Crise politique en Bolivie, lettre ouverte pour une presse plus responsable

Crise politique en Bolivie, lettre ouverte pour une presse plus responsable

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BOLIVIA UNIDA a lancé cette pétition adressée à Mass médias et à

Crise politique en Bolivie, lettre ouverte pour une presse plus responsable

En lisant la presse internationale et plus particulièrement la presse française, au sujet de la Bolivie, on remarque cette incessante volonté de coller une étiquette "extrême droite", "gauche", "centriste" sur les personnalités au cœur de la crise politique de notre pays. Nous souhaitons souligner que la France et la Bolivie sont très loin d'avoir la même histoire, la même culture et en conséquence, les mêmes profils politiques que vous vous entêtez à classer en un nombre limité de catégories bien définies.

Notre pays compte 36 ethnies différentes, chacune avec des racines ancestrales qui influencent leurs croyances et leurs pratiques. Notre pays fait partie de ce groupe qu’on appelle "le tiers-monde". On a de la pauvreté extrême, de l'analphabétisme, de la misère, de l'injustice. On a une minorité très riche qui, sans aucun doute, est bâtie sur l'héritage espagnol d'exploitation des populations indigènes. Et à côté de ça, nous avons d'importantes richesses naturelles et culturelles qui attirent bien-sûr des intérêts étrangers.

Quand Evo Morales apparaît comme figure politique, au début de années 2000, il est pour beaucoup (dont nous faisons partie) synonyme de changement, d'espoir et de justice sociale. Il est élu par une majorité absolue comme le premier président indigène de la Bolivie et commence son ère politique avec des changements conséquents : nationalisation de l'exploitation des ressources naturelles, redistribution des recettes, développement des zones rurales, industrialisation du pays... Mais surtout, la plus importante de ses victoires est, à notre sens, la dignification des populations indigènes à travers leur intégration et leur reconnaissance dans la vie socio-politique du pays. Morales a su, au début de sa très (trop) longue carrière en tant que Président, redonner la dignité et le sens d'appartenance aux peuples trop longtemps exploités et écrasés par une minorité privilégiée.

Cependant, il faut tout de même se demander pourquoi “il n'y pas assez d'argent pour la santé et l'éducation” quand le peuple voit son argent gaspillé en musées à l'effigie de Morales, en terrains de football, en gigantesques maisons pour le président ou en avions privés (1). Il faut se demander pourquoi le pays a vu le trafic de drogue, d'êtres humains et le braconnage s'accroître autant ces 13 dernières années; se demander pourquoi la production de la feuille de coca a explosé (2) et pourquoi on a ouvert l'Aéroport International du Chimoré (3). Il faut se demander pourquoi la police, sous ordres du président, attaque les indigènes du TIPNIS (4) et les handicapés (5) ; se demander pourquoi notre pays a vu son Amazonie brûler pendant deux mois, suppliant son président de faire quelque chose, en vain. Il faut se demander pourquoi Morales n'a pas trouvé (ou cherché) un successeur au sein de son propre parti ; se demander pourquoi il a fait trois mandats consécutifs (6) et pourquoi il s'est présenté illégalement aux élections présidentielles de cette année (7). Il faut se demander aussi s'il est possible pour un gouvernement illégalement constitué d'être victime d'un Coup d'État et si l'établissement d'un gouvernement provisoire n'est pas prévu par notre Constitution (8).

Ce qui arrive aujourd'hui en Bolivie va très au-delà d'un affrontement entre la "gauche" et la "droite", les "indigènes" et les "blancs", les pauvres et les riches. Il s'agit du soulèvement d'un peuple déçu et fatigué. Un peuple qui a vu sa Constitution Politique se faire piétiner. Un peuple qui a vu les résultats du Referendum du 21 février 2016 ne pas être respectés. Un peuple qui a vu les résultats des élections présidentielles du 20 Octobre 2019 être manipulés. Un peuple qui s'est vu menacé par son propre président lorsqu'il a souhaité contester la fraude (9) mis en place par le gouvernement.

Ce faisant, comparer Evo Morales à Jean-Luc Mélenchon ou Luis Fernando Camacho à Emmanuel Macron ou Jeanine Añez à Marine Le Pen... ne vous paraît-il pas absurde? Parce que ça l'est. La Bolivie n'est pas la France, alors pourquoi vous évertuez-vous à calquer nos histoires? Ne serait-il pas plus juste d'utiliser tous les avantages que la vie dans le "premier monde" vous donne (éducation, santé, information, liberté de la presse...) afin de faire avancer des pays comme le nôtre vers un futur plus juste et certain? Réalisez que la désinformation que vous alimentez ne permet pas juste de vendre plus d'exemplaires. Non. La désinformation que vous alimentez tue des gens chez nous. On a bien choisit le terme “tuer”. Car oui, à l’heure où nous vous communiquons ces mots, des personnes perdent la vie dans notre pays à cause de cette lutte politique, de ce conflit d'intérêts et de cette manipulation médiatique.

Il est évident que ce président indigène, le premier dans un pays où 60% de la population s'autoproclame indigène et fut longtemps dirigé par une minorité “blanche” avantagée, ait suscité autant d'intérêt. Il est concevable d'admettre que ce président indigène ait encouragé et servi d'exemple pour le discours de gauche dans les pays d'Europe et du monde. Mais nous vous exhortons d’avoir plus de recul lorsque vous lisez sur un pays si lointain et différent du votre, comme l'est la Bolivie. Garder un esprit critique, même (et surtout) avec les informations qui semblent être en parfaite cohérence avec vos convictions et croyances. Soyez vigilants et filtrez, vérifiez, critiquez et diffusez des informations complètes et impartiales afin que ce conflit cesse. Notre peuple a trop souffert d'injustices, de violence, de mensonges et mérite un futur meilleur, un futur centré sur la paix, l'unité et l'éducation.

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1. Le Falcon 900X, par exemple, a coûté pas loin de 40 millions de dollars au gouvernement bolivien en 2010.

2. La production de la feuille de coca, dans le Chapare bolivien, a dépassé toute courbe prédictive se basant uniquement sur la consommation ancestrale de cette feuille et la croissance démographique du pays.

3. L'Aéroport International du Chimoré ouvre en 2015, au milieu de la jungle du Chapare et représente un coût de près de 35 millions de dollars aux contribuables. Seulement une ligne aérienne opère dans cet aéroport, desservant la ville de Cochabamba et dont le transit de citoyens et touristes ne justifie point une infrastructure de cette magnitude.

4. En 2011, de violentes répressions policières ont lieu contre les indigènes qui se mobilisent en défense du Territoire Indigène du Parc National Isiboro Sécure (TIPNIS) et contestent la déforestation de leur territoire pour la construction d'une autoroute.

5. En 2016, des violentes répressions policières ont lieu contre les handicapés qui manifestent pour demander une allocation solidarité de l’État.

6. La Nouvelle Constitution Politique de l'État Plurinational de Bolivie (modifiée et approuvée sous le mandat de Morales) prévoit un maximum de 2 mandats consécutifs. Morales accède à un troisième après une longue négociation avec l'opposition et le peuple et sous la promesse publique et explicite qu'il se retirerai du pouvoir, une fois son troisième mandat achevé.

7. En 2016, Morales appelle au referendum pour demander au peuple bolivien s'il peut se présenter aux élections présidentielles un nombre illimité de fois. Par majorité absolue, le “Non” remporte la victoire. Les résultats étant rédhibitoires, Morales est légalement contraint à ne pas se présenter aux élections de 2019.

8. L'article 170 de la Nouvelle Constitution Politique de l'État Plurinational de la Bolivie prévoit que « en cas d'empêchement ou absence définitive de la Présidente ou Président de l'État, elle ou il sera remplacée ou remplacé par la Vice-présidente ou Vice-président, ou en manque de cette ou ce dernière ou dernier, la Présidente ou Président de la Chambre de Députés. Dans ce dernier cas, il faut convoquer à de nouvelles élections au terme maximum de 90 jours. En cas d'absence temporelle, la Présidence sera assumée par celle ou celui exerçant la Vice-présidence, pour une période pas supérieure à 90 jours.

9. L'OEA publie un rapport de 13 pages affirmant qu’il est statistiquement impossible pour Morales de remporter la victoire lors des élections d'Octobre 2019 au premier tour et qu’un grand nombre d’importantes irrégularités suggère une corruption du processus électoral.
 
 
 

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