Lettre ouverte à la mairie de Caen sur la sécurité alimentaire de la commune

Lettre ouverte à la mairie de Caen sur la sécurité alimentaire de la commune

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Anouk CHATELLIER a lancé cette pétition adressée à Mairie de Caen et à

Bonjour à tous ,
Nous traversons aujourd'hui une crise sanitaire qui impacte et impactera fortement nos quotidiens. En tant que résidents de Caen, nous avons adressé, dans une lettre ouverte à la mairie de Caen et la métropole, nos inquiétudes quant à la sécurité alimentaire de la commune dans cette situation difficile. L'enjeu est de faire réagir les municipalités sur les risques de pénurie. Il nous semble nécessaire qu'elles envisagent des solutions de résilience alimentaire pour faire face aux difficultés qui se profilent à court et moyen terme.

Nous vous invitons à lire cette lettre ouverte, qui expose en détails nos questionnements, et à signer si vous partagez ces inquiétudes. Merci beaucoup !

Lettre ouverte à la mairie de Caen :

"Madame, Monsieur,

En tant que résidents de Caen, nous souhaitions vous adresser nos inquiétudes quant à la sécurité alimentaire de la commune. Vue la situation et les informations que nous avons recueillies et que nous développons ci-dessous, il nous semble en effet qu’une rupture d’approvisionnement alimentaire est un scénario envisageable. Les élus locaux seraient alors en première ligne face à une telle déstabilisation de notre société.

Nos inquiétudes

Vous n’ignorez pas, comme nous, que la crise économique et sanitaire menace les transports routiers, les importations alimentaires et les prix alimentaires mondiaux. Dans cette situation, que nous avons résumée plus en détails à la fin de la lettre, il est possible que les magasins se vident, et que nous soyons face à une situation de pénurie. Cela pourrait être dramatique et provoquer des paniques qui mettraient en péril la sécurité civile. La question de l’approvisionnement alimentaire pourrait passer devant la question sanitaire sur l’échelle des préoccupations de nombreux citoyens. La déstabilisation du système économique mondial va durer, et donc également la détresse sociale. Les mairies et les collectivités, dans les semaines, les mois et les années à venir, devront répondre aux angoisses et difficultés rencontrées par les administrés. Dire cela ce n’est pas vouloir alarmer inutilement dans un contexte déjà bien anxiogène ; il s’agit de s’informer et de se donner la possibilité d’anticiper. Nous ne prédisons pas une catastrophe, nous nous inquiétons simplement d’un risque et des mesures à prendre pour le prévenir et ne pas être pris dramatiquement au dépourvu si jamais il se réalisait.

Quelles mesures envisager ?

En lisant le document d’information communal sur les risques majeurs (DICRIM) ainsi que le plan ORSEC départemental (organisation des secours), nous n’avons trouvé aucune information quant à l’approvisionnement alimentaire, ce qui ne nous a pas rassurés. Les travaux de Stéphane Linou, ancien conseiller général de l’Aude, auteur de Résilience alimentaire et sécurité nationale et récemment primé au Forum des risques majeurs, ont démontré après 20 ans d'enquête que dans les plans d’urgence, la seule disposition envisagée en cas de crise alimentaire est la réquisition des hypermarchés, ce qui est insuffisant, s’ils se trouvaient à être vides.

C’est pourquoi nous nous demandons ce qui est prévu à l’échelle de la commune et de la métropole en cas de tensions sur l’approvisionnement alimentaire. Comment comptez-vous assurer la sécurité alimentaire locale à court et un peu moins court-terme ? Ne faudrait-il pas envisager d’implanter une production maraîchère et céréalière urbaine et péri-urbaine, à travers des chantiers citoyens, sur le modèle de ce que fait, à Rouen, l’association Triticum (voir au bas de la lettre) sur les espaces publics ou en réquisitionnant au besoin des espaces ? Peut-être pourrait-on encourager la création de jardins partagés, l’apprentissage de savoir-faire agricoles et jardinier, qui peuvent d’ailleurs servir une politique d’insertion professionnelle qui revitalise les territoires.

Surtout, ne faudrait-il pas soutenir les producteurs locaux, en leur apportant, par exemple une aide financière délivrée par la municipalité ? De même, ne pourrait-on pas organiser autant que faire se peut des marchés, dans le respect bien entendu des consignes sanitaires, ou trouver d’autres modes de distribution, comme par exemple la formation d’AMAP en grand nombre et diffuser l’information de leur existence au maximum, par le biais d’une communication municipale à tous les administrés ?

Enfin, n’est-il pas nécessaire d’inscrire l’enjeu de l’approvisionnement dans un plan communal de sauvegarde ? Car la résilience alimentaire est un des enjeux majeurs des temps à venir.

Si nous vous sollicitons habités d’un tel sentiment d’urgence, c’est que le risque est bien réel et requiert que des précautions soient prises. C’est ce que nous tentons d’exposer dans la suite de cette lettre, qui recense des informations qui sont la source de nos inquiétudes.

Pourquoi nous sommes inquiets ? - analyse plus détaillée de la situation :

Les chaînes d’approvisionnement sont fragiles

Les aliments que nous consommons chaque jour viennent de loin, traversent des frontières, sont transportées par des camions, passent par de nombreux intermédiaires (usines agroalimentaires, centrales d’achat, distributeurs, magasins). Cela signifie que notre approvisionnement dépend de nombreuses conditions : des frontières ouvertes, des camions qui roulent, d’un pétrole abondant, de la main d’œuvre disponible à chaque étape… Et la logique qui préside à cette chaîne exclue la constitution de stocks locaux, mais repose sur les transports à flux tendu.

Selon Stéphane Linou la question alimentaire en cas de crise aiguë n’est pas prise en compte dans l’aménagement du territoire depuis de nombreuses décennies. Le transport de longue distance s’est imposé dans l’approvisionnement de toutes les denrées alimentaires en France et en UE. Les régions agricoles françaises ont connu une très forte spécialisation depuis 1950 jusqu’à la hausse récente des importations sur de nombreux produits. L’autonomie alimentaire des territoires, c’est-à-dire la part du local dans les produits alimentaires, est en moyenne de 2%. Comme le rappelle Raymond Girardi, vice-président du MODEF, en 2017 : « Il y a 30 ans, on était autosuffisant, aujourd’hui, on importe 40% de nos fruits et légumes ».

De plus, sur le plan de la logistique agricole, les fermes françaises sont toutes dépendantes de semences achetées aux semenciers (hors Normandie, voire à l’étranger - Suisse, Allemagne, Pologne), des transports pour les obtenir, de pièces détachées pour le bon fonctionnement du matériel, des intrants et carburants livrés par transporteurs et de cotation des denrées alimentaires sur les marchés internationaux.

Or ces chaînes d’approvisionnement longues et complexes sont actuellement mises à rude épreuve.

La crise actuelle menace ces chaînes d’approvisionnement

À très-court terme, la pandémie de Covid-19 en cours peut frapper les routiers et donc rendre difficile l’approvisionnement des denrées alimentaires sur tout le territoire. Un mouvement social par droit de retrait pourrait aussi fragiliser les flux d’approvisionnement. Ce double problème, maladie et droit de retrait, se répète avec les travailleurs de l’industrie agro-alimentaire.

De plus, la situation du marché alimentaire mondiale se détériore (voir à ce titre l’article du Courrier international, lien plus bas). Le Covid-19 frappe l’Italie et l’Espagne, pays fournisseurs de fruits et légumes pour le marché français. La fermeture des frontières et le confinement de plus d’un tiers de la population mondiale va entraîner un manque de plusieurs centaines de milliers de saisonniers pour les récoltes françaises. Les fraises et les asperges commencent déjà à pourrir sur pieds. En outre, vue la situation, plusieurs pays ont mis en place des restrictions sur leurs exportations, c’est le cas du Kazakhstan et de la Russie, gros exportateurs de blé. Dans le même temps, d’autres pays, comme la Chine, cherchent à constituer des stocks importants pour garantir la sécurité alimentaire de leur population dans cette période difficile. La conjonction de ces deux facteurs entraîne une hausse des prix alimentaires mondiaux, notamment du blé, mais aussi du riz et d’autres denrées. À cela s’ajoute le fait que beaucoup de gens autour du monde font du stock et se ruent sur les produits de base (pâtes…) pour le confinement. Dès lors, les prix sur les grandes bourses agricoles mondiales (Chicago, Paris…) sont en forte hausse ces dernières semaines.

Et ces désordres mondiaux ne sont pas prêts de s’arrêter, car la crise économique qui a commencé va se prolonger au-delà du confinement. Cette insécurité alimentaire dépasse donc le contexte actuel de crise sanitaire. Une fois le confinement levé, les difficultés ne disparaîtront pas avec la reprise d’une « vie normale » ; elles affectent en ce moment et continueront d’affecter de façon durable l’économie et, par extension, nos modes de vie sur du moins court terme. Nos craintes ne sont donc pas non plus passagères : il faut s’assurer que nous ne sommes pas entièrement dépendants du système mondialisé pour notre alimentation (mais aussi, d’ailleurs, pour les autres services de base), parce qu’il va durablement mal.

La crise économique va durer

Les conséquences de la pandémie sont désormais irréversibles sur le plan économique et financier. L’économie mondiale est à l’arrêt : à cause de la maladie, la production comme la consommation sont en berne. L’effondrement des marchés financiers est comparable aux crises de 1929 et de 2008. L’argent évaporé en bourses est l’équivalent d’un quart du PIB mondial, soit plus que le PIB des États-Unis. Et le choc dû au coronavirus a lieu dans un contexte de bulle mondiale de la dette privée et de forte fragilité des banques, qui sont, depuis 2008, soutenues à bout de bras par les banques centrales (quantitative easing…). La crise économique ne se limite donc pas au seul temps de l’épidémie. Selon Patrick Artus, chef économiste de Natixis, des faillites en chaîne vont avoir lieu. Les pertes de chiffre d’affaires et la hausse du chômage vont très probablement entraîner des défauts massifs de remboursements de crédits, déstabiliser le système bancaire. Dans ce contexte, un retour de nombreux pays au protectionnisme est envisageable, des tarifs douaniers sur le blé ont été renforcés par plusieurs pays. Cela pourrait nous impacter, puisque nous dépendons beaucoup de nos importations alimentaires.

Les producteurs locaux, pourtant facteur de résilience, sont en détresse

Nous sommes aussi inquiets pour les producteurs locaux (sur leur situation, voir l’article de Médiapart dont le lien est en fin de lettre). Privés de la vente directe avec les restrictions sur les marchés, beaucoup ne peuvent plus vendre leurs fruits, légumes, œufs et autres produits fermiers. Or les champs et les animaux continuent de donner. Dès lors beaucoup se retrouvent avec leur production sur les bras. Outre le triste gâchis, cela menace l’équilibre financier de ces fermiers, maraîchers, agriculteurs de proximité. S’ils ne peuvent pas tenir le choc et cessent leur activité, cela pourrait fragiliser, à terme, la production alimentaire locale.

Pourtant, ils participent pleinement à la résilience alimentaire locale, car ils permettent de ne pas dépendre entièrement des importations, des transporteurs et des circuits longs et inécologiques de transformation des produits.

Face à tout cela se porter vers une démarche de résilience fondée sur le local nous semble être nécessaire afin de garantir la sécurité alimentaire et donc le bien vivre ensemble des habitants de la commune. Nous joignons à cette lettre les articles qui nous ont éclairés.

Nous attendons avec confiance vos réponses quant à ces inquiétudes, et nous vous prions d’agréer nos sincères salutations.

            Anouk Chatellier, Jules Constant--Auclair"

Liens :

Sur la situation des producteurs locaux :

https://www.mediapart.fr/journal/france/260320/la-crise-et-le-confinement-mettent-l-epreuve-le-monde-paysan

Sur la crise économique mondiale :

https://www.mediapart.fr/journal/economie/240320/covid-19-le-spectre-de-la-grande-depression-hante-l-economie-mondiale?onglet=full

Sur les tensions internationales sur l’alimentaire :

https://www.courrierinternational.com/revue-de-presse/economie-la-crise-du-coronavirus-va-t-elle-provoquer-une-penurie-alimentaire

Sur l’action de l’association Triticum dans la métropole de Rouen :

https://www.triticum.fr/

 

 

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