Pétition fermée
Adressée à Monsieur le President de la Republique

Plus de 40 Français sauvés lors de l'attentat de Tunis par Ala Eddine, le héros oublié...

Merci à Lilia Blaise pour cet article qui résume parfaitement l'histoire de ce jeune Héros oublié. Mobilisons nous pour qu'il puisse être reconnu et dédommagé par l'état Français. En tant que "rescapée" de l'attentat du 18 mars 2015 à Tunis, je me sens redevable car je dois la vie à ce formidable jeune homme, courageux, humble mais abandonné... "Le 18 mars 2015, ce jeune agent de surveillance, employé du musée, arpentait les salles de mosaïque du Bardo, réputé mondialement pour ses collections. À 12 h 30, alors qu’il allait prendre sa pause déjeuner, il entend des coups de feu retentir. « J’ai tout de suite reconnu le bruit des balles, c’était trop fort pour que ce soient des pétards », raconte Ala à MEE. Il pense au début à une attaque contre le parlement, dont les murs sont mitoyens du musée, sauf qu’Ala voit des gens, des touristes, courir dans les salles avoisinantes. Les terroristes tirent des rafales de Kalachnikov et, avant même de chercher à en savoir plus, Ala fuit aussi pour sa vie. Ironie du sort, une semaine avant l’attaque, il a effectué un stage en secourisme financé par le musée. -Sauvetage dans la salle Dougga: Il court vers la salle Dougga, au 1er étage, où il trouve une quarantaine de personnes, hommes, femmes et enfants, tous terrifiés. Pendant ce temps, les assaillants tirent sans distinction, passent entre les sculptures de la salle Carthage tout juste restaurées, et continuent leur massacre. « Le musée n’a pas de secret pour moi, et j’avais la clef de cette salle, j’ai pu nous barricader », raconte Ala. Il demande aux personnes retranchées avec lui de faire le moins de bruit possible. L’attente est longue, interminable presque. Les touristes, dont je faisais partie ainsi que 35 autres Français, sont accroupis, comme le montreront des photos publiées sur les réseaux sociaux. Après une demi-heure, quelqu’un frappe à la porte en pleurant. Un vieil homme hagard, un touriste, se tient devant Ala, il est recouvert de sang. « S’il vous plaît, aidez-moi, ma femme est en train de mourir », implore-t-il. Les deux hommes partent pour aider la femme. Sur le chemin, Ala découvre des images d’horreur, 21 touristes et un lieutenant de la brigade antiterroriste sont décédés ce jour-là. « Il y avait du sang et des morts partout, alors j’ai pris la main de l’homme et je lui ai demandé de revenir avec moi dans la salle où étaient les autres, mais il ne voulait pas », raconte Ala. « Il m’a dit : ‘’je préfère mourir avec ma femme’’. Je l’ai laissé car je ne savais pas si les terroristes étaient encore là », rajoute Ala. Il retourne dans la salle Dougga. Près de la célèbre mosaïque représentant le Triomphe de Neptune, certains l’attendent, paniqués, sous le choc. Il les enferme et leur intime de rester silencieux le temps qu’il aille chercher de l’aide. « Je voulais aider et j’ai pris un autre chemin pour éviter les terroristes. » En faisant ce choix, Ala risque sa vie aussi bien à cause des attaquants, encore dans les murs, que des policiers qui auraient pu, dans la panique générale, le confondre avec l’un des assaillants. À ce moment-là, les terroristes sont encore vivants et errent dans les salles du musée. Ala retrouve les forces de l’ordre au rez-de-chaussée et les emmène dans la salle où sont retransmises les vidéos des caméras de surveillance. Il les aide à identifier les terroristes, puis s’ensuit un assaut au cours duquel trouveront la mort les deux assaillants. Le tout est filmé par les caméras de la Brigade d’intervention antiterroriste et diffusé quelques jours plus tard sur la page Facebook du ministère de l’Intérieur. Pendant ce temps, l’exfiltration de la salle Dougga commence. Les images des touristes sortant des portes arrière du musée sont retransmises en direct à la télévision tunisienne. -L’après attentat, entre désillusions et cauchemars: Dans les jours suivant l’attaque, Ala voit sa vie changer. Il est questionné pendant plus de douze heures par la police tunisienne dans le cadre de l’enquête sur l’attentat. Ensuite, il est emporté par le flot médiatique qui déferle sur la Tunisie, le pays vivant un des premiers attentats de grande ampleur visant des touristes depuis la révolution de 2011. Interviewé par des médias étrangers, Ala vit son quart d’heure de gloire. Chaque nuit, pourtant, les cauchemars de cette journée reviennent le hanter. « Je revoyais ce vieil homme que je n’avais pas su aider et tout ce sang », confie-t-il. Un mois après les événements, Ala a l’espoir d’un réel changement dans son statut professionnel. Employé depuis trois ans sur la base d’un statut appelé « Ouvrier de titre 2 », il ne perçoit que 200 dinars par mois (moins de 100 euros), n’a ni fiche de paye, ni avantages sociaux. « Il y a à peu près une vingtaine de personnes qui sont employées sur cette base au Bardo, c’est presque du travail au noir car nous n’avons aucune traçabilité de nos paiements, parfois il arrive que nous ne soyons pas payés », témoigne Ala. Après une réouverture en grande pompe du musée deux semaines après les attentats, le ministre de la Culture en personne promet à Ala une reconnaissance pour son action. « J’ai cru que ma situation allait enfin se régulariser, que j’aurais un vrai contrat de travail. » Car pour ce jeune homme originaire de la banlieue populaire d’Hay Ettadhamen, au nord de Tunis, travailler au Bardo représente bien plus qu’un travail alimentaire. « J’y passais tout mon temps étant petit, mon père était peintre en bâtiment, c’est lui qui a repeint les plafonds, retouché certaines décorations », explique t'il. À 19 ans, Ala gardait les murs avec ses écouteurs sur les oreilles sans bien comprendre comment des touristes pouvaient passer des heures devant des bouts de céramique et des sculptures. Puis, la curiosité l’emporte, il se met à observer, à faire des recherches et connaît bientôt par cœur chaque parcelle du musée, ses recoins et ses œuvres. « J’ai appris l’histoire de mon pays grâce au musée, de Hannibal à Carthage. Je me suis tellement passionné que l’été je complétais mon salaire en travaillant comme guide touristique pour les visiteurs, et je les accompagnais même sur d’autres sites archéologiques », raconte Ala. Grâce à ses rencontres, il se passionne aussi pour les langues, apprend l’italien, puis l’anglais, et il étudie actuellement le russe dans un centre culturel de Tunis. « C’est 400 dinars l’année, je paye mes cours grâce au salaire des chantiers », commente t'il. -Menaces salafistes et manque de reconnaissance: En février dernier, sa situation le déprime au point de vouloir renoncer à tout. Son père ayant perdu l’usage de ses jambes, Ala doit trouver les ressources pour nourrir sa famille, composée de sa mère, d’un frère de 20 ans et d’une sœur de 16 ans. Et ce n’est pas seulement l’État qui refuse de le reconnaître : dans son quartier, le jeune homme est menacé au quotidien. « Beaucoup de salafistes radicaux ont entendu que j’avais sauvé des touristes, j’ai reçu des menaces et des intimidations de leur part. » La plupart des jeunes de son âge dans son voisinage sont partis rejoindre les rangs de l’État islamique en Syrie, comme 5 000 autres Tunisiens, d’après les chiffres variables des autorités tunisiennes. Ala a passé plusieurs jours chez des amis pour éviter les rencontres indésirables mais il ne supporte plus la peur permanente qu’il ressent quand il sort de chez lui. Il avoue ne plus avoir trop d’amis dans son quartier, son seul refuge restant l’histoire et un complice, l’écrivain Abdelaziz Belhodja, qui a publié en 2011 un nouveau livre sur Hannibal Barca, héros carthaginois et figure historique de la Tunisie. « Ala est un garçon intelligent, qui aime apprendre, courageux et conscient, malgré son jeune âge, de tout ce qui nous manque ici en Tunisie pour renouer avec la grandeur », disait de lui Abdelaziz Belhodja lors d’une conversation avec MEE en début de semaine. Pour Alaa, malgré ces difficultés quotidiennes, Hannibal reste un modèle, une référence. Il porte d’ailleurs un pendentif à son nom gravé par son père. Mais s’il connaît par cœur l’histoire de son pays, il ne se fait plus d’illusions sur son avenir. « J’adore mon pays mais je ne supporte plus cette situation, je ne comprends pas pourquoi c’est si difficile de me donner un contrat normal », commente-il amèrement."
Cette pétition a été remise à:
  • Monsieur le President de la Republique


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