Non au Black Face en France et en Europe au XXI ème siècle !

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Messieurs, Mesdames,

Nous vous adressons cette pétition pour soulever les problématiques liées au blackface, en France et en Europe.

 

I. Définition du black face

 Le black face est le fait que des personnes dites « blanches » se « déguisent » en personnes dites « noires » en se grimant le visage, certaines parties du corps, voire son ensemble, afin de caricaturer des comportements, des traits physiques relevant de représentations racistes héritées de l’époque coloniale et ségrégationniste.

Nous rappelons que les personnes identifiées comme « noires » ne sont ni des « objets de divertissement, ni des déguisements », pour paraphraser le militant antiraciste João Gabriell dans une vidéo datant du 18 décembre 2017.

 

II. Contexte contemporain

A peine la polémique autour du black face d’Antoine Griezmann clôturée, il s’organisera le 10 mars 2018 à Dunkerque au Kursaal, « La Nuit des Noirs », événement porté par « Les Noirs » (à comprendre des hommes dits « blancs » grimés en « noir »), célébrant les 50 ans de cette institution carnavalesque. Sur l’affiche de l’édition 2018, on peut y voir trois hommes, souriants, les visages peints en noir, les contours des lèvres extrêmement élargis et prononcés d’un rouge vif. Ils arborent fièrement des toques en imprimé félin, rehaussées de longues plumes. Toujours sur cette même image, on peut apercevoir que l’un d’eux porte une boucle d’oreille sur le lobe droit et un collier de type « osseux » autour du cou, trahissant un voile de peau « blanche ». Il s’agit bien d’un cas de black face qui répond aux codes picturaux de l’iconographie coloniale… sauf pour les défenseurs et défenseuses, qui évoquent des visages couverts de suie, rappelant ceux des mineurs d’autrefois - profession exercée par un grand nombre dans cette région.

Ces deux affaires sont-elles des cas isolés ? Le black face est-il l’apanage des Américains ?

Le 17 novembre 2016, deux associations étudiantes de l’EDHEC de Lille sont au cœur d’une polémique autour du black face. En 2014, des policiers du commissariat du Kremlin-Bicêtre (Val-de-Marne) organisent une soirée « négro* » aux costumes particulièrement dégradants. En 2013, Jeanne Deroo se « déguise » en Solange Knowles (chanteuse et sœur de Beyoncé, activiste pro-noir.e.s) arborant un visage « peint » en marron et une perruque afro, de cheveux de type frisés/crépus. En 2008, le film Agathe Cléry transforme son personnage principal, incarnée par Valérie Lemercier, en femme noire, en ayant recours au black face. En 1988, Michel Leeb, n’hésite pas à se grimer sur l’affiche de son spectacle Ténor. Et la liste est encore longue...

Non loin de nos frontières nationales, c’est en Belgique que, tous les 6 décembre, le Père Fouettard est incarné par un personnage arborant un black face. Aux Pays-Bas, durant les parades populaires des fêtes de fin d’année, le père fouettard local, « Zwarte Piet », reproduit ce même procédé dégradant. Toujours durant la période des fêtes, à Alcoy en Espagne cette fois-ci, encore pendant une parade locale, les « negrets » ou « pajes » sont de sortie, exhibant fièrement un black face.

Nous ne reviendrons pas sur le cas des États-Unis, qui est connu de tous.tes…

 -----*Les termes « négro », « nègre » est absolument interdit d’usage par toute personne non afro-descendante.

 

III. Rappel à la loi française

1/ Le racisme

La France est l’un des premiers États au monde à avoir fait du racisme un délit par la loi PLEVEN en 1972. De plus, il est défini dans l’article 1 de la loi du 13 juillet 1990, dite loi GUAYSSOT que « toute discrimination fondée sur l'appartenance ou la non-appartenance à une ethnie, une nation, une race ou une religion est interdite. L'Etat assure le respect de ce principe dans le cadre des lois en vigueur ». Selon nous, cette définition est nécessaire mais place le racisme dans une logique individuelle, interpersonnelle et non systémique, niant de ce fait le passé raciste de la France incarnée par ses politiques coloniales, son implication dans de nombreux crimes contre l’humanité. De plus, gardons à l’esprit que la France a également participé à la production de cette imagerie raciste.

Néanmoins, la loi française couvre les actes racistes et donc devrait couvrir le black face. On peut évoquer une seconde fois l’affaire de la soirée dite « négro* » de 2014 organisée par des policiers du Kremlin-Bicêtre. Après sa saisie par le CRAN, Jacques Toubon, le Défenseur des droits, avait reconnu le caractère raciste de l’acte et a recommandé des mesures disciplinaires. Ici, le caractère raciste du black face a été reconnu et devrait donc tomber sous le coup de la loi.

*Les termes « négro », « nègre » est absolument interdit d’usage par toute personne non afro-descendante.

 

2/ La liberté d’expression

Selon l’article 11 de la DDHC : « la libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’homme, tout citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l'abus de cette liberté dans les cas déterminés par la loi ».

Un sondage mené par la LICRA en 2012, retiré depuis de leur site internet pour des raisons inconnues, mettait en lumière les réticences quant à un encadrement plus strict des actes racistes : les Français.es, ayant répondu, exprimaient leur peur autour de la pénalisation des propos jugés racistes, invoquant qu’un durcissement de la loi protégerait davantage les « étrangers.ères » que les « Français.ses » et limiterait les libertés individuelles, et par-là, la liberté d’expression.

Certes, en France, la liberté d’expression est un droit fondamental inscrit dans la Déclaration des droits de l’Homme et du citoyen. Effectivement, elle permet à quiconque de pouvoir exprimer librement ses idées. Cependant, pour le bien de tous.tes, elle prévoit également des limites, qui enfreintes peuvent être sanctionnées, telles que :

« - Ne pas porter atteinte à la vie privée et au droit à l’image d’autrui (pour des précisons complémentaires voir les fiches « Vie privée et internet » et « Image et vidéo «).

- Ne pas tenir certains propos interdits par la loi : l’incitation à la haine raciale, ethnique ou religieuse, l’apologie de crimes de guerre ou du terrorisme, les propos discriminatoires à raison d'orientations sexuelles ou d'un handicap, l’incitation à l'usage de produits stupéfiants, le négationnisme.

- Ne pas tenir de propos diffamatoires : la diffamation se définit par toute allégation ou imputation d’un fait qui porte atteinte à l’honneur ou à la considération d’une personne. Il est possible pour se défendre d’une accusation de diffamation d’invoquer l’exception de vérité, c’est-à-dire de rapporter la preuve de la vérité de ses propos (sauf si la diffamation concerne un élément de la vie privée).

- Ne pas tenir de propos injurieux : l’injure se définit comme toute expression outrageante, termes de mépris ou invective qui ne renferme l’imputation d’aucun fait.

- Il existe également des limites spécifiques telles que le secret professionnel, le secret des affaires et le secret défense qui interdisent la publication et la divulgation de certaines informations.

- Certaines personnes, en raison de la fonction qu’elles occupent, sont tenues à un « devoir de réserve ». C’est le cas des fonctionnaires qui doivent exprimer leurs opinions de façon prudente et mesurée, de manière à ce que l’extériorisation de leurs opinions, notamment politiques, soit conforme aux intérêts du service public et à la dignité des fonctions occupées. Plus le niveau hiérarchique du fonctionnaire est élevé, plus son obligation de réserve est sévère ».

De ce fait, se réapproprier par un déguisement, la représentation coloniale en se grimant en « noir », en se peignant la bouche en rouge, et en portant un chapeau de plume peut être insultant envers les personnes s’identifiant et perçues comme « noires ».

3/ Le cyberharcèlement

            La législation française n’a pas (encore ?) inscrit de texte spécifique lié au cyberharcèlement. Néanmoins, elle reconnaît, sous certaines conditions, les publications Facebook comme relevant du domaine public. Aussi, l’injure et/ou la diffamation peuvent être punies de 12.000 € (art. 32 de la Loi du 29 juillet 1881).

 

IV. Revendications juridiques

Ce rapide éclairage historique et géographique montre l’implantation du black face en Europe, et plus particulièrement en France comme « institution » traditionnelle et festive. Mais, au vu de la charge historique de cet acte, nous demandons le respect de la dignité et de l’intégrité des personnes dites « noir.e.s ».

1/ Pour cela, nous refusons que la célébration de la fête de Noël d’Alcoy soit reconnue comme patrimoine immatériel de l’humanité, car, d’après l’article 2 de la Déclaration sur la race et les préjugés raciaux par l’Unesco, les traditions racistes ne peuvent rentrer dans ce cadre. Ce point est souligné dans l’alinéa 2 :  

« Le racisme englobe les idéologies racistes, les attitudes fondées sur les préjugés raciaux, les comportements discriminatoires, les dispositions structurelles et les pratiques institutionnalisées qui provoquent l'inégalité raciale, ainsi que l'idée fallacieuse que les relations discriminatoires entre groupes sont moralement et scientifiquement justifiables; il se manifeste par des dispositions législatives ou réglementaires et par des pratiques discriminatoires, ainsi que par des croyances et des actes antisociaux; il entrave le développement de ses victimes, pervertit ceux qui le mettent en pratique, divise les nations au sein d'elles-mêmes, constitue un obstacle à la coopération internationale, et crée des tensions politiques entre les peuples; il est contraire aux principes fondamentaux du droit international et, par conséquent, il trouble gravement la paix et la sécurité internationales ».

Bien que nous portions un grand respect envers les traditions régionales, nous refusons les traditions qui participent à la propagation d’une imagerie négative, ayant pour origine la stigmatisation d’une certaine partie de la population ».

 

2/ Nous demandons au Maire De Dunkerque, Patrice Vergriete, non pas l’interdiction du carnaval, mais son soutien dans l’interdiction du black face, lors des prochaines éditions du carnaval ainsi que l’annulation des prochains événements du groupe « Les Noirs », si ces derniers refusent d’abandonner le black face de leur représentation artistique.

Nous demandons aussi au groupe « Les Noirs » d’entendre nos revendications et de retravailler leur image, leur communication visuelle qui peut heurter, comme le rappelle Bernard Vandenbrouque -l’un des fondateurs des « noirs » -en parlant sa répulsion et son attirance à la vue de ces grimages « tout noirs, avec des toiles de jute et de la paille », dans l’article de Slate  Le black face fait aussi partie de l'histoire française, il n'est juste jamais nommé, datant du 23/11/2016. D’ailleurs, Bernard Vandenbrouque reste assez flou sur l’histoire de ce groupe mais évoque à demi-mot l’iconographie coloniale : « j’ai toujours connu des gens qui se mettaient du noir au visage et qui s’habillaient avec de la paille pour le carnaval. C’est un peu difficile à expliquer, il faut sans doute remonter très loin, à la période des colonies… C’est un sujet complexe ».

 

3/ Tout comme le Conseil Représentatif des Associations Noires (CRAN), nous demandons une sensibilisation plus forte sur les questions de racisme et de discriminations raciales, dont fait partie la négrophobie (forme de racisme spécifique aux personnes dites « noires ») et par-là le black face, afin que chaque citoyen.ne puisse avoir les connaissances nécessaires pour dissocier les actes racistes, des actes non-racistes. Nous ne pouvons plus accepter qu’une partie de la population ignore l’histoire et l’acte de black face.

 

4/ Depuis le début de ce nouveau scandale concernant “Les Noirs”, nous remarquons la vivacité des défenseurs et des défenseuses sur la tenue de cet événement. Nous respectons leur sensibilité et leur attache sincère pour le carnaval de Dunkerque, ainsi que pour l’organisation « Les Noirs ». Cependant, nous refusons les menaces, les insultes, etc. Nous refusons d’être au cœur d’un cyberharcèlement parce que nous avons émis notre désaccord sur la question du black face. Aussi, nous souhaitons pouvoir jouir comme l’Etat français le prévoit, de notre liberté d’expression, à partir du moment où celle-ci n’offense aucune règle.

 

5/ Nous demandons plus de fermeté de la part des autorités judiciaires au sujet du black face, qui semble être impensé. De plus, Pap Ndiaye rappelle que dans le droit français, il n’existe aucune infraction pénale par rapport au black face : « ces événements ne procèdent pas de gens qui sont racistes idéologiquement. Le racisme structurel signifie qu’il n’y a pas de condamnation morale des personnes. Cette journaliste –Jeanne Deroo- n’est que le produit d’un monde social qui fabrique des représentations de ce genre ». Comme nous l’avons expliqué, réutiliser les codes graphiques coloniaux peut être perçus comme insultant pour une partie de la population, pour cela nous demandons à la justice de protéger l’intégrité de ces habitant.e.s.

 

Notre pétition ici présente témoigne de notre attachement aux valeurs européennes et françaises. Nous souhaitons faire valoir nos droits et notre dignité en tant que personnes dites « noires ». Pour cela disons NON AU BLACK FACE ! Nous réitérons haut et fort notre idée centrale : être perçu comme un individu « noir » n’est pas un déguisement, mais une identité appartenant souvent à une histoire complexe, brutalisée mais en pleine résilience. Nous demandons donc l’annulation des événements du groupe « Les Noirs » tant que ses membres seront grimés et accoutrés de manière à faire revivre l’iconographie coloniale !

 



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