COVID-19 et détresse financière des Masseurs-Kinésithérapeutes libéraux

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Soraya NAILI
Soraya NAILI a signé la pétition

Paris, le 24 Mars 2020 (avec mises à jour du 25 et 31 Mars 2020)

Monsieur le Président de la République,

Monsieur le Premier Ministre,

Monsieur le Ministre de la Santé,

Madame la Présidente du conseil de l’Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes

Mesdames et Messieurs les représentants de l’ARS, des syndicats, de la CARPIMKO, de l’URSSAF

Mesdames et Messieurs les représentants de nos compagnies d’assurances,

 

Par la présente, nous tenions à vous faire part de nos plus vives inquiétudes face à la situation financière critique dans laquelle nous plonge le confinement instauré par l’Etat en date du lundi 16 mars 2020, dans l’optique de limiter la propagation du COVID-19 sur notre territoire.

Sous l’impulsion de notre Conseil National de l’Ordre et par soucis de conscience professionnelle, la quasi-totalité des cabinets de Kinésithérapie ont fermé leurs portes, entre le lundi 16 mars et le mardi 17 mars 2020, en ne maintenant que les très rares cas d’urgences vitales le cas échéant.

Cependant, cela fait une semaine que nous entendons que des mesures seront mises en place pour les salariés et divers auto-entrepreneurs, mais il n’y a encore aucune réelle annonce nous concernant.

Encore aujourd’hui, nous apprenons dans les médias que tout le monde sera indemnisé selon les mêmes critères. Vous ne semblez pas prendre en compte les spécificités inhérentes aux professionnels de la santé …

Le Ministère de l’économie nous inclut visiblement dans une mesure collective de solidarité qui comprend une somme forfaitaire de 1 500 € par mois, commune à tous les professionnels libéraux et indépendants. Malheureusement cette indemnisation serait soumise à des conditions, parmi lesquelles :

- Entreprises ayant un chiffre d’affaire inférieur à 1 M €

- Un BNC inférieur à 60 000 € (modification du 25.03.2020)

- Attester d’une baisse de 50% de son chiffre d’affaires, en comparant le mois de mars 2019 au mois de mars 2020 (modification du 31.03.2020)

Sachez que cette base de calcul ne peut être en aucun cas acceptable pour nous, pour la simple et bonne raison qu’elle n’est pas du tout équitable et qu'elle exclura un très grand nombre de professionnels de la santé. En effet :

-        Les masseurs-kinésithérapeutes ont, pour leur grande majorité, travaillé jusqu’au 15 ou 16 mars 2020 et ont donc encaissé les honoraires correspondants. Certains praticiens restent encore à l'écart, malgré l'abaissement du seuil à 50% de diminution de chiffre d'affaires entre Mars 2019 et Mars 2020.

-        Le calcul de chiffres d'affaires mensuels n'est pas applicable aux masseurs-kinésithérapeutes. En effet, ils ne facturent malheureusement pas à l’instant « T » chaque séance à leurs patients, de par la répétition et la fréquence des actes. Ils font, pour la majorité, des paiements en « tirs groupés ». Nombreux sont les kinésithérapeutes qui ont demandé à leurs patients, face à l’urgence de la situation, de leur régler les séances effectuées durant les mois précédents et qui n'avaient pas encore été facturées. Cela gonfle ainsi artificiellement le chiffre d’affaires de Mars 2020 avec le paiement des actes effectués en Janvier 2020, Février 2020 et parfois même de 2019 …

-        Que dire des nouveaux praticiens diplômés de Juillet 2019 ? Ils n’ont pas de chiffre d’affaire en mars 2019 …

-        Que dire des femmes qui étaient en congé maternité en mars 2019 avec des indemnités dérisoires ? Ou encore les praticiens en arrêt maladie ?

-        Nous sommes également une profession à exercice mixte, libérale et salariée, qu’en adviendra-t-il pour eux ?

-        Certains Masseurs-Kinésithérapeutes libéraux en temps complet ont un BNC supérieur à 60 000 €. Pourquoi n'auraient-ils pas le droit d'être aidés également ? Ont-ils moins de charges à assumer ? Nous ne le pensons pas ...

Depuis le 25 Mars 2020, le critère de fermeture administrative est désormais mis en avant pour espérer bénéficier du fonds de solidarité, lorsqu'on ne peut pas justifier d'une baisse de chiffre d'affaires de 50 % entre Mars 2019 et Mars 2020. C'est encore notre cas jusqu'à présent puisque le calcul des CA mensuels reste encore impossible et illogique pour notre profession.

Cependant, nous rappelons que nous ne bénéficions pas d'une fermeture administrative au sens strict du terme, comme celle des bars-restaurants notamment.
C'est sous l'impulsion de notre Conseil National de l'Ordre des Masseurs-Kinésithérapeutes et par conscience professionnelle individuelle que nous avons pris la précaution et la décision de fermer nos cabinets. Nous ne pouvions plus garantir la sécurité de nos patients, faute de moyens (pénurie de matériel essentiel,  pour ne citer que les masques et le gel hydroalcoolique ...). De toute façon, il aurait été déraisonnable, quoi qu'il en soit, de faire déplacer à nos cabinets des patients pour des actes non vitaux et non urgents dans leur très grande majorité ! 

Cela nous rend de fait inéligibles encore une fois au fonds de solidarité. Notre bon sens, notre civisme, notre conscience professionnelle et notre solidarité méritent-ils d'être sanctionnés financièrement de la sorte ? 

Nous nous retrouvons tous dans une situation inédite, celle d'avoir dû fermer nos cabinets et de ne plus avoir aucune source de revenus et ce, pour une période indéterminée. Tous les Masseurs-Kinésithérapeutes libéraux sont donc très inquiets et attendent des réponses concrètes et adaptées de la part du gouvernement.

Le Président s’est, par ailleurs, engagé publiquement et à plusieurs reprises sur le fait que personne dans le monde du travail ne serait laissé pour compte lors de cette crise financière. « Personne ne devrait perdre ne serait-ce qu’un centime » nous a-t-on affirmé.

Nous avons donc besoin que le gouvernement tienne ses engagements !

Et pour cela, nous demandons :

-        Une indemnité d’au minimum 1 500 € par mois pour chaque Masseur-Kinésithérapeute libéral ayant dû fermer son cabinet. Et pour ne réellement pas perdre un centime (nous le rappelons), cette indemnité devrait être logiquement à la hauteur des revenus habituels de chacun.

-        L’exonération exceptionnelle et totale des cotisations et autres charges, qui nous semble proportionnée à la gravité de la situation.

Avec quel argent pourrons-nous réussir à payer ces charges reportées si nous avons fermé nos cabinets plusieurs semaines, voire plusieurs mois ?

Encore une fois, vous pouvez compter sur nous, soignants, mais pouvons-nous compter sur vous en retour ?  Cela reste encore à nous prouver !

En espérant que nous trouverons tous ensemble, une issue convenable à cette crise sans précédent,

Nous vous prions d'agréer, Mesdames, Messieurs, l'expression de nos très respectueuses salutations.

NAILI Soraya, Masseur-Kinésithérapeute libérale pour le « Groupe de Soutien Aux Professions Libérales et Indépendants (Section Masseurs-Kinésithérapeutes) »