Améliorer la prise en charge médicale

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Bonjour,

 

Je suis médecin généraliste exerçant depuis plus de 20 ans en région PACA et installée depuis 7 ans, mais j'ai dû quasiment arrêter les consultations au cabinet pour m’orienter vers la prise en charge des personnes âgées,d'urgence et de soins palliatifs, à domicile. Un certain nombre de mes patients ne comprennent pas ce qui m'a poussée à arrêter leur suivi en cabinet mais il m'était impossible de les en informer un par un; c'est donc, entre autres pour m'expliquer mais aussi pour demander de l'aide que j'écris ce message.


Bon nombre de patients se plaignent, à juste titre, de ne plus pouvoir bénéficier d'une prise en charge médicale satisfaisante: consultations trop courtes en durée, pas assez de médecins pour les visites à domicile (suivi des personnes âgées, urgences, soins palliatifs...).

Les jeunes médecins ne veulent plus vraiment s'installer, même si on leur propose une rémunération satisfaisante; pour être moi-même médecin généraliste en secteur libéral, je peux dire avec certitude que le problème de la rémunération n'est que la partie visible de l'iceberg.

Le problème de fond, c'est notre système de santé qui n’est pas du tout adapté, ni aux besoins des patients, ni à ceux des professionnels de santé.

Il est encore temps de faire bouger les choses mais pour cela, il faut d'abord se poser les bonnes questions, regarder la vérité en face et oser en témoigner.


Il fut un temps où le médecin généraliste était apprécié parce qu'il pratiquait la médecine; c'était le temps où l'on consultait parce qu'on était tout simplement malade et qu'on avait le respect du médecin.


Aujourd'hui, ce n'est plus tellement cela; en effet, bien qu'on le déclare “médecin traitant”, le médecin généraliste, dont le rôle est d'être en 1ère ligne dans la prise en charge des pathologies allant de la tête aux pieds de l'être humain, est devenu médecin " généraliste " dans le sens horizontal exécutant selon les exigences du système de santé et de patients souvent devenus consommateurs. Il n'y a plus la relation de confiance médecin - patient et parfois même plus le respect pour la personne du médecin car tout est devenu un dû.

La rémunération est dérisoire.

Tout cela est en plus aggravé par le tiers -payant qui déresponsabilise les patients et pénalise le médecin car le système de télétransmission reste défaillant.

Comment, dans ces conditions, encourager les médecins à exercer à domicile et les jeunes à prendre la relève en médecine générale de ville?

 

En tant que médecin généraliste, je tiens à rappeler que:


la médecine générale de ville est une médecine de soins et de terrain dont le rôle est de prendre en charge les patients en ville au même titre que la médecine hospitalière avec laquelle elle doit d'ailleurs pouvoir s'articuler et non de servir à des fins sociales et/ou administratives au frais de la Sécurité Sociale. Or, la fonction de médecin traitant sert trop souvent de prétexte à la tâche de sous-traitance administrative. Qu'est-ce qui, dans les mots médecin et traitant, laisse supposer cette tâche? Par ailleurs, pour pratiquer la médecine générale au quotidien, je peux témoigner du fait que c'est une activité prenante, alors au nom de quoi faudrait-il que le médecin traitant, plus que les autres, ait à sacrifier le peu de temps privé qu'il lui reste?

la médecine n’est pas là pour vendre des prescriptions à la demande mais pour prescrire selon une certaine réflexion, propre au médecin,

les médecins n’ont pas à être des exécutants, obligés de se plier aux exigences d'un système dont il n’est pas à l’origine ou à celles des patients. L’objectif 1er de la médecine étant la santé, il ne peut être correctement atteint dans de telles conditions.
La médecine est un métier d’exercice libre.


la médecine n'a pas à servir de prétexte aux business ( trop de logiciels, industries pharmaceutiques,...) qui s'organisent autour des médecins sans forcément rendre service (ni à eux, ni aux patients), ni à la dispense d’avance des frais, source de déresponsabilisation et de gaspillage (tiers-payant).

 


Je suis médecin généraliste et en tant que tel, je veux pouvoir penser et exercer librement la Médecine pour laquelle j'ai été formée (une médecine d'écoute, de réflexion et de prise en charge) et je refuse d'assumer les responsabilités d’un système  que je n’ai pas mis en place, ni celles de ceux qui abusent de celui-ci.

 


C'est pourquoi,

 je désapprouve la multiplication des logiciels médicaux qui ne font  que parasiter et ralentir la prise en charge médicale, voire, plus grave, induire en erreur; ce n’est pas à la médecine de s’adapter aux logiciels mais aux logiciels d’être parfaitement adaptés à la médecine; le logiciel ne peut remplacer la pratique médicale, en revanche, il peut y contribuer à condition d’être utile et irréprochable. Ce n’est pas ce que j’observe.

je refuse de répondre à toute autre demande que celle dont le motif est purement médical,

je refuse d'être déclarée médecin traitant si c’est pour être sous-traitant administratif,

je refuse d'avoir à gérer les arrêts de travail si c'est pour ensuite subir les réflexions injustes de la part des responsables de la Sécurité Sociale alors qu'on pourrait gagner un temps précieux et réaliser de véritables économies en IJ (Indemnités Journalières) si ces derniers se chargeaient  eux mêmes du suivi médical et administratif des patients en arrêt de travail en partenariat avec la médecine du travail.

je désapprouve le tiers payant, c'est à dire la dispense d'avance de frais, en particulier pour les dépenses de santé ne faisant pas l’objet de dépassement d’honoraires (consultations de médecine générale, médicaments à vignette blanche et bleue...):

 


La CMU, c'est l'égalisation sociale mais le tiers-payant, c'est :

 

la pénalisation financière des médecins: en effet, le système de remboursement par la télétransmission est encore défaillant en matière de 1/3 payant et c'est nous, les professionnels de santé, qui subissons les conséquences; ainsi, 1/3 de mes prestations ne sont pas rémunérés alors que j'ai, comme la plupart des gens, une famille à charge et si j'arrive à subvenir aux besoins de celle-ci, ce n'est certainement pas grâce à l'activité libérale mais parce que je travaille en plus la nuit et les WE,

la déresponsabilisation qui pousse au gaspillage: on consulte à tout va sans réfléchir et on sature les services d'urgences au risque d'altérer la qualité des soins, on veut une ambulance pour ne pas avoir à faire l'avance de frais pour un taxi, on jette les médicaments parce que on n'a pas le souci de les payer alors que tant d'autres sur la planète n'ont pas les moyens de se soigner; est-ce là l’esprit d’égalisation sociale? Et comment envisager une économie dans ces conditions?

La dégradation de la relation soignant-patient dans un sens comme dans l'autre: la gratuité des soins doit obéir au principe d'humanité et être donc librement offert aux plus démunis, c'est ce que le corps médical a toujours pratiqué et la relation soignant-patient était bonne mais depuis l'arrivée du 1/3 payant, tout est dû et nous travaillons en perdant chaque jour un peu plus d'argent mais aussi et surtout le respect et la considération de notre profession, et je parle là au nom de toutes les branches de la santé (du pharmacien au médecin) et sur tous les plans (domicile, officines, laboratoires, hôpitaux, centres et établissements de soins..).

Le tarif de cs de médecine générale est déjà un scandal en soi, alors exiger le 1/3 payant quand on peut dépenser bien plus et sans être remboursé pour des motifs autres que la santé, c'est inacceptable; notre santé ne vaut-elle pas la peine qu'on fasse l'avance de 25 à 35 euros, qui seront rapidement remboursés?


Je refuse que la nécessité de soins médicaux serve de prétexte à un tel système  qui est en réalité une entrave à la bonne pratique et la porte ouverte au business,  à la déresponsabilisation, au gaspillage, à la dégradation de la relation soignant-patient et au non-respect de la profession médicale au point que cela dissuade les générations futures de médecins.


L’amour du métier a laissé place au désintérêt; aujourd’hui, nous manquons de professionnels pour la prise en charge à domicile; à long terme, il n’y aura probablement  plus du tout de médecine de ville…


Si on ne réagit pas rapidement, il y aura des déserts médicaux dans les villes au měme titre que dans les campagnes.


Ce qui m’inquiète le plus pour l’heure, c’est le devenir des personnes âgées ou des patients en soins palliatifs à domicile  car...n’oublions pas que nous serons peut- être  ces patients demain !

La prise en charge à domicile, en particulier l’HAD (Hospitalisation A Domicile), peut-être gérée par le médecin traitant lui-même et représente une solution à la fois économique mais aussi et surtout bénéfique et préférable pour le patient. Mais, dans notre système actuel, rien n’est fait pour encourager celle-ci:

1/ en effet, la prise en charge à domicile représente une activité physiquement assez prenante et trop peu rentable sur le plan rémunération,

2/ par ailleurs,  savez-vous que certains traitements, pourtant classiques, ne sont pas fournis à la médecine de ville ( par exemple, le Paracétamol injectable intra-veineux dont la prescription doit obligatoirement provenir de l’hôpital, les antibiotiques injectables comme l’Augmentin ou le Ciflox s’ils sont  en production réduite) ? Ce qui veut dire que ces patients ne peuvent être soignés à moins d’être hospitalisés, ce qui n’est pas forcément faisable, ni  une bonne chose pour eux, tout ça pour une simple question de produits non fournis en ville.


Est-ce là l’égalité  à l’accès aux soins? Est-ce là l’économie?


C’est à ce genre de difficultés que les équipes médicales (médecin généraliste, IDE, prestataires) qui tentent  d’assurer la  prise en charge à domicile sont régulièrement confrontées; c’est révoltant, épuisant et décourageant !


Que doit-on faire dans ces conditions? Abandonner les patients? Est-ce ce que vous décideriez pour l’un de vos proches?

 

Il est donc temps de réagir, qu’on tienne compte de nos besoins, ceux des patients comme ceux des professionnels de santé, et que chacun soit responsable en matière de dépenses de santé, pour une médecine égale pour tous, à la fois humaine, efficace et économique.


J'appelle donc tous les professionnels de santé, les patients et tous ceux qui partagent mon sentiment de me soutenir en diffusant mon message à leurs connaissances et en témoignant de ce que j'ai exprimé afin que les dirigeants de notre système de santé prennent conscience de la réalité. C’est nous qui sommes au coeur des problèmes et les subissons chaque jour un peu plus.

Alors, Ensemble, osons en parler.


En vous remerciant d'avance,


Cordialement,


Dr LOURDES Abella



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