Decision Maker Response

Michèle Rivasi’s response

Nov 14, 2016 — Cher-e-s pétitionnaires,

Je vous remercie pour votre interpellation et surtout pour votre incroyable mobilisation qui me renforce dans mes convictions et me galvanise dans mes combats. Quand l’Etat donne des passe-droits insensés et irresponsables aux industriels il est de notre devoir de citoyen de nous y opposer, surtout quand les entreprises fautives ne cherchent qu’à repousser l’échéance d’une éventuelle sanction tout en exerçant un odieux chantage à l’emploi.

Ma mobilisation contre les boues rouges est un combat de longue date, nous avions notamment publié avec José Bové un dossier réalisé avec le concours d’Olivier Dubuquoy (initiateur de cette pétition) en Juillet 2013, que vous pouvez retrouver au lien suivant http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/boues-rouges-de-gardanne-le-dossier-de-michele-rivasi-et-jose-bove/ (à la fin de cet article vous retrouverez l’intégralité de mes prises de position sur le sujet). Je ne vais pas revenir ici sur tout ce que vous savez déjà sur ce scandale écologique et sanitaire, mais je vais tâcher de vous offrir une vision plus large du problème auquel nous sommes confrontés. Ça sera un peu long, mais j’espère que vous ne considérerez pas ça comme du temps perdu à la fin de votre lecture !


Les boues rouges : la face (de moins en moins) cachée de la production d’aluminium

Les boues rouges sont les effluents issus de l’extraction d’alumine depuis la bauxite. L’aluminium joue un rôle indispensable aujourd’hui, notamment dans les nouvelles technologies, mais aussi dans de nombreux produits de consommation, des voitures aux canettes en passant par le bâtiment.

Il fut un temps où l’aluminium était plus précieux que l’or : c’est une ressource qui semble abondante mais qui ne va qu’en se raréfiant puisque nous ne la recyclons pas assez.

L’aluminium est pourtant un produit incroyable : il peut être recyclé indéfiniment, sans perte de ses qualités physico-chimiques. La production primaire d’aluminium consomme énormément d’électricité mais son recyclage ne consomme que 5% de l’énergie initialement utilisée. Il est donc aussi rentable qu’écologiquement responsable de recycler l’aluminium usagé puisque sa valeur économique est incomparable avec bien des déchets.

Dans le bâtiment ou les transports, les deux secteurs qui en consomment le plus, la logique d’efficacité économique pousse ainsi au recyclage dans 95% des cas. Mais les particuliers sont moins vertueux, et le taux de recyclage de l’aluminium dans les produits de consommation courante (dans l’emballage alimentaire notamment) est insuffisant : seulement un tiers serait recyclé en France alors que d’autres pays font bien mieux.

Pour bien comprendre l’ensemble des enjeux autour de l’aluminium, il faut aussi savoir qu’à l’échelle mondiale la demande d'aluminium ne fait qu’augmenter : ainsi, la production annuelle a dépassé les 40 millions de tonnes en 2010 et au taux de croissance actuelle on prévoit un doublement de la production d’ici 2030. Aujourd’hui les stocks mondiaux de boues rouges non traités sont évalués à environ trois milliards de tonnes ! Des ordres de grandeur qui donnent le vertige.


Le procédé Bayer, une technologie devenue obsolète face aux innovations récentes

Le procédé Bayer, utilisé actuellement pour extraire l’alumine de la bauxite date de…1887 ! On peut aisément comprendre que l’urgence environnementale n’était pas la même à l’époque. Mais force est de constater qu’il faut rapidement développer et éprouver de nouvelles technologies si l’on veut pérenniser de telles activités industrielles. Je ne suis pas pour la délocalisation de la pollution dans des pays aux normes environnementales plus laxistes. Ca n’est pas ça être écologiste : on ne va pas planquer les déchets toxiques que l’on génère dans le jardin de notre voisin ! CA n’est peut-être pas illégal, mais c’est immoral et donc à rebours de la philosophie prônée par l’écologie politique.

Mon but n’étant pas de m’opposer sans proposer d’alternative, il est de mon devoir de partager avec vous le fruit de mes recherches : il existe bel et bien une solution technologique bien plus vertueuse, le procédé Orbite développé par une société canadienne Orbite Alumina Inc. Tout d’abord ce procédé permet de meilleurs rendements de récupération d’alumine (et donc une pollution moindre à production égale), il pourrait donc se substituer au procédé Bayer. Mieux, le procédé Orbite permet de traiter directement les boues rouges. Dès l’application commerciale du procédé Orbite, il faudra l’appliquer à l’usine de Gardanne.


L’usine Alteo de Gardanne, exemple flagrant de l’application du principe pollueur-payé

Je ne veux plus entendre les fadaises des communicants d’Alteo. Les dirigeants successifs de l’usine ont toujours agi dans l’intérêt privé plutôt que l’intérêt général, avec une complicité à peine dissimulée de l’Etat et des élus de la circonscription.

Le groupe Pechiney a construit cette usine en 1893, c’est presque un monument historique. Au début les résidus étaient stockés sur place, les préoccupations écologiques n’ayant fait leur apparition que par la suite…et non sans raison. Mais quand il a été décidé en 1966 de rejeter les effluents en mer, c’était surtout pour des raisons logistiques : il devenait impossible de stocker les déchets à même le sol, le terrain manquait. C’est là qu’a débuté l’épisode que vous connaissez.

Mais en 1976, la France ratifie Convention de Barcelone pour la protection de la Méditerranée. Il devient donc obligatoire pour l’Etat de commencer à se questionner sur l’avenir des rejets en mer, dont on se doutait peu (ou l’on ne s’interrogeait pas du tout ?) de l’impact écologique. Et ce n’est qu’en 1996 que l’Etat se décide enfin à…donner une dérogation supplémentaire de 20 ans pour que les rejets cessent.
Pour tenter d’y parvenir les élus locaux et l’Etat ne ménagent pas leur peine et caressent les dirigeants dans le sens de la bauxite. Et aux frais du contribuable s’il vous plaît, puisqu’un tel scandale n’arrive jamais seul. Des compromis (aides et dérogations) semblent avoir été trouvés pour que l’entreprise se décide à investir. Tout d’abord un député du coin parvient à faire réduire la redevance eau de l’entreprise en 2012, passant ainsi de 13 à 2,6 millions d’euros. Mais aussi une jolie subvention de 15 millions d’euros de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse visant à financer pour moitié les filtres-presses visant à séparer les effluents liquides des rejets solides de l’usine.

Bref, sans cet argent l’usine aurait fermé. Et c’est la dernière fois que nous devons nous compromettre ainsi. La dérogation accordée jusqu’en 2022 pour les effluents toxiques (mais qui ne sont plus rouges, quelle réussite !) est illégitime et nous devrons continuer à faire pression pour l’annuler et forcer ainsi l’industriel à revoir ses procédés de fabrication. Et ce d’autant plus que les rejets actuels dépassent toujours les normes en vigueur et surtout passent que la diminution des rejets marins induit inéluctablement une augmentation du stockage terrestres des poussières de production issues des flitres-presses.


L’aluminium, un produit qui est loin d’être inoffensif

Certes j’ai tressé les louanges de l’aluminium en tant que matériau, mais je serai moins sympathique avec son impact sanitaire. Si l’aluminium s’est imposé dans la société de consommation et a envahi nos vies c’est parce qu’il a trop longtemps été considéré comme inoffensif pour notre santé.
Aujourd’hui, de plus en plus d’études scientifiques mettent en avant la responsabilité de l’aluminium dans l’augmentation de la sclérose en plaque, de la maladie de Crohn, de la maladie d’Alzheimer, des colopathies fonctionnelles (syndrome de l’intestin irritable). On le suspecte même d’être une des nombreuses causes de la diminution de la fertilité masculine.


Mes propositions pour mettre fin au scandale des boues rouges et préserver notre santé et nos ressources

Face à de tels constats, voilà les solutions que je préconise :
- Augmenter la part du recyclage de l’aluminium, notamment via la mise en place de système de consigne pour les canettes.
- Réduire le gaspillage d’emballage alimentaire en aluminium en finançant la recherche et le développement de nouveaux matériaux.
- Renforcer la recherche dans les conséquences sanitaires de l’utilisation d’aluminium dans l’alimentation, les cosmétiques mais aussi la vaccination.
- Mettre en place l’application stricte du principe pollueur-payeur pour responsabiliser les industriels afin qu’ils préviennent les dégâts sur la santé et l’environnement.
- Arrêter l’entreposage des résidus solides et poussiéreux sur le site de Mange-Garri pour protéger la santé des riverains, et empêcher le public et les animaux d’y accéder par des barrières.
- L’entreprise doit mettre en œuvre tous les moyens possibles pour être en-dessous des seuils autorisés pour les rejets liquides.
- Si dans les 6 ans de répit accordé, l’entreprise ne met pas en place le procédé Orbite (ou toute autre solution technologique convenable) pour traiter les boues rouges, il faudra fermer l’usine. Aux centaines d’emplois qui seront perdus, j’oppose les centaines d’emplois que nous pourrons créer dans l’éco-tourisme local suite à la fin des pollutions.

Voici l’ensemble de mes prises de position sur les boues rouges, depuis la catastrophe hongroise de 2010 :
28/10/2012 http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/usine-daluminium-de-gardanne-michele-rivasi-demande-une-enquete-sanitaire/
17/07/2012 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/agissons-pour-l%E2%80%99arret-immediat-des-rejets-de-boues-rouges-en-mer-mediterranee/
07/11/2012 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/la-mediterranee-voit-rouge%E2%80%A6-pour-encore-combien-de-temps-encore/
10/11/2012 http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/michele-rivasi-et-jose-bove-demandent-un-arret-des-rejets-de-boues-rouges-en-mediterranee-en-2013-et-une-commission-d%E2%80%99enquete-locale/
10/12/2012 http://www.michele-rivasi.eu/medias/stop-aux-rejets-de-boues-rouges-en-mediterranee-appel-publie-sur-mediapart/
19/04/2013 http://www.michele-rivasi.eu/a-la-une/la-gravite-de-la-pollution-des-boues-rouges-est-reconnue-par-le-ministere-de-lenvironnement/
10/04/2014 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/tribune-avec-jose-bove-sur-le-huffpost-le-fleau-des-boues-rouges-un-veritable-poison-en-mer-comme-sur-terre/
03/09/2014 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/stop-aux-rejets-des-eaux-residuaires-boues-rouges-au-coeur-du-parc-national-des-calanques/
09/09/2014 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/non-a-un-parc-national-des-calanques-canada-dry-le-combat-continue-contre-les-boues-rouges-et-la-sterilisation-du-milieu-marin/
23/09/2015 http://www.michele-rivasi.eu/sur-le-terrain/michele-rivasi-et-jose-bove-%C2%AB-nous-demandons-l%E2%80%99arret-de-tous-les-rejets-issus-de-la-production-de-boues-rouges-%C2%BB/