Pour la disqualification du film "J'accuse" aux César

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Carlotta Maccarini
Carlotta Maccarini a signé la pétition

Avertissements avant lecture, cette pétition contient des mentions de viol et de pédocriminalité.

L’Académie des César vient de dévoiler la liste des films présélectionnés pour la cérémonie de février 2020. J’accuse de Roman Polanski est proposé dans toutes les catégories aux votant·e·s et fait figure de favori. Les César 2020 sera-t-elle, deux ans après MeToo, quelques semaines après le bouleversement des révélation d’Adèle Haenel, la cérémonie de célébration des agresseurs du cinéma ?

Nous sommes un collectif de militant·e·s, journalistes, associations et artistes uni·e·s afin que tout soutien et toute contribution à la renommée du film J'accuse de Roman Polanski cessent. 

Après un appel au boycott qui mettait en lumière les nombreuses accusations de viols et de pédocriminalité qui visent Polanski et la promotion scandaleuse qui entoure ce film, nous demandons aujourd'hui de disqualifier J'accuse de toutes les nominations de la 45ème Cérémonie des Césars avant l'ouverture du 1er tour des votes de cette édition 2020 et de radier Polanski des rangs de votre Académie.

Il y a un mois, Adèle Haenel s'était exprimée sur les agressions sexuelles que Christophe Ruggia commettait à son encontre entre ses 12 et 15 ans afin que la honte change de camp et que l'omerta cesse : "Le silence est la meilleure façon de maintenir en place un ordre lié à l'oppression. Les gens qui n'ont pas accès à la parole sont les opprimés. C'est pour ça que c'est crucial de parler !" 

Quelques jours après, Valentine Monnier suivait ses pas et témoignait dans Le Parisien : comme 11 autres femmes, dont 10 étaient mineures au moment des violences déclarées, elle accusait Polanski de viol. Lorsque Valentine Monnier a courageusement décrit les violences sexuelles qu'elle a subi en 1975, elle a expliqué qu'elle s'était sentie obligée de s'exprimer lorsque le film est sorti. Elle était scandalisée que Polanski considère sa situation — en tant que « victime » du système judiciaire — comme étant moralement équivalente à celle d'Alfred Dreyfus, accusé à tort de trahison et condamné à la prison à vie.

Or vous le savez : Polanski n'est pas un paria, c'est un délinquant sexuel. Alors que ce dernier posait il y a quelques jours en grande victime sur la une de Paris Match "On essaye de faire de moi un Monstre", rappelons qu'en 1977, Polanski a plaidé coupable du viol d'une jeune fille de 13 ans aux États-Unis pour éviter de faire face à des accusations plus graves, telles que le viol par consommation de drogues, sodomie et acte obscène et lascif sur une enfant de moins de 14 ans. Il s'est enfui en France alors qu'il pensait être condamné à de la prison au lieu de purger une peine de probation. Il est toujours considéré par Interpol comme un fugitif.

Le 2 décembre, nous nous indignions dans une lettre ouverte des nombreuses nominations de J'accuse au Festival du film européen et appelions l'Académie du cinéma européen à disqualifier le film.

De nombreuses personnalités et militant.e.s ont soutenu notre mouvement, comme  Eric Metayer et Andréa Bescond que vous récompensiez pour leur adaptation de la pièce "Les Chatouilles" sur des violences pédocriminelles ingligées à une enfant de 8 ans. Rosanna Arquette et Melissa Silverstein engagées aux Etats-Unis dans le mouvement TimesUp ont fait de même, révoltées par cette "exception française" qui consiste à protéger et soutenir des pédocriminels tout en feignant de soutenir les victimes.

Le 11 décembre, l'actrice Lou Roy Lecollinet que vous nommiez comme espoir féminin il y a quelques années, membre de votre Académie, écrivait : "Quand l'auteur est un pédocriminel en fuite, on le disqualifie. Après #metoo, le compte Instagram @payetontournage, et la prise de parole d'Adèle Haenel, on pourrait croire que le message a été entendu. Non. Les César sont prêts à tolérer la présence de Polanski parmi les nommés, comme si de rien n'était, et en plus, ils l'encouragent ?  Je suis révoltée. En l'état, ce milieu ne me convient pas, il ne nous convient pas. Cette industrie est dangereuse, tellement de femmes en témoignent, ÉCOUTEZ-LES ! Reprenons les César, reprenons le cinéma."

Tout comme l'Académie du film européen et le Prix Lumières de la presse étrangère, des institutions comme la vôtre ont un pouvoir énorme pour paver la voie du changement. Votre voix compte.

Vous avez donc la responsabilité de vous demander : qui mérite les éloges de l'Académie des César ? Alors même qu'en 2017 vous nommiez Polanski comme président des César, et que vous avez récompensé ce dernier déjà huit fois, il est temps que vous vous demandiez de quel côté de l'Histoire voulez-vous vous tenir ?

Récemment, l'ARP, l'association des réalisateurs français, a entamé le processus d'expulsion de Polanski de ses rangs, ce qui montre que des briques sont posées. L'acceptation de Polanski par l'industrie cinématographique doit cesser. Sa volonté complice de « séparer l'art de l'artiste » doit cesser. N'oublions pas que ce sont 12 enfants et femmes qui ont accusé le réalisateur de violences sexuelles. Elles avaient au moment des violences déclarées : 9 ans, 10 ans, 10 ans, 12 ans, 13 ans, 15 ans,15 ans, 16 ans, 16 ans, 16 ans,18 ans, 29 ans. Il est temps que l'Académie cesse de promouvoir la culture du viol et la banalisation d'actes criminels. 

Disqualifier ce film de cette compétition d'envergure et exclure son réalisateur de votre Académie représenterait un engagement fort contre les violences sexuelles dans votre industrie, afin de mettre en garde les agresseurs & d'envoyer un message univoque aux victimes de viol :

 « Nous vous croyons, nous briserons le silence, et nous apporterons des changements structurels.»