Sauvons l'archéologie préventive française

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À l'attention de Françoise Nyssen, ministre de la culture, de la sous-direction à l'archéologie, des services régionaux de l'archéologie.

 

Nous, archéologues du préventif, agents de l'Inrap, des services de collectivités territoriales ou salariés d'opérateurs privés, tenons à mettre en lumière la situation catastrophique dans laquelle se trouve notre profession.

 

 L'archéologie préventive, qui consiste à sauvegarder par l'étude les vestiges menacés par un aménagement, s'exerce en France dans le cadre des lois de 2001 - création de l'Inrap, Institut national des Recherches Archéologiques Préventives - et de 2003 - ouverture de l'archéologie préventive à la concurrence. Ce cadre législatif fait porter l'exercice des fouilles préventives sur une diversité d'acteurs, publics ou privé, mis en concurrence entre eux. Cette situation, vécue par les archéologues depuis près de quatorze ans, connait, ces dernières années, une dégradation sans précédent.

 

Une course à l'obtention de chantier de fouille s'est progressivement mise en place entre les différents opérateurs, amenant à une baisse systématique des prix à laquelle tous ont, à un moment ou un autre, participé. L'obtention par les sociétés privées du Crédit Impôt Recherche, loin de dégager des moyens scientifiques supplémentaires, a renforcé le phénomène, les sommes perçues permettant de mener des politiques tarifaires plus agressives. Le CIR s'est  transformé en avantage financier pour les aménageurs, sa somme étant de facto déduite des prix facturés. Pour ne pas perdre l'intégralité du "marché" tous les opérateurs se sont alignés sur ces politiques tarifaires. Entre 2009 et 2013, le prix facturé à l'hectare a baissé de 40 % (Rapport Faure) et la logique ne s'est pas inversée depuis, loin de là.

 

Cette baisse des prix a amené à une dégradation constante de nos conditions de travail, quelle que soit notre structure de rattachement. La logique actuelle de l'archéologie préventive pourrait se résumer à la formule "toujours plus vite, toujours moins cher". Elle se traduit par la diminution des moyens humains sur le terrain et en post-fouille, par une pression toujours plus forte sur les équipes et les responsables scientifiques, et au final par la baisse de la qualité scientifique des rapports de fouilles. Pour la plupart d'entre nous, cette profession est avant tout une passion, mais la souffrance au travail engendrée par cette situation pousse de nombreux collègues au burnout, à la dépression, aux arrêts maladie de longue durée voire, dans le pire des cas, aux tentatives de suicide. Elle s'accompagne d'une précarité accrue de la profession.

 

Cette situation n'est pas nouvelle. Nombre d'entre nous alertent à ce sujet depuis plusieurs années. La logique économique à l'œuvre a déjà amené à la fermeture de plusieurs agences, à la disparition d'opérateurs privés ou de services de collectivités, au licenciement de nombreux collègues. Elle atteint aujourd'hui son paroxysme :

·         À l'Inrap, des remises tarifaires significatives consenties aux aménageurs pour décrocher les marchés font que les moyens humains sont de plus en plus souvent insuffisants pour permettre aux archéologues de mener à bien leurs missions/opérations, quand certaines antennes connaissent à l'inverse un taux d'agents "non affectés" conséquent. La politique de gestion libérale impulsée par la nouvelle direction se traduit par la recherche systématique d’économies réalisées aux dépens des agents. Les politiques d'"austérité" et la baisse des moyens humains empêchent l'institut de mener à bien certaines fouilles dont il a pourtant remporté les appels d'offres !

·         Les prix pratiqués par les sociétés privées ne leur permettent plus, malgré le CIR, d'atteindre l'équilibre financier. Retards de paiement, chômages partiels et procédures de sauvegarde se multiplient. Aujourd'hui une partie importante des opérateurs privés est menacée à courte échéance de liquidation, avec mise au chômage de dizaines d'archéologues qualifiés, entrainant à terme le report des rapports en cours sur l’opérateur public comme le prévoit la législation. Cette surcharge de travail ne pourrait d’ailleurs pas être absorbée par l'institut compte tenu des plafonds d’emploi et du choix de ne plus accorder de CDD. 

·         Dans les services de collectivités territoriales, sauf forte volonté politique locale, les mêmes logiques économiques sont à l'œuvre, avec les mêmes conséquences.

·         Les dizaines, voire centaines de techniciens, main d'œuvre précaire de l'archéologie travaillant pour l'un ou l'autre des opérateurs, peinent de plus en plus à trouver du travail, et bénéficient de moins en moins de conditions de travail acceptables et d'un salaire décent quand celui-ci se présente. Leurs perspectives de débouchés à long terme sont inexistantes.

 

L'État, le ministère de la Culture et le ministère de l'Enseignement supérieur et de la Recherche n'ont pas mesuré l'ampleur du désastre. Une telle situation n'est à moyen terme ni tenable pour les archéologues de terrain, ni économiquement viable pour les opérateurs. L’absence de régulation et la baisse des prix consécutive à une concurrence exacerbée remettent en cause l'archéologie préventive telle qu'elle a été définie depuis maintenant une quinzaine d'années, et à terme c'est l'avenir du patrimoine français qui s'en trouve menacé. Parce qu'un site fouillé au rabais, c'est un site détruit pour toujours. Le risque ne pèse pas seulement sur un ou deux opérateurs, mais par ricochet sur l'ensemble de la profession. Les seuls bénéficiaires des actuelles pratiques tarifaires, pratiquées au détriment de nos conditions de travail, sont les aménageurs, pour qui les fouilles coûtent de moins en moins cher.

 

La loi du 7 juillet 2016 relative à la liberté de la création, à l'architecture et au patrimoine (dite loi LCAP) a mis en avant un vœu pieux du ministère de la Culture : la volonté de réguler l'archéologie préventive. Cependant, presque un an plus tard, les espoirs sont vite retombés. Malgré les intentions affichées, la réalité du "marché" de l'archéologie préventive est aujourd'hui alarmante. Les prix ne remontent pas, voire continuent à baisser. Seule une réforme profonde du système concurrentiel, un contrôle accru de la part des SRA, et à très court terme une régulation des prix et des moyens humains engagés peuvent freiner le délabrement de notre profession.

 

 Nous appelons ainsi tous les archéologues, qu'ils soient issus d'établissements publics ou privés, de collectivités territoriales, chercheurs, universitaires, ainsi que toutes les personnes sensibles à l'avenir de la conservation du Patrimoine, à signer cette pétition afin que cesse la situation de détresse que traverse l'archéologie préventive.

 

Nous sommes persuadé-e-s que seule l'action de tous les archéologues impliqués dans le circuit de l'archéologie préventive, quelle que soit la structure qui les emploie, peut faire évoluer la situation. 

Nos intérêts sont communs et collectifs : nous souhaitons tous un futur pour l'archéologie préventive, au-delà de la concurrence entre les opérateurs qui nous emploient ; nous souhaitons enrayer une vision trop "économique" de notre profession, qui privilégie le moindre coût et le court terme, et la remplacer par une gestion saine, de qualité, sur le long terme.

 Pour cela il est temps de faire entendre notre voix, d'agir pour sauver l'archéologie préventive telle que nous la pratiquons.

 

Des solutions rapides et concrètes doivent être trouvées pour assurer une amélioration du rendu scientifique, tout en garantissant un emploi digne et stable aux archéologues. Les archéologues de tous les domaines doivent pouvoir se rencontrer pour discuter de l'avenir de notre profession.

 



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