité dans un des établissements du réseau et à la latitude qui leur serait octroyée de changer l’une des deux « majeures » entre la première et la terminale. 

La Justice est un principe fondamental et j’y suis très sensible. C’est la raison pour laquelle je refuse de me taire, et par la même de renoncer, au risque de ne pas être entendue. Consciente de l’enjeu que suppose une telle réforme, je fais le choix de m’exprimer en vous alertant sur les points litigieux de ce nouveau lycée. J’en appel à votre bon sens et votre capacité de discernement afin d’éviter de mettre à mal nos futurs citoyens, et j’espère que mes « maux » trouveront un écho favorable. 

Je vous prie de croire, Monsieur le Ministre, en l’assurance de ma considération la meilleure.

Madame Heroile, une maman dans la tourmente

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