"Le Nicaragua d'il y a une semaine n'existe plus"

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Rapportés par le New York Times le 26 avril, ce sont les propos du président du Conseil Supérieur des Entreprises Privées au Nicaragua (COSEP), José Adán Aguerri. Selon lui, les protestations originellement débutées le 18 avril à l'encontre des mesures annoncées par le gouvernement relatives à la sécurité sociale ont pris une dimension bien plus large dès lors qu'elles ont révélées les méthodes anti-constitutionnelles et violentes de l'Etat lors de la répression des manifestations.

Le recours à des forces pro-gouvernementales officieuses s'engageant dans des affrontements avec les manifestants, l'usage disproportionné de la force policière, ainsi que les méthodes visant à intimider ou discréditer les opposants, ajoutés à la censure exercée sur les médias dont l'accès à l'antenne a été coupé sur ordre des autorités, ont en effet généré la mobilisation la plus massive que le pays ait connu depuis la fin de la guerre civile en 1990.

Bien que certains gouvernements étrangers, dont le gouvernement français, aient déjà officiellement condamné l'usage disproportionnel de la force par le gouvernement Nicaraguayen, le soutien de la communauté internationale reste assez inaudible et a de nombreuses raisons de s'amplifier.

1) Nous soutenons la demande d'une enquête indépendante sur l'usage de la violence durant la répression des manifestations, en particulier celles ayant causé des pertes civiles, ainsi que sur le refus de l'accès des blessés aux hôpitaux que certains médias locaux ont accusé les autorités d'avoir ordonné.

Cette demande vise notamment à ce que le gouvernement Nicaraguayen assume la responsabilité des groupes violents qui ont agi en son nom, notamment la Jeunesse Sandiniste. Si, à la suite d'une enquête visant à déterminer l'étendue de la complaisance du gouvernement à l'égard de ces groupes, la culpabilité de celui-ci était en effet démontrée, cela devrait ouvrir les yeux de la communauté internationale sur le sentiment, déjà ancré dans une grande partie de la population Nicaraguayenne, que le gouvernement a perdu sa légitimité à exercer le pouvoir.

Elu démocratiquement il y a 11 ans, Daniel Ortega retourne au pouvoir après avoir fait parti du gouvernement temporaire qui a mis fin à la dictature Somoza en 1979. Entre son accès au pouvoir en 1979 jusqu'en 1990 et son retour au pouvoir en 2007, Ortega, ancien guérillero du Front sandiniste de libération nationale (FSLN), continue à promouvoir d'en bas son influence sur le pays en s'attachant les fidélités de groupes sandinistes. La mouvance sandiniste qui autrefois a participé à la chute de la dynastie Somoza et concouru à l'établissement d'une république démocratique est aujourd'hui utilisée à des fins répressives et de concentration du pouvoir.

2) Nous affirmons que la vigilance continue à l'égard des attaques visant la liberté d'expression et le droit à l'opposition, même en dehors de nos propres frontières, est nécessaire pour pouvoir s'assurer la pérennité de ces mêmes droits en nos frontières. Ainsi, nous exprimons aux journalistes Nicaraguayens et aux victimes de la répression, un soutien que nous savons conditionné à la fois par la nécessité de la vigilance constante, le partage de valeurs républicaines, ainsi que notre inquiétude vis-à-vis du risque autoritaire auquel le peuple Nicaraguayen est exposé.

3) Nous réaffirmons le fait qu'un régime se cachant sous le couvert d'une république démocratique ne doit pas recevoir la complaisance des autres pays démocratiques et prenons conscience qu'un peuple dont le régime pratique un double discours est particulièrement exposé à l'inertie de la communauté internationale. Nous enjoignons donc nos représentants et ceux de la communauté internationale à continuer à énoncer clairement leur position sur l'utilisation de méthodes violentes et anti-constitutionnelles dont le gouvernement a fait usage et ainsi à réduire la marche de manœuvre du président Ortega à exposer de nouveau sa population à des pertes humaines.

Monsieur le Secrétaire général de l'Elysée, Monsieur le Ministre d'Etat chargé des Affaires Etrangères, ci-dessus sont les revendications que nous vous demandons de porter sur la scène internationale. Les paragraphes suivants exposent le rappel des faits, rapportés par plusieurs médias internationaux et locaux.

Mercredi 18 avril: suite à l'annonce de réformes liées à la sécurité sociale prévoyant, entre autres, une hausse des cotisations de la part de la population active et une baisse des pensions pour les retraités, une centaine de retraités descendent dans la rue en signe de protestation.

Le jour suivant, jeudi 19 avril, les étudiants se joignent à la protestation depuis plusieurs Universités dans le pays et le mouvement, alors concentré à Managua et Leon, s'étend à d'autre villes: Esteli, Masay et Granada.

Les étudiants sont attaqués par des groupes officieux pro-gouvernementaux du Front Sandiniste à Masaya, Camoapa et en divers points de Managua. Confidential rapporte qu'au moins douzes journalistes couvrant les événements sont eux aussi l'objet d'attaques par les activistes pro-gouvernementaux et subissent la destruction ou le vol de leur matériel.

Le même jour, en parallèle de cette violence visant notamment les journalistes en exercice de leur fonction et dont on pourrait nier qu'il s'agisse de censure en refusant d'y voir un caractère systématique et institutionnel, 5 chaînes d'informations couvrant les événements, telles que 100% Noticias ou Canal 12, sont expulsées de l'antenne après que les autorités aient ordonnées au compagnies du cable de leur couper le signal. Après six heures, trois chaînes retrouvent l'accès à l'antenne tandis que 100% Noticias est maintenue en dehors de l'antenne jusqu'au 23 avril, jour où Daniel Ortega annonce le retrait de la réforme.

Durant cette période, les médias locaux continuent néanmoins de documenter l'évolution de la crise via internet et les réseaux sociaux, filmant parfois à l'aide de leurs téléphones portables:
Dès le deuxième et troisième jour de manifestation, les médias font état de balles réelles remplaçant gaz lacrymogènes et balles en caoutchouc, de blessés dont l'accès à l'hôpital aurait été refusé sur ordre des autorités, d'étudiants devant s'exposer au risque de violences policières et pro-gouvernementales en assistant eux-même les blessés, d'activistes pro-gouvernementaux attaquant les manifestants sous les yeux des autorités en toute impunité.

Dans un article publié le 27 avril, Human Rights Watch détaille le bilan des affrontements selon les différentes instances du pays. Entre le 18 et le 25 avril, la Croix Rouge Nicaraguayenne a assisté 435 personnes ayant été blessées pendant les manifestations, dont 242 qui ont dû être hospitalisées. De plus, dès le quatrième jour après le début des manifestations, le Centre Nicaraguayen pour les Droits de l'Homme (Cenidh) fait état de 26 personnes décédées. Sur les réseaux sociaux, la page “Pueblo Autoconvocado” indique que 43 personnes sont également portées disparues. Les autorités font état de deux policiers décédés.

Depuis le retrait de la réforme le 23 avril, la répression s'est relâchée et le gouvernement se dit prêt au dialogue. Cependant, au vu de la façon dont la répression a été menée, cette offre de dialogue est perçue comme une maigre compensation par une grande partie de la population. Pour preuve, deux mobilisations massives ont suivi l'annonce du retrait de la réforme, démontrant que les protestations ciblées contre les mesures relatives à la sécurité sociale ont pris une autre dimension dès lors qu'elles ont servi à révéler les méthodes d'un Président dont la façon de gouverner, déjà illustrée notamment par la nomination de son épouse comme vice-présidente et par des changements dans la Constitution, est ressentie comme une confiscation du pouvoir. L'Eglise, qui a offert refuge à de nombreux étudiants pendant les affrontements, s'est dite prête à jouer le rôle d'intermédiaire pour la mise en place d'un dialogue.

Le bilan s'est alourdi au fur et à mesure que le temps a laissé aux dégâts causés du 18 avril au 23 avril le temps de se révéler complètement. Ainsi, au 27 avril, les pertes à déplorer devraient s'élever à 63 personnes et 15 personnes disparues selon la CPDH qui s'appuie sur des rapports de la morgue et des familles, tandis que la Cenidh informe qu'elle comptabilise 37 décès et mène une investigation sur 46 cas de disparition.

 



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