Justice pour les Gynécologues de Larache

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Nous, Médecins et Chirurgiens du Maroc, suivons avec grande inquiétude le procès de nos Confrères Gynécologues de Larache. L'un d'eux, le Dr Bennani, un jeune Chirurgien reconnu pour ses qualités humaines et son sérieux et papa de trois jeunes enfants, est poursuivi en état de détention préventive contre toute logique pour des faits liés à son activité professionnelle à l'hôpital provincial de Larache.

Nous nous joignons à la peine de toutes celles et de tous ceux qui ont perdu un être cher, notamment une femme en couche, à cause des insuffisances de notre système de santé, car nous sommes des êtres humains et des citoyens avant tout. Nous sommes aussi Médecins et Chirurgiens et avons de ce fait voué notre vie au bien-être et à la santé des autres. Nous ne pouvons que nous solidariser des familles. Aucun de nous ne supporte l'échec, la perte d'un patient, mais la vie et nos conditions d'exercice ne nous laissent hélas pas toujours le choix.

Faut-il rappeler que la spécialité médicale de Gynécologie-Obstétrique traite en permanence de l'urgence? Une urgence de la mère et de l'enfant. Est-il raisonnable que les Gynécologues soient dispatchés en nombre insuffisant dans les petits hôpitaux du pays pour qu'on les assujettisse au système inadéquat de l'astreinte à domicile durant plusieurs jours de suite au lieu de la garde résidentielle à l'hôpital de 24h?

C'est avec amertume que nous constatons qu'un seul Homme, le Dr Bennani, ait été désigné comme bouc-émissaire pour lui faire le procès de tout l'hôpital public, ses insuffisances et sa gestion chaotique, déchaînant ainsi les passions et les frustrations de l'opinion publique locale et nationale.

Nous, Médecins et Chirurgiens du Maroc, demandons un procès équitable pour nos Confrères de Larache comme pour tous les citoyens de ce pays. Nous refusons que l'hôpital public se défile de sa responsabilité unique et première. Nous refusons que le procès de nos Confrères soit une farce populiste. Nous avons entendu les menaces de mort adressées par la foule au Dr Bennani au sein même de la salle d'audience, et nous refusons catégoriquement qu'il soit livré à la vindicte populaire.

Nous, Médecins et Chirurgiens du Maroc, sommes personnellement affectés par ce procès. Son issu conditionnera l'évolution de notre pratique. Nous prenons des risques tous les jours en procédant à des interventions médicales et chirurgicales. Le risque zéro n'existe pas en Médecine. Ce risque change selon les conditions de notre exercice: Dans un hôpital organisé et équipé, le risque est bas, dans un hôpital mal géré, mal organisé et mal équipé, le risque devient non négligeable. L'évolution de ce procès risque de dissuader la majorité des praticiens de l'hôpital public à travailler dans les conditions abominables qu'offre cet hôpital aux patients et aux Médecins et Chirurgiens.

Nous signataires de ce manifeste exhortons les institutions à rendre la Justice de façon indépendante et équitable. Nous exhortons le Ministère de la Santé à assumer ses responsabilités et à trouver solution au manque accru de praticiens, notamment dans les spécialités urgentes. Nous l'exhortons enfin à s'organiser et à organiser le secteur de la santé publique devenu dépotoir de toutes les peines et les frustrations sociales.