Légitimer l’ouverture de lieux abandonnés par la population pour la population.

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Objet : Lettre ouverte pour une conscience collective

 
Partant du principe de mettre le vivant au centre des préoccupations, et non plus l'économie comme c'est actuellement le cas, nous avons investi des lieux abandonnés depuis plusieurs années non pour les saccager, mais pour leur donner une seconde vie. Ces lieux, désaffectés depuis des années, dont les propriétaires ne savaient parfois même pas qu'ils les possédaient jusqu'à ce qu'on leur dise que des artistes s'en servaient : réalisations de courts métrages du cours Florent, show case d'une artiste du Costa Rica nouant par la même occasion des relations d'amitié internationales au Bat K 13 dans le treizième arrondissement de Paris, festival gratuit à Saint-Ouen. Ces bâtiments reprennent vie grâce à la culture, aux fresques murales dans la tradition classique avec les outils plus actuels de l’ère industrielle : les aérosols. Les journalistes ont plébiscité l’événement : Le Parisien, BFM. Les enfants n'étaient pas en reste dans ce projet où une salle leur était consacrée.

Ces propriétaires qui ne font même pas attention aux gens qui dorment dehors, à ceux qui sont au chômage ou réfugiés politiques, ce sont les mêmes qui délocalisent pour payer moins cher la main d’œuvre, pour faire toujours plus de bénéfices au détriment du consommateur qui achète des produits dont la qualité est de plus en plus médiocre, créant ainsi toujours plus de chômage. Ce sont les mêmes qui emploient des sans-papiers, se frottent les mains quand Sarkozy ouvre les frontières pour concurrencer l'offre en France, avec un personnel pouvant être payé toujours moins cher. Ce sont les mêmes qui ne payent pas leurs impôts et font porter à la charge du contribuable la dette qui représente à la fin du deuxième trimestre 2016 : 2 170,6 milliards d'euros, soit 98,4 % du PIB selon les chiffres communiqués par l’INSEE (1). En 2015 la dette française coûte 44 milliards d’euros à l’état (2), c’est 11 % du budget.

Revenons sur le rapport « Une économie au service des 99 % » (3) qui révèle comment les grandes entreprises exacerbent les inégalités : pour maximiser la rémunération de leurs actionnaires, elles éludent l’impôt, font pression sur les salaires de leur personnel et les prix payés aux producteurs à la base de leur chaîne d’approvisionnement, et réduisent les investissements dans leur propre activité (4). Rappelons-nous que : « la dette est une construction sociale des plus riches qui ne paient plus leurs impôts ; ensuite, la fraude fiscale, une arme dans la domination de l’oligarchie qui œuvre pour obtenir le consentement des peuples » (5). Si la grande bourgeoisie qui se constitue en classe prédatrice se mobilise suffisamment pour défendre ses intérêts (6), nous pouvons nous aussi tout à fait nous mobiliser ensemble, contre les divisions quelle tend a créer pour mieux gouverner, comme les prédateurs qui isolent leurs proies, ne soyons pas dupes de ses manigances, ces illusions démocratiques et courants politiques qui nous séparent pendant que des lois sont votées qui vont nous asservir plus que nous servir.


Nous, peintres, artistes, depuis que Dante a substitué notre statut d’artisan dans la Divine comédie par celui d’artista, pour exprimer à quel point le génie concourait avec la main et rivalisait avec les princes dans la noblesse avec la terminologie artista (7). Nous souhaitons placer le vivant au centre du monde, suivant ainsi la voie ouverte par Giotto qui en son temps avait initié cette révolution par la perspective, remplaçant Dieu par les nuages, nous voulons remplacer l’économie par le vivant.Nous avons inscrit notre humanité sauvagement à travers la ville, car les pouvoirs dominants ne consentent pas à nous octroyer une place dans le monde, à redistribuer les richesses de façon équitable.

De tout temps il a fallu mener des combats : ne pas vouloir s’asseoir au fond du bus, s'immoler devant des agences pour l’emploi ; chaque colère exprime une condition insupportable et nous ne voulons plus que l’économie emploie le vivant à son service, nous souhaitons que l'économie puisse servir le vivant, et non le détruire ; que les richesses ne soient plus volées ni réparties inéquitablement, ni que nos votes soient violés en ne nous laissant d'autre choix machiavélique que d’opter pour le pire ou l’excécrable. Nous voulons être considérés dans notre souveraineté en tant que peuple selon l'article 3 de la constitution du 4 octobre 1958 modifiée par la loi du 23 juillet 2008, qui commençait bien : « La souveraineté nationale appartient au peuple [...] », mais fini mal..Nous voulons des représentants qui nous soient représentatifs, que nos votes blancs, nos votes nuls et nos abstention soient désormais pris en compte.


Oscar Wilde écrit que « la vie imite plus l'art que l'art n'imite la vie » (8) dans le Déclin du mensonge, et c'est à nous, artistes, qu'incombe la tâche de chercher la vie et chacun de nous peut être cet artista de Dante, parce que Ben à dit que « tout était art », alors on peut diluer l'art dans la vie et donner à chacun la gloire du prince. Parce que le réel prend naissance dans le rêve et les utopies, et que nous en avons plus que jamais besoin pour contrer les dystopies du capitalisme tardif, parce qu'il et de notre devoir de protéger les espèces menacées, les générations futures, parce que l'État devrait avoir honte de ne pas organiser la vie de la polis (9) pour satisfaire 100% de la population, que l'État devrait avoir honte d'organiser la polis pour satisfaire les actionnaires majoritaires, qui représente un pourcentage infime de la population. Nous sommes le peuple et nous avons pour nous la souveraineté, nous devons nous unir parce que nous nous ressemblons plus que nous ne le pensons. Parce que le bonheur de tous dépend de celui de chacun et que nous sommes assez civilisés pour vivre ensemble en bonne entente. Que l'État crée, fabrique, de la délinquance via le chômage, la mauvaise éducation, pour légitimer sa présence parmi nous est insupportable, nous ne faisons que subir les dérives de sa politique au quotidien, et nous voulons en tant qu'artistes remettre le vivant au centre des préoccupations économiques.


Plus que de nous soutenir, soutenons-nous tous dans ce grand projet de nous réapproprier entre autres ce dont 2 043 milliardaires nous ont spolié soit 7,67 trillions de dollars (10). En 2016, selon Oxfam et le Crédit Suisse, 62 personnes possèdent autant que la moitié la plus pauvre de la population mondiale Elles étaient encore 388 il y a cinq ans, selon l'ONG britannique, dont la méthode de calcul reste cependant contestée11. Mais il y a pire : si en 1999 nous sommes 7 milliards sur Terre dont 6 milliards de très pauvres, dont quelques centaines à nous diriger (12), comment ces pourcentages ont-ils évolués ? Est-ce que le nombre de pauvres a augmenté en même temps que la démocratie et la quelque centaine à nous diriger s’est encore réduite ? En 2017, toujours, toujours selon Oxfam et le Crédit Suisse, huit individus possèdent autant que la moitié de la population mondiale (13). C’est absolument inadmissible qu’un tel fossé puisse exister, nous devons reprendre nos vies, notre bonheur, notre paix, devenons maîtres de nous-mêmes. Rejoignons-nous aujourd'hui, soutenons l'initiative des bâtiments investis par des artistes pour en faire des lieux de vie, la pierre ne doit pas être plus importante que la vie, la vie est plus importante que la spéculation.


Rejoingons-nous aujourd'hui et pensons à ce que nous allons faire demain. Nous sommes 71,37% sur 79,89 % d’inscrits (14) à avoir refusé, au premier tour de l’élection présidentielle le candidat capitaliste (Emmanuel Macron) désormais au pouvoir. Réclamons ensemble la justice, car lorsqu'ils confisquent les richesses ils déstabilisent la tranquillité quotidienne, nous sommes tous concernés par leurs actes et ils doivent en répondre, nous devons reprendre nos droits, notre souveraineté.


Nous souhaitons donner une suite au projet d'André Malraux lorsqu’il était Ministre de la Culture, nous souhaitons une culture pour tous, capable de développer l'esprit critique, rependre les connaissances, favoriser les liens sociaux, une culture capable de lutter contre la montée du fascisme et l'aliénation de la kulturndustrie. Nous défendons une culture du peuple pour le peuple, une culture accessible pour les plus démunis contre ce simulacre culturel élitiste qui s'arrache à prix d'or dans les salle de marchés, et qui ne sont plus de l’art mais une monnaie d'échange, un moyen de spéculer, qui n'enrichit nullement l'esprit, et ne sert qu’à creuser l'écart entre les classes.


Nous souhaitons défendre la liberté d'expression pour tous, pour revendiquer nos droits et combattre les injustices, pour suivre les travaux de nos ancêtres les Résistants comme de ceux qui, comme Jules Ferry, ont voulu démocratiser les connaissances, quand à l'heure actuelle les médias sont confisqués par le pouvoir et les journalistes ne font plus entendre que ce que l'État veut nous dire, nous ne pouvons plus écouter les propos de la population, ils se sont accaparé le quatrième pouvoir.

Nous estimons en tant qu'artistes qu'il est indécent de laisser les êtres humains dormir dehors quand les spéculateurs immobiliers laissent leurs bâtiments vides à l'abandon. De quel droit ? Le droit du capital ? Celui de la richesse ? C'est sous ce couvert-là que nous devons subir, nous la population, leurs guerres de territoires, leurs crises des subprimes ? La pauvreté est un phénomène mondial, de quel droit les politiciens calculent-ils qu'un pourcentage de la population peut ne pas être heureuse ? Comme si ce n’était pas grave, un dommage collatéral de leurs politiques économiques. La pauvreté touche d’une certaine façon tout le monde : quémander dans le métro, les vols, menus larcins, la paupérisation culturelle qui va avec la paupérisation financière.Est-ce que nous voulons un univers en paix, ou désordonné comme ce que le capitalisme tardif façonne ?


L'Union européenne estime à 4,1 millions le nombre de sans-abris en Europe. Mais la faute n'incombe pas au manque de logements : plus de 11 millions seraient vides sur notre continent, estime The Guardian, soit près de trois fois le nombre de SDF (15). Une procédure de réquisition existe depuis le 11 octobre 1945, au lendemain de la guerre le Conseil national de la résistance avait prévu l’ordonnance reprise dans le Code de la construction et de l'habitation (art L641-1) :


Sur proposition du service municipal du logement et après avis du maire (...) peut procéder, par voie de réquisition, pour une durée maximum d'un an, renouvelable, à la prise de possession partielle ou totale des locaux à usage d'habitation vacants, inoccupés ou insuffisamment occupés" pour les attribuer à des mal-logés. Les bénéficiaires sont "les personnes dépourvues de logement ou logées dans des conditions manifestement insuffisantes" et celles "à l'encontre desquelles une décision judiciaire définitive ordonnant leur expulsion est intervenue". Le bénéficiaire d'un logement ainsi réquisitionné est tenu de l'occuper lui-même, "paisiblement", et de verser une "indemnité d'occupation". La demande de logement doit être adressée au maire (ou au préfet pour la région parisienne) et le local réquisitionné doit être vacant depuis plus de huit mois.

Cette loi existe depuis 1945 et pourtant selon le DAL cité par Le Monde, seulement 120 000 logements auraient été réquisitionnés en France depuis l'ordonnance du 11 octobre 1945 essentiellement dans les années 60 pour loger des rapatriés d'Algérie (16). Pourtant le nombre de sans-abris ne cesse d’augmenter, en dix ans nous avons 50% de plus de gens dormant dehors, aujourd'hui c'est 143 000 personnes selon les chiffres communiqués par la Fondation Abbé Pierre. Combien seront-ils demain ? Toujours selon les chiffres communiqués par la Fondation Abbé Pierre, 14 628 millions de personnes sont concernées par la crise du logement en 2017(17). Les objectifs de la loi Besson de 1990 sont pourtant clairs :


Garantir le droit au logement constitue un devoir de solidarité pour l'ensemble de la nation. Toute personne éprouvant des difficultés particulières, en raison notamment de l'inadaptation de ses ressources ou de ses conditions d'existence, a droit à une aide de la collectivité, dans les conditions fixées par la présente loi, pour accéder à un logement décent et indépendant et s'y maintenir.


Que font les institutions toujours prêtes à prélever les impôts de chacun de nous pour éviter de taxer les plus nantis ? Regardons les scandaleuses fraudes fiscales n’ayant fait l’objet d’aucune condamnation, comme l'affaire Wildenstein, malgré la fraude de 550 milliards, Guy Wildenstein, adepte des flux offshore et marchand de tableaux sera relaxé par le tribunal (18). Nos objectifs de peintres sont claires : rendre à César ce qui appartient à César, autrement dit rendre au peuple ce qui appartient au peuple. Il semble y avoir des gens qui se croient toujours supérieurs aux autres et pensent pouvoir exploiter le vivant en toute impunité.Nous disons clairement non ! Il est inadmissible que la police (payée avec l’argent du contribuable, de la population) use de sa force envers les populations quelle est censée protéger et défendre ; et non les intérêts de ces quelques milliardaires qui se partagent le gâteau en faisant fi du reste du monde. Nous voulons une culture pour tous capable de développer l’esprit critique et non cette propagande capitaliste.

Non, nous ne laisserons pas faire. Nous demandons également où sont les gens qui achètent des œuvres sur les marchés et dans les institutions d'artistes de rue, ce qu'ils ont nommé street art, ou art urbain, ou graffiti, ou post graffiti, qu'importe la terminologie, sommes-nous là pour participer le rêve capitaliste : aller dans des soirées branchées et vivre dans une luxueuse villa, ou bien redistribuer efficacement les richesses afin que chacun soit heureux ? Et sincèrement, combien peuvent prétendre pouvoir boire une bouteille de vin à 18 000 €, est-ce cela pourquoi nous avons pris des risques ? Boire du vin dans un lieu hors de prix pendant que plus de la moitié de la population mondiale meurt de faim ? Est-ce ce culte de l’individu que nous voulons entretenir ou œuvrer pour la justice? Et quand les institutions, les collectionneurs achètent du street art pensent-ils vraiment que nous voulons perpétuer ce système asymétrique ou veulent-ils se joindre à notre cause humaine ? Où sont ceux des politiciens, des intellectuels, des collectionneurs qui défendent ces artistes qui défendent l’opprimé, les damnés de la terre ?Existent-ils vraiment ou ne sont-ils là que pour décorer le paysage, dispersant leurs propos malhonnêtes pour nous faire croire qu'il nous défendent, nous la population, et non ces 2 043 milliardaires ?


Les lieux réhabilités par les artistes devenus des endroits culturels incontournables ont le vent en poupe, c’est dommage de priver les habitants de ces espaces faits par le peuple pour le peuple.

La conscience collective.

 

 
 

1https://www.insee.fr/fr/statistiques/2123554
2http://education.francetv.fr/matiere/economie/premiere/video/l-etat-francais-rembourse-chaque-annee-une-partie-de-sa-dette
3https://www.oxfam.org/sites/www.oxfam.org/files/file_attachments/bp-economy-for-99-percent-160117-fr.pdf (Consulté le 15 mai 2017).
4https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population (Consulté le 15 mai 2017).
5http://www.humanite.fr/michel-pincon-et-monique-pincon-charlot-les-plus-riches-veulent-detruire-la-solidarite-603769 (Consulté le 15 mai 2017).
6https://comptoir.org/2017/05/12/monique-pincon-charlot-nous-sommes-face-a-une-classe-sociale-puissante-et-mobilisee-pour-defendre-ses-interets/ (Consulté le 15 mai 2017).
7Olivier CENA, « Giotto, le premier artiste », Télérama, 27 avril 2013.
8Oscar WILDE, Le déclin du mensonge, trad. Hugues REBELL Paris, éd. Allia, 2011, p. 51.
9En grec ancien πόλις / pólis qui désigne la cité.
10https://www.forbes.fr/classements/classement-forbes-2017-top-20-des-milliardaires-mondiaux/ (Consulté le 15 mai 2017).
11https://www.lesechos.fr/18/01/2016/lesechos.fr/021627401171_inegalites---les-1---les-plus-riches-du-monde-possedent-plus-que-le-reste-de-la-planete.htm#6ihsdUS6bdSZPdXd.99 (Consulté le 15 mai 2017).
12http://www.wikistrike.com/article-nous-sommes-7-milliards-sur-terre-dont-6-milliards-de-tres-pauvres-ils-sont-quelques-centaines-a-no-87656710.html (Consulté le 15 mai 2017).
13https://www.oxfam.org/fr/salle-de-presse/communiques/2017-01-16/huit-hommes-possedent-autant-que-la-moitie-de-la-population (Consulté le 15 mai 2017).
14http://www.francetvinfo.fr/elections/resultats/ile-de-france/ (consulté le 16 mai 2017).
15http://www.lexpress.fr/actualite/societe/il-y-a-presque-trois-fois-plus-de-logements-vides-que-de-sdf-en-europe_1494601.html (Consulté le 15 mai 2017).
16http://www.lemonde.fr/societe/article/2012/10/30/requisition-de-logements-vacants-une-procedure-rarement-utilisee_1782443_3224.html (Consulté le 15 mai 2017).
17https://www.francebleu.fr/infos/societe/le-nombre-de-sdf-augmente-de-50-en-10-ans-denonce-la-fondation-abbe-pierre-1485854307 (Consulté le 15 mai 2017).
18http://www.liberation.fr/france/2016/10/23/affaire-wildenstein-vices-de-fonds-et-de-forme_1523790 (Consulté le 15 mai 2017).



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