Lettre pour la direction du CHUGA

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Le Lundi 05 Janvier 2018

 


A l’attention de Madame Jacqueline Hubert, Directrice du Centre Hospitalier Universitaire de Grenoble, et de Madame Sandrine Brasselet, Directrice du Pôle Urgences et Médecine Aigüe, Cancer et Maladies du Sang et Thorax et Vaisseaux

 


Mesdames,

 

Si aujourd’hui, nous vous écrivons cette lettre suite à la réunion du Vendredi 26/01/2018, c’est pour insister de nouveau sur l’épuisement moral et physique des équipes infirmières et aides soignantes des urgences adulte du CHU de Grenoble Alpes.


Depuis plusieurs années, nous subissons des conditions de travail particulièrement rudes qui impactent autant les soignants que les patients (223 entrées le 27/12/2017 par exemple). Il n’est plus rare désormais qu’il reste plus de 50 patients présents au sein du Service d’Accueil des Urgences au beau milieu de la nuit. L’activité des urgences ne cesse d’augmenter alors que l’effectif reste le même. Il a été constaté  une augmentation de 17,54% de l’activité au SAU entre 2012 et 2017, soit une augmentation d’environ 2 000 patients par an.


Dans les conditions actuelles, nous sommes dans l’impossibilité de prendre en soin nos patients de manière optimale au regard  du nombre de patients par binôme IDE/AS. Ainsi, nous sommes confrontés à des soins de nursing retardés (ou pire… non faits), des surveillances insuffisantes, des retards de prises en charge, des décès constatés (après coup) dans les couloirs ou salles d’attente, soit par les soignants eux-mêmes, soit par les proches… Le stress induit est grand pour les patients et leurs familles, car nous manquons de temps pour les rassurer et les renseigner. En effet, les demandes des familles se multiplient, en corrélation avec l’évolution croissante du flux et la durée moyenne de séjour de plus en plus longue. Ce stress induit est également néfaste pour les soignants puisqu’il crée une culpabilité, laissant une impression de travail mal fait, cela malgré une implication énorme de l’équipe pour faire au mieux. L’épuisement professionnel et le risque de burn-out sont ainsi accentués. Nous notons  aussi une crainte grandissante de la part de l’équipe soignante de se trouver confrontée (comme cela est déjà arrivé) à des patients en situation de détresse vitale car ils n’ont pas été pris en charge de manière suffisamment rapide.


A titre d’exemple, la fréquentation de la salle chaude est très importante depuis sa création, bien au-delà du nombre de patients pour laquelle elle a été initialement conçue. En effet, cette zone de surveillance rapprochée a été créée pour 10 patients scopés. Or, du fait de l’affluence, très souvent les boxes sont doublés ou bien des patients sont installés dans le couloir 3. Ceci n’est ni satisfaisant en termes de surveillance clinique et hémodynamique, de respect de l’intimité et de la pudeur des patients, ni en termes de respect du secret médical. La salle chaude regorge de patients de plus en plus assimilables aux soins continus, voire à la réanimation.


Concernant l’UHCD : lorsque nous sommes durant la journée 2 binômes IDE/AS et durant la nuit 2 IDE et une AS, il faut gérer 2 chambres d’apaisement + 20 patients présents pour des pathologies psychiatriques et/ou somatiques aigües. Très souvent, à cela s’ajoute un ou des patients en fin de vie avec des prises en soins lourdes, si l’on veut proposer un accompagnement de qualité aussi bien au patient qu’à ses proches. En outre, la surveillance horaire que nécessitent les deux chambres d’apaisement, et la qualité de la prise en charge de 20 patients, peuvent rapidement être mises à mal si le service est lourd en charge de soins. D’autant que les patients présents à l’UHCD sont souvent lourds et refusés dans plusieurs services de soins (maintien à domicile difficile, fin de vie, troubles cognitifs importants…) de par la lourdeur en charge de soins de ces patients polypathologiques. Ainsi, il est aberrant qu’une infirmière et une aide-soignante se retrouvent seules la nuit avec 16 patients + 2 chambres d’apaisement, en sachant aussi qu’elles doivent gérer un nombre très important d’entrées (puisqu’il s’agit de l’objectif de l’UHCD), tout en assurant la surveillance rapprochée d’un ou de plusieurs patients. La sécurité des patients est grandement mise en danger lors de ces évènements qui ne sont plus exceptionnels (5 nuits le 12, 15, 18, 19 et 31 janvier). Il apparaît clairement ici que les soignants travaillent dans un climat d’insécurité grandissant vis-à-vis de la qualité de prise en charge de leur patient et de la sécurité des soins.


L’équipe s’épuise littéralement, avec des arrêts maladie fréquents, ce qui implique des rappels sur les jours de congés pour les soignants (par sms, mails, appels) et ce de façon  quasi quotidienne . Le pool est peu disponible pour combler les arrêts puisque déjà utilisé en poste au SAU (2,5 équivalents temps plein). Du fait des postes attribués au pool, l’équipe IDE du SAU est surchargée par les horaires de  nuit et les postes  de 11h/23h (horaires qui ne peuvent pas être effectués par le pool). Ceci contribue aussi largement à la fatigue de l’équipe IDE. Lorsque nous travaillons de nuit, nous n’avons pas de temps de pause officielle puisque nous n’avons pas de relève (contrairement à la journée). De plus, devant l’activité très intense des nuits de ces derniers mois (avec du personnel en moins par rapport aux effectifs diurnes), prendre une pause repas est impossible. Ainsi, sur une nuit de 12 heures, nous n’avons la plupart du temps que quelques minutes à la volée pour manger (et encore, quand cela est possible). En effet, le nombre de patients présents sur les différents secteurs a tendance à être semblable de jour comme de nuit. En outre, l’alternance jour/nuit sur une même semaine n’est pas anecdotique, mais régulière, ce qui crée une difficulté concernant le rythme de vie des soignants (alimentation, sommeil…). Nous avons choisi notre métier en sachant que nous effectuerions des nuits, mais pas de là à faire une majorité de nuits ou de 11h/23h par rapport aux horaires de jour.


De plus, nous sommes quotidiennement (voire plusieurs fois par jour), confrontés à la violence des patients et de leurs familles. Une partie de cette violence peut être imputable à un public jugé difficile (polytoxicomanes, patients atteints de pathologie psychiatrique, alcooliques chroniques…) qui peut être pris en charge au SAU. Or, une autre partie est imputable à une prise en charge de qualité non optimale. En effet, le temps d’attente, du fait de la charge en soins, est parfois particulièrement long. Cela augmente l’insatisfaction des usagers, et a tendance à majorer l’agressivité des patients et de leurs  proches. Les soignants sont donc confrontés de manière quotidienne à des violences verbales (et/ou physiques) qui contribuent à leur  épuisement. En outre, cela a tendance à induire chez les soignants une culpabilité et un sentiment de travail mal fait, même en tentant de faire le maximum.


Par ailleurs, les familles, étant angoissées concernant la prise en charge de leur proche, deviennent rapidement très demandeuses pour bon nombre d’entre elles. Cela crée des interruptions incessantes dans les tâches des soignants qui se font interpeller par les familles, qu’ils soient ou non en situation de soins. Cela augmente le risque d’erreur et met en péril la sécurité de tous les patients présents au sein du SAU, malgré la vigilance permanente des professionnels de santé.


Enfin, le problème des lits d’aval persiste. Des patients de plus en plus nombreux passent plus de 24h aux urgences sur un brancard. Cela ne nous semble pas acceptable en termes de qualité des soins, ni du point de vue de la simple humanité . Ceci est corrélé avec une stagnation toujours plus longue des patients à l’UHCD.


Ainsi, par la présente, nous demandons une augmentation des effectifs soignants en lien avec l’explosion de l’activité de ces dernières années (+17,54% en 5 ans), mais aussi avec l’augmentation de la durée moyenne de séjour due à la problématique des lits d’aval.


Plus précisément, nous demandons :

5 Equivalents Temps Pleins aide-soignants pour la création d’un poste AS en salle chaude de jour comme de nuit.
Modification des horaires AS avec un passage du 9h/21h en 7h/19h afin de pallier à la surpopulation de patients tous les matins au SAU.
10 ETP infirmiers incluant la transformation des 2,5 ETP du pool en poste fixe avec des infirmiers dédiés et formés aux urgences uniquement, la création d’un poste IDE volante la journée et la création de 2 postes IDE de nuit.
Des renforts systématiques en période d'hôpital sous tension AS/IDE à l’aide du pool et de l’intérim.
Une personne dédiée pour la gestion des renseignements aux familles.

 

En conclusion, suite à notre entrevue du vendredi 26/01/2018, nous vous remercions pour votre écoute et l’empathie dont vous avez fait preuve. Nous retenons que vous vous êtes engagées sur l’achat de matériel supplémentaire.


Cependant, aux vues de l’urgences de la situation, de la détérioration des conditions de travail et de l’épuisement physique et psychologique de l’équipe, nous espérons obtenir une réponse et des engagements écrits concernant nos requêtes, notamment en termes de ressources humaines, dans les plus brefs délais. Sans réponse de votre part d’ici le lundi 19/02/2018, nous nous verrons dans l’obligation d’entamer d’autres démarches.

 

 

L’équipe soignante du SAU Adultes

 



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