L'heure de la vérité et de la justice

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AUX COURS ET TRIBUNAUX DE LA
RÉPUBLIQUE DÉMOCRATIQUE DU CONGO

Mesdames et messieurs les magistrats,
A vous qui incarnez le pouvoir judiciaire,
Chers compatriotes,

Concerne : Pétition/lettre ouverte; l’heure de la vérité et de la justice

Nous nous permettons de vous adresser ces quelques mots, sur la base de l’article 27 de notre constitution, pour vous faire part de notre soif de la vérité et de la justice qui semblent faire défaut dans plusieurs situations qui nous affectent en tant que Congolais, titulaires des droits qui nous sont légitimement et souverainement  reconnus par les lois de notre pays ainsi que les instruments internationaux relatifs aux droits de l’homme régulièrement ratifiés par celui-ci.

Nous vous les adressons non seulement pour nous-mêmes, mais aussi et surtout pour tous nos compatriotes vulnérables, connus et inconnus, qui n’ont jamais eu droit à la justice alors que leurs bourreaux,  facilement identifiables, sinon connus, semblent être intouchables ou protégés car ils circulent en toute liberté, certains d’entre eux assumant même des fonctions au sein des institutions de la République.

Nous vous les adressons aussi pour l’honneur de notre pays, pour notre nation qui n’a pas le droit de laisser s’enraciner cette culture de déni de vérité et de justice qui a fini par faire le lit, un beau lit alors,  à une impunité qui devient insupportable.

La justice élève une nation en même temps qu’elle garantit une paix durable lorsque, rendue équitablement, elle éloigne le spectre de la vengeance qui ne peut conduire qu’à la violence, avec tout ce que celle-ci emporte comme conséquences déplorables.

La justice demeure et demeurera toujours une valeur sacrée pour une nation qui cherche à  se construire sur la base d'institutions fortes dans un Etat de droit. Notre vœu le plus ardent est que la République Démocratique du Congo soit un pays aux institutions fortes et non un pays « des hommes forts », un Etat de droit et non un Etat police.

Mesdames et Messieurs,

Comme vous le savez sans nul doute, des centaines de milliers de nos frères et sœurs, parents et enfants sont régulièrement exécutés, massacrés, violés, ou forcés de quitter leurs maisons  par certains de nos propres compatriotes et leurs complices qui donnent l'impression d’agir en sous-traitance selon une certaine planification.

Allez-vous laisser impunis ces crimes horribles, inacceptables et insupportables qui sont perpétrés dans plusieurs parties de notre pays, comme vous semblez l’avoir fait pour le cas relatif à l’assassinat de Patrice Émery Lumumba et ses camarades d’infortune, en dépit des certitudes suscitées par ce qui s’apparente à des aveux lâchés par quelques personnages se réclamant de l’ancienne métropole, qui, tout en se délectant de leur incroyable barbarie, n’ont  pas hésité à balancer dans la presse les détails de ce crime crapuleux resté non élucidé plus de cinquante ans après sa perpétration?  C’est inacceptable.

Nous refusons le déni de la vérité et de la justice dans notre pays. Nos fronts sont restés trop longtemps courbés alors que chaque jour notre hymne national nous appelle à les dresser pour prendre le plus bel élan dans la paix, de manière à bâtir, par le labeur, un pays toujours plus beau qu’avant.

Nous n’avons pas la paix à cause du déni de la vérité et de la justice. Et dans ces conditions, nous n’arriverons jamais à bâtir un pays plus beau qu’avant puisque les quelques efforts consentis sont sapés par ce cancer qu’est l’injustice quasi systémique qui étale la laideur d’un pays qui a pourtant tout pour être un paradis terrestre. 

Mesdames et Messieurs,

Le pouvoir judiciaire que vous incarnez doit être effectivement un pouvoir et doit s’assumer en tant que tel. C'est notre constitution qui le dit.

S’il vous plait ne laissez pas les cours et tribunaux être inféodés aux diktats des autres pouvoirs ou des “hommes forts” pas toujours en phase avec l’indépendance de la magistrature, pourtant consacrée dans notre loi fondamentale comme l’un des socles de la démocratie et de l’Etat de droit.

De grâce, ne croisez pas les bras comme si la justice faisait suffisamment son travail dans un pays où on viole systématiquement, on massacre et on décime méthodiquement des populations, on vole, on pille les biens publics, et on s’applique à détruire l’Etat de façon éhontée sans que personne ne puisse en répondre.

Mesdames et messieurs,

Qu’attendez-vous pour rechercher et traduire en justice les auteurs et les commanditaires de tous ces viols et toutes ces tueries de masse qui ont élu domicile dans notre pays alors que des rapports officiels bien documentés  comme ceux des organisations  nationales et internationales sont disponibles et n’attendent qu’à être exploités pour que cette justice que nous appelons de tous nos vœux puisse enfin être rendue aux centaines de milliers de victimes ?

Qu’attendez-vous pour mettre hors d’état de nuire les criminels en col blanc qui se font passer pour des citoyens exemplaires alors qu’ils volent l’argent des pauvres Congolais contraints de vivre d’une mendicité internationale qui ne mettra jamais fin à la misère honteuse qui sévit dans notre pays, alors que ce don béni de Dieu ne manque de rien en termes de potentialités pour se développer et devenir une puissance économique africaine et mondiale?

Ne pouvez- vous pas vraiment éradiquer cette corruption généralisée et par la même occasion redonner du crédit à la magistrature congolaise traitée régulièrement et publiquement de corrompue, même par des officiels de notre pays qui font mine d’oublier qu’en coulisse, tout est mis en œuvre pour que la justice ne soit pas indépendante?

Mesdames et messieurs,

Que vous faut-il pour être indépendants ? Un mot d’ordre de ces officiels hypocrites qui se moquent des cours et tribunaux ?

Ne savez-vous pas que c’est la loi, oui, la loi entendue comme l’expression de la volonté du peuple congolais, qui vous accorde cette indépendance qui n’est point un cadeau, ou un bon vouloir de qui que ce soit ?

Puisque c’est par notre volonté en tant que souverain primaire que nous avons voulu que les cours et tribunaux soient indépendants, et que la justice soit rendue sur toute l’étendue de notre territoire national au nom du peuple, nous entendons ici demander des comptes et en même temps exiger que vous puissiez faire tout ce qui est en votre pouvoir et de votre devoir pour rendre justice à des centaines de milliers de congolais qui n’ont que trop attendu.

Il s’agit notamment :
-       Des victimes des massacres et des viols en masse dans les parties de l’Est du pays, crimes qui se transportent vers le sud et le centre  de la RDC; (Victimes de l’AFDL et ses alliés, victimes du RCD et ses alliés, victimes du MLC et ses alliées, victimes du CNDP et ses alliés, victimes du M 23 et ses alliés, victimes des différents groupes armés qui pullulent à l’Est du pays (ADF/NALU, FDLR, Maï-Maï et autres, ...), sans parler des victimes des services de défense et de sécurité de notre pays,  puisque il y en a aussi ; 
-       Des victimes de la guerre de six jours à Kisangani lors de l’affrontement de deux armées étrangères sur notre territoire national ;
-       Des victimes d’un ancien chef milicien déjà condamné, mais qui se retrouve curieusement en liberté par on ne sait trop quelle procédure légale, alors qu’au même moment des gens croupissent en prison ou dans des geôles secrètes sans aucune base légale, au grand mépris de toutes les règles applicables en la matière ,
-       Des victimes des atrocités qui ont été commises dans les Kasaï, avec vraisemblablement à l’origine l’abus de pouvoir de certaines autorités provinciales et nationales identifiables. Parmi ces victimes, on compte des centaines de milliers d’enfants souffrant de malnutrition aiguë et des centaines de milliers de personnes menacées par la famine, sans parler des déplacés qui ont perdu leurs biens et membres de famille;
-       Des victimes de différentes vagues de xénophobie et d’épurations ethniques qui ont laissé des traces indélébiles et dont des auteurs et commanditaires sont facilement identifiables ;
-       Des victimes du conflit qui oppose dans l’ex-Katanga les pygmées aux Bantous;
-       Des victimes des dernières inondations à Kinshasa et des inondations fréquentes dans plusieurs parties du pays causées par l’incurie des services de la voirie urbaine et de l’autorité provinciale, voire centrale;
-       Des victimes de la répression des marches pacifiques organisées par les partis politiques de l’opposition en 2015 et en 2016, sans oublier celles organisées par le comité laïc de coordination de l’église catholique depuis décembre 2017. Il est inadmissible que la police et l’armée tirent  systématiquement sur des personnes sans armes et fassent des raids dans des paroisses pendant le déroulement des messes ...

Mesdames et messieurs,

Devant ce  tableau macabre, nous avons fait notre choix en refusant de fermer les yeux et de nous taire.

Pour nous c’est l’heure de la vérité et de la justice en ce moment crucial que traverse notre pays qui, dans sa quête de démocratie, de stabilité et de développement durable se trouve confronté à deux défis de taille qui sont l'arbitraire et l'impunité.

Nous vous prions de faire aussi le votre qui, nous osons croire, sera judicieux car vous êtes le rempart contre l’injustice qui se traduit par l’arbitraire et l’impunité.

Oui, mesdames et messieurs, vous êtes en effet les garants des libertés individuelles et des droits fondamentaux de chaque Congolais.

Puisque nous sommes tous égaux devant la loi et avons droit à une égale protection des lois, nous exigeons que les auteurs et les commanditaires d’actes infractionnels ayant fait des dizaines, des centaines, voire des milliers de victimes, soient déférés devant les cours et tribunaux, sans exception aucune, qu’il s’agisse de personnes physiques ou morales, des Congolais ou d’expatriés, des officiels ou non, et cela, quelles que soient les fonctions que ces personnes exercent.

C’est l’heure de la vérité et de la justice.

Julien MBIKAYI KATAYI
Citoyen congolais
jubikatayi@gmail.com

 

 



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