La gauche a été sauvée par le sommet, elle sera gagnante par la base.

Le problème

Ne tergiversons pas, même ses pires ennemis le reconnaissent, Jean-Luc Mélenchon a sauvé dans l’opinion et les urnes l’idée même d’une gauche de combat qui a vocation à prendre le pouvoir pour révolutionner nos pratiques démocratiques, avec la VIe République qu’on pourrait résumer ainsi : la parole au peuple, et pour enfin s’attaquer sérieusement aux causes du dérèglement climatique, en n’oubliant jamais le slogan «fin du mois fin du monde même combat». La Nupes, rassemblement de la gauche en vue des législatives de 2022, a été créée dans l’urgence, après l’échec à un cheveu de Jean-Luc Mélenchon à accéder au second tour de l’élection présidentielle, échec dû très clairement à la désunion de la gauche. Un programme a été écrit, qui n’affadissait qu’à la marge celui de l’Avenir en commun (AEC), et 151 députés Nupes ont été élus, soit presque un triplement par rapport à 2017. Un beau succès, même si pas suffisant. Il reste à faire mieux…

Aujourd’hui, le gouvernement nie la réalité de la dégradation des services publics, de la diffusion de la pauvreté, de la paupérisation des classes moyennes et de la catastrophe climatique et écologique à venir. Un gouvernement qui instrumentalise de manière irresponsable l’extrême droite pour assurer son pouvoir tout en reprenant sournoisement un certain nombre de ses obsessions, qui déroule chaque jour un peu plus le tapis rouge à Marine Le Pen en refusant de faire la différence entre une opposition de gauche républicaine et un parti dont les origines collabo et Waffen SS ne peuvent être oubliées. Jamais peut-être dans l’histoire depuis les années 30 n’avons-nous été si proches d’une victoire électorale du fascisme en France, et ce gouvernement, encore plus que les deux précédents, en porte la lourde responsabilité.

Pour inverser cette trajectoire politique, qui n’a rien d’inéluctable, de nombreux acteurs demandent aujourd’hui un acte 2 de la Nupes, pour renforcer l’union, bien sûr, mais aussi pour créer les conditions d’une victoire durable de la gauche, celle dont la France a tant besoin pour affronter les énormes défis sociaux et écologiques à venir, celle peut-être aussi que le vaste monde «éveillé» attend pour entraîner les grands pays riches de la planète vers une voie alternative à la catastrophe que nous redoutons tou·te·s.

Mais malgré une demande d’unité qui, selon les sondages, provient sans ambiguïté aucune de la base, certain·e·s, à l’intérieur de la Nupes, veulent encore jouer à la petite politique politicienne, en présentant des listes séparées aux prochaines élections, européennes en l’occurrence. La manœuvre est limpide, mais dangereuse pour l’avenir de l’union : il s’agit de rééquilibrer le rapport de force à gauche en vue des échéances suivantes. Sans rentrer dans les détails de négociations et de tactiques partisanes qui nous échappent, il y a une donnée que toute la gauche devrait garder bien présente pour éviter de se fourvoyer dans des impasses : l’effondrement du Parti socialiste à l’époque du quinquennat Hollande, puis la présidentielle 2017, puis encore celle de 2022, indiquent sans équivoque qu’une partie largement majoritaire de l’électorat de gauche attend une rupture très nette avec les politiques et les réformes néolibérales, et refuse toute proposition politique visant à reconstruire une «gauche» comme celle qui gouvernait la France il y a dix ans.

La voie raisonnable et possible pour un retour de la gauche au pouvoir, c’est la construction d’un mouvement unitaire autour d’un programme d’action aussi clair que celui que toutes les parties prenantes de la Nupes ont signé à l’occasion des législatives. Nous, militant·es et sympathisant·e·s de gauche, considérons qu’une telle clarté est indispensable pour contrer le pouvoir macroniste et pour éviter que l’extrême droite ne lui succède. Il faut cependant prendre acte que de nombreux blocages en provenance du sein même de la Nupes se dressent sur ce parcours, des obstacles liés pour partie à la nostalgie d’une gauche dominée par sa composante social-libérale, pour une autre partie à des soucis d’identité d’appareils qui se sentent menacés par la perspective d’une construction collective qui grandirait.

En ce sens, nous ne croyons pas qu’un véritable acte 2 de la Nupes puisse être simplement le produit d’une initiative des dirigeants des quatre mouvements et partis qui lui ont donné naissance : pour que l’unité autour d’un programme de rupture se consolide, il faut un mouvement fort de la base, avec la création d’associations Nupes par département, avec la possibilité d’adhésion directe à la Nupes, y compris pour des citoyen·ne·s sans affiliation partisane, et avec l’acceptation du principe de la double appartenance pour celles et ceux qui militent dans un parti ou un mouvement. Ces associations devraient ensuite se réunir dans une fédération nationale en mesure de forcer l’union, là-haut, en ayant également pour tâche de désigner le ou la meilleure candidat·e local·e aux différentes échéances électorales, afin de tout mettre en œuvre pour gagner.

Cette union fera notre force, elle est la condition sine qua non pour accéder enfin au pouvoir dans le but de changer la vie de nos concitoyen.ne.s et redonner de l’espoir aux générations futures, celles-là mêmes qui pâtiront terriblement de nos choix actuels, entre dérèglement climatique violent et modèle social saccagé.

La gauche a été sauvée par le sommet, elle sera gagnante par la base.

Signataires : Bruno Amable, économiste, professeur à l’université de Genève ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Aubin Hellot, cinéaste ; Robin Hunzinger, cinéaste ; Elisabeth Jonniaux, cinéaste ; Stathis Kouvelakis, philosophe ; Stefano Palombarini, économiste, université de Saint-Denis ; Gilles Perret, cinéaste ; Gilles Raveaud, maître de conférences en économie, université de Saint-Denis ; Barbara Stiegler, philosophe; Martin Benoist, cinéaste, Abdourahman Waberi, Écrivain .
 
 
 

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Aubin HELLOTLanceur de pétition

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Le problème

Ne tergiversons pas, même ses pires ennemis le reconnaissent, Jean-Luc Mélenchon a sauvé dans l’opinion et les urnes l’idée même d’une gauche de combat qui a vocation à prendre le pouvoir pour révolutionner nos pratiques démocratiques, avec la VIe République qu’on pourrait résumer ainsi : la parole au peuple, et pour enfin s’attaquer sérieusement aux causes du dérèglement climatique, en n’oubliant jamais le slogan «fin du mois fin du monde même combat». La Nupes, rassemblement de la gauche en vue des législatives de 2022, a été créée dans l’urgence, après l’échec à un cheveu de Jean-Luc Mélenchon à accéder au second tour de l’élection présidentielle, échec dû très clairement à la désunion de la gauche. Un programme a été écrit, qui n’affadissait qu’à la marge celui de l’Avenir en commun (AEC), et 151 députés Nupes ont été élus, soit presque un triplement par rapport à 2017. Un beau succès, même si pas suffisant. Il reste à faire mieux…

Aujourd’hui, le gouvernement nie la réalité de la dégradation des services publics, de la diffusion de la pauvreté, de la paupérisation des classes moyennes et de la catastrophe climatique et écologique à venir. Un gouvernement qui instrumentalise de manière irresponsable l’extrême droite pour assurer son pouvoir tout en reprenant sournoisement un certain nombre de ses obsessions, qui déroule chaque jour un peu plus le tapis rouge à Marine Le Pen en refusant de faire la différence entre une opposition de gauche républicaine et un parti dont les origines collabo et Waffen SS ne peuvent être oubliées. Jamais peut-être dans l’histoire depuis les années 30 n’avons-nous été si proches d’une victoire électorale du fascisme en France, et ce gouvernement, encore plus que les deux précédents, en porte la lourde responsabilité.

Pour inverser cette trajectoire politique, qui n’a rien d’inéluctable, de nombreux acteurs demandent aujourd’hui un acte 2 de la Nupes, pour renforcer l’union, bien sûr, mais aussi pour créer les conditions d’une victoire durable de la gauche, celle dont la France a tant besoin pour affronter les énormes défis sociaux et écologiques à venir, celle peut-être aussi que le vaste monde «éveillé» attend pour entraîner les grands pays riches de la planète vers une voie alternative à la catastrophe que nous redoutons tou·te·s.

Mais malgré une demande d’unité qui, selon les sondages, provient sans ambiguïté aucune de la base, certain·e·s, à l’intérieur de la Nupes, veulent encore jouer à la petite politique politicienne, en présentant des listes séparées aux prochaines élections, européennes en l’occurrence. La manœuvre est limpide, mais dangereuse pour l’avenir de l’union : il s’agit de rééquilibrer le rapport de force à gauche en vue des échéances suivantes. Sans rentrer dans les détails de négociations et de tactiques partisanes qui nous échappent, il y a une donnée que toute la gauche devrait garder bien présente pour éviter de se fourvoyer dans des impasses : l’effondrement du Parti socialiste à l’époque du quinquennat Hollande, puis la présidentielle 2017, puis encore celle de 2022, indiquent sans équivoque qu’une partie largement majoritaire de l’électorat de gauche attend une rupture très nette avec les politiques et les réformes néolibérales, et refuse toute proposition politique visant à reconstruire une «gauche» comme celle qui gouvernait la France il y a dix ans.

La voie raisonnable et possible pour un retour de la gauche au pouvoir, c’est la construction d’un mouvement unitaire autour d’un programme d’action aussi clair que celui que toutes les parties prenantes de la Nupes ont signé à l’occasion des législatives. Nous, militant·es et sympathisant·e·s de gauche, considérons qu’une telle clarté est indispensable pour contrer le pouvoir macroniste et pour éviter que l’extrême droite ne lui succède. Il faut cependant prendre acte que de nombreux blocages en provenance du sein même de la Nupes se dressent sur ce parcours, des obstacles liés pour partie à la nostalgie d’une gauche dominée par sa composante social-libérale, pour une autre partie à des soucis d’identité d’appareils qui se sentent menacés par la perspective d’une construction collective qui grandirait.

En ce sens, nous ne croyons pas qu’un véritable acte 2 de la Nupes puisse être simplement le produit d’une initiative des dirigeants des quatre mouvements et partis qui lui ont donné naissance : pour que l’unité autour d’un programme de rupture se consolide, il faut un mouvement fort de la base, avec la création d’associations Nupes par département, avec la possibilité d’adhésion directe à la Nupes, y compris pour des citoyen·ne·s sans affiliation partisane, et avec l’acceptation du principe de la double appartenance pour celles et ceux qui militent dans un parti ou un mouvement. Ces associations devraient ensuite se réunir dans une fédération nationale en mesure de forcer l’union, là-haut, en ayant également pour tâche de désigner le ou la meilleure candidat·e local·e aux différentes échéances électorales, afin de tout mettre en œuvre pour gagner.

Cette union fera notre force, elle est la condition sine qua non pour accéder enfin au pouvoir dans le but de changer la vie de nos concitoyen.ne.s et redonner de l’espoir aux générations futures, celles-là mêmes qui pâtiront terriblement de nos choix actuels, entre dérèglement climatique violent et modèle social saccagé.

La gauche a été sauvée par le sommet, elle sera gagnante par la base.

Signataires : Bruno Amable, économiste, professeur à l’université de Genève ; Xavier Beauvois, cinéaste ; Aubin Hellot, cinéaste ; Robin Hunzinger, cinéaste ; Elisabeth Jonniaux, cinéaste ; Stathis Kouvelakis, philosophe ; Stefano Palombarini, économiste, université de Saint-Denis ; Gilles Perret, cinéaste ; Gilles Raveaud, maître de conférences en économie, université de Saint-Denis ; Barbara Stiegler, philosophe; Martin Benoist, cinéaste, Abdourahman Waberi, Écrivain .
 
 
 

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