Du statut d'AVS en CUI à celui d'AESH de droit public : travailler plus pour gagner moins

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Objet : Du statut d'AVS en CUI à celui d'AESH de droit public, "travailler plus pour gagner.... moins"

Nous, ex-AVS (auxiliaires de vie scolaire) en CUI devenu-e-s, sans que nous l'ayons demandé, AESH (accompagnants des élèves en situation de handicap)– en contrat de droit public, tenons à vous informer de ce changement de statut.

La plupart d'entre nous passera obligatoirement, à la rentrée de 2018-2019, ou est déjà passée, de 24h par semaine à 27h30 par semaine, avec une perte sèche de revenus ; soit un salaire avoisinant les 700 euros, ce qui correspond à 100 euros de moins par mois, pour environ 12h à 14h en plus, en fonction des mois (vacances, jours fériés) !

Si nous conservons nos heures d'accompagnement des élèves – jusqu'à 24h maximum, quand elles ne sont pas manipulées pour que nous ayions un autre enfant à suivre - ; les heures restantes, – citant Handiscol – « sont à la libre disposition des responsables de l'établissement. » Qu'est-ce à dire ? Quid de ces 3h30 supplémentaires par semaine ? Devenons-nous corvéables à merci, sans pouvoir émettre la moindre objection ?

Que, de notre plein gré, nous employions les heures d'absence de nos élèves pour venir en aide au CDI, au secrétariat, à la vie scolaire, est une évidence ; mais nous n'avons pas été recruté-e-s pour cela. Surtout avec un salaire aussi bas.

Formé-e-s pour la plupart "sur le tas", car les inscriptions aux formations – hors celle
obligatoire – n'ont pas eu de suite…. trop de demandes, peut-être ? Nous avons donc appris par nous-mêmes, à gérer un panel d'élèves aux profils très différents : hyperactivité, troubles autistiques, multiples "dys-" (dyslexie, dyspraxie, dysphasie...), handicap moteur, etc. . Nous avons tenté d'aider chaque élève, à suivre une scolarité dans les meilleures conditions possibles, et leur permettre de progresser, à leur rythme, en toute sérénité.

Bien qu'éléments indispensables, rouages invisibles permettant un meilleur fonctionnement du système éducatif – quoiqu'on nous en laisse à sa périphérie ; peu reconnues à notre juste valeur, nous n'avons nulle pérennité de l'emploi, allant d'un CUI précaire à un CDD encore plus précaire, pour conduire à un CDI hypothétique après 6 ans de CDD, et qui sera dans les mêmes conditions. Aucune valorisation de salaire après plusieurs années au même poste et détérioration de notre travail : voilà ce que nous offre ce contrat AESH.

Peu importe notre investissement, rien ne nous est garanti, aucune évolution potentielle d'emploi et de salaire. Pourtant, nous travaillons, nous nous investissons totalement, que ce soit au sein du collège, du lycée, de l'école primaire ou de la maternelle ; tout en tâchant de ne pas empiéter sur la pédagogie et les enseignements.

Certaines et certains d'entre nous ont été affecté-e-s à plusieurs établissements, les obligeant à jongler entre pathologies et âges bien différents, nécessitant une adaptation immédiate à tout profil, toute équipe pédagogique. Sans compter les déplacements entre villes et villages différents ! Dans le Gard, par exemple, nous pouvons être intégré-e-s dans un établissement de Nîmes, et la même journée, aller à Sommières pour retourner à Nîmes, le tout sans remboursement des frais de déplacement (pour une cinquantaine de kilomètres en aller/retour) et dans des établissements aux horaires variant de l'un à l'autre. Voire avoir un troisième élève à suivre, encore ailleurs... Notre devoir de mobilité l'exige : l'affectation peut être entre 20 à 25km du lieu d'habitation… Quand nous ne sommes pas muté-e-s hors secteur, ne tenant pas ainsi compte de la répartition géographique.

Et l'année prochaine ? Comment faire pour répartir ces 3h30 de plus, entre différents établissements ? Sans compensation, souvent sans reconnaissance du travail fait quand nos tâches sont de type administratif.

Avec ce salaire réduit, il est nécessaire de cumuler un second emploi, mais les contrats de quelques heures par semaine sont rares. L'ambition d'un "mieux vivre" est à oublier.

Vous penserez sans doute, que ce statut "public" nous ouvrira plus de portes, avec la possibilité de passer des concours en interne. C'est un fait. Avec les 27h30 maximum de travail non compressibles, sans compter les déplacements, cela rend quasiment impossible un investissement optimal non seulement pour préparer ces concours mais aussi pouvoir les réussir. Et dans quelles conditions, pour notre santé (RQTH pour certain-e-s d'entre nous qui ne peuvent faire plus en terme de volume horaire, de transport, etc.) ?

Bien que personne au sein des établissements, que ce soit en lycée, collège, école primaire et maternelle, ne soit responsable de la situation, nous tenions à souligner ce fait, plus que problématique pour nous. La logique veut que, dans ces conditions médiocres, de moins en moins de candidats valables à la fonction d'AVS ne se présentent, ou que les AVS en poste depuis plusieurs années n'acceptent pas de signer ce nouveau contrat. La dégradation de ce métier – car c'en est un – et le nombre croissant d'élèves en besoin de cette aide particulière, ne laisse guère envisager un avenir sous les meilleurs auspices pour tout enfant en difficulté qui n'aura plus personne pour s'occuper personnellement de lui. Et c'est bien là le principal problème : l'enfant au centre de ce dispositif peut changer tous les ans d'accompagnant, alors que le plus souvent, il faut du temps pour tisser des liens qui permettront une stabilité nécessaire à chaque cas délicat (troubles autistiques, enfant connaissant de multiples difficultés familiales, etc.).

Certain-e-s d'entre nous n'ont ainsi d'autre choix que d'arrêter, de quitter ce vrai métier, qu'ils ou qu'elles aiment, et d'autres continueront, plus ou moins brièvement, en réfléchissant déjà à une nouvelle orientation professionnelle.

Bien cordialement,
Jennifer C,
Titulaire d'un master 2 en SHS mention histoire, RQTH (depuis 2010)
AVS – CUI (contrat aidé), 2014-2016, collège la Vallée Verte, Vauvert (Gard)
AVS – CUI, 2016-2017, école maternelle le Petit Prince, Calvisson (Gard), école primaire l'île verte, Calvisson (Gard)
AVS – CUI, 2017-2018, collège le Vignet, Calvisson (Gard)



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