Pétition fermée

Précarisation du secteur social: halte aux CDD au long cours

Cette pétition avait 268 signataires


Comme beaucoup de salariés du secteur social, j'ai commencé à travailler en prévention dans les quartiers dès l'âge de 18 ans. Puis j'ai entamé des études, un DUT d'éducateur, finalisé par un stage aux Etats-Unis en ESAT.

Suivant mon mari dans ses périples professionnels dans diverses régions de France, j'ai ensuite élevé mes 3 enfants pendant quelques années parsemées de CDD. Bien mal m'en prit. A l'heure où le glas de la crise sonna, à l'aube de mes 40 ans, il était déjà trop tard pour espérer un CDI. Un Graal, ce CDI, qui me poussa à reprendre mes études pendant un an loin des miens. Gagner des diplômes supérieurs, pour acquérir un vrai statut pérenne. Sacrifier quelques mois de vie de famille pour une cause à laquelle je crois: le plaisir d'être avec les personnes handicapées!

A 40 ans, me voilà doublement adoubée monitrice-éducatrice et éducatrice spécialisée! Mais la dure réalité me rattrapa bien vite. Être diplômée ne changeait rien, et je continuais à cumuler les CDD. Avec à chaque fois la même fausse promesse, toujours orale, jamais écrite, de la hiérarchie. À chaque fois m'était confié dans les coulisses d'un bureau ouaté: «vous aurez un CDI, à condition de faire ce CDD, ce nouveau remplacement»

Chacun sait que nous autres, éducateurs, avons affaire à une population « compliquée » et que le statut, la reconnaissance de notre parcours, de ce qui nous fait individu, joue un rôle primordial dans notre juste positionnement dans l'accompagnement éducatif. Il s'agit de poser le cadre dans une étroite collaboration et une reconnaissance réciproque avec une autre autorité, celle de la hiérarchie.

Encore faut-il que cette dernière s'investisse vraiment dans l'essence de notre métier. La "bonne" autorité s'inscrit dans une réflexion pour mieux agir ensemble, entre "bon" éducateur et "bon" Directeur. A contrario, la « bonne » approche éducative ne peut pas exister si le Directeur ne permet pas la réflexion sur le sujet.

Tout ceci ne serait il pas que virtuel, cependant ? Ne suis je pas muselée par la position de faible salarié précaire dans laquelle on m'a toujours placée? En apparence, certes, mais pas au fond de moi.

Ma précarité, si visible sur mon CV me condamne à la précarité! Le parcours que j'ai eu n'est pas commun, certes : et alors? !Ne sommes nous pas éducateurs pour percevoir, par la réflexion, une autre option que celle de cantonner l'autre à sa différence ? Ma différence me fait elle plus mauvaise ? Étrange paradoxe de celui qui est exclus et qu'on charge d'intégrer !

Aujourd'hui, après 25 ans de CDD, plusieurs années de travail sur moi, 3 enfants désormais grands, 48 ans de vie, 23 ans de mariage, mes derniers retranchements sont atteints. Aujourd'hui, je vais vous raconter la dernière "anecdote" qui me pousse vers la sortie de l'une de ces institutions . Aujourd'hui, surtout, je vais vous dire « MA VERITE ».

Jeudi matin, mon chef de service me demande de confectionner des gâteaux le samedi. Ces gâteaux devront ensuite être vendus au bénéfice des Restos du Cœur par un collègue éducateur sur le marché de la petite commune où se trouve l'institution pour laquelle je travaille. Le collègue éducateur, pas motivé du tout, me délègue cette tâche. Sortir de l'institution avec les résidents et ensemble vendre ces gâteaux pour une belle cause solidaire? Je m'en fais une joie! Tout comme les quatre résidents qui m'accompagnent, qui se saisissent de cette opportunité d'aider ceux qui ont faim. Avec cet acte, passer du statut d'aidé à celui d'aidant. Donner après avoir tant reçu !

La table réservée sur ce petit marché pour exposer nos gâteaux n'étant pas au rendez-vous, deux résidents se mettent spontanément en route pour vendre des parts de gâteau dans les quelques magasins et bars du village, paniers aux bras. L'aventure devient belle !

Les mains prises par les paniers et parce qu'il est plus compliqué de demander oralement quand il s'agit d'argent que d'afficher qui nous sommes, j'affiche les pancartes « Restos du Coeur » sur leurs manteaux .Nous obtiendrons une centaine d'euros en une demi heure et la demande insistante des bénévoles des Restos du Cœur à revenir le week-end suivant. Quel succès, pensé-je !

Le lendemain, changement d’humeur à 180°. Mon chef me fait appeler dans son bureau : il a rencontré une personne du village, très choquée, qui lui a dit que j'avais scotché des pancartes sur le torse des personnes, "affichant" ainsi leur handicap!"

Moi qui était heureuse de cette action, me voilà mise au ban de la Hiérarchie! La tête tranchée! Au pilori! D'autres personnes me diront la même chose, formatées pour ne pas réfléchir, persuadées que leur nombre fait la force et leur donne raison.

Cacher les personnes handicapées, les faire disparaître dans la masse est il synonyme d'intégration et de bientraitance? Au contraire, ne s'agit-il pas de maltraitance institutionnelle à trop vouloir gommer la différence de ces personnes qui fait aussi leur attrait? Ne devons nous pas, au contraire, par ces affiches symboliques, faire fi de leur différence, et montrer que ces personnes ont du cœur, elles aussi, ce si joli côté, celui là même qui fait qu'après 25 ans de CDD à répétition, malgré tout, je suis encore là, motivée dans mon travail en institution?!

Je bouleverse tout avec mes mauvaises idées novatrices. Oser dire à la hiérarchie le plaisir que nous avons eu ne sera pas entendu. Le Directeur ne daigne pas me recevoir. « Vous ne serez pas sanctionnée », me dit-il au téléphone. Et le lendemain pourtant la sanction tombe : la « magnifique » prolongation de contrat de 6 mois que je devais signer se mue en un contrat de 3 mois, et peut-être aurais-je ensuite, si je me tiens à carreau, une prolongation de 3 mois ?

La tête tranchée par un peu plus de précarité, je refuse de signer. Je refuse la sanction, je refuse la bêtise! En refusant de signer ce n-ième CDD, pour la première fois depuis 25 ans, j'ai choisi en pleine conscience le chômage, pour la première fois, pour ne pas choisir l'absurdité. Tous ces petits deuils, ces petites séparations avec ces personnes handicapées que je cumule depuis des années! Mais j'ai trouvé la force de dire, de franchir le seuil de la peur de perdre pour gagner et être enfin ce en quoi je crois !

Il faut quand même que vous sachiez que ces CDD ont duré parfois jusqu'à 3 ans dans la même boîte ! Aujourd'hui suis je encore seule contre l'absurdité ?.D'autres veulent ils me rejoindre et défendre le bon sens contre le non sens ?Y a t il des Résistants dans ce pays de droits ? Ma demande à pouvoir signer un CDD de 6 mois s'est mue en demande de CDI .

Un comité de soutien contre la maltraitance et pour la bientraitance en institution va être créé. Cette petite histoire est en train d'être transmise à toutes les instances et notoriétés nécessaires pour que les choses changent et que la hiérarchie prenne enfin conscience du «  travailler ensemble !. »

Une pétition est mise en ligne, pour que ma sortie d'entre ces murs institutionnels ne reste pas vaine, que l’extérieur de ce monde à huit clos SACHE



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