Nous, victimes, demandons l'égalité des droits devant la justice

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NOUS, VICTIMES, DEMANDONS L’ EGALITE DES DROITS DEVANT LA JUSTICE

Années après années, réformes après réformes, gouvernements après gouvernements, les victimes demeurent les grandes oubliées de la justice française, sa part maudite, sa part sacrifiée qu’elle ne veut ni reconnaitre, ni entendre, ni comprendre.

Est-il normal qu’une famille reste des mois sans réponse sur les circonstances de la mort d’un des siens dans une agression ? Est-il normal qu’une enfant, massacrée par un chauffard, soit privée du procès-verbal de son accident, que, faute de ce document, ses parents ne puissent pas recevoir les provisions dues par l’assureur ?

Est-il normal que ceux que le code de procédure pénale désigne comme « parties civiles » n’aient pas accès aux pièces de l’instruction et soient moins vite informés que le Parquet ou le prévenu ? Est-il normal que les victimes restent à la merci d’un juge qui n’est pas obligé de leur communiquer le dossier avant de les avoir entendues mais qui n’est tenu par aucun délai pour les entendre ? Est-il normal que, faute de garantie de leurs droits, les victimes soient une nouvelle fois victimes : de l’encombrement des tribunaux, du surmenage des magistrats ou de leur indifférence ?

Est-il juste que les victimes ne soient admises au procès que pour réclamer de l’argent, qu’on ignore leur besoin de vérité, qu’on leur interdise de faire appel de la sanction alors que le condamné et le procureur en ont le droit ? Pourquoi cette différence de traitement systématique ? Pourquoi le droit français qui garantit scrupuleusement tous les droits d’un prévenu, n’offre-t-il qu’un pauvre strapontin aux victimes ?

La justice française doit cesser d’oublier les victimes. Sans leur participation pleine et active, elle perd son équilibre, redevient une institution opaque inaccessible, le simple bras armé de l’Etat. En négligeant les victimes, la justice française court le risque de saper la confiance en la démocratie.

Nous victimes de violences, d’agressions, d’accidents, nous qui, par milliers chaque année, sommes contraints de nous tourner vers les tribunaux, demandons que soit enfin reconnue l’intégralité de nos droits. Nous ne demandons que l’équilibre de la justice, l’équilibre de nos droits avec ceux des prévenus. Nous demandons l’accès au dossier dès le début de l’instruction. Nous demandons qu’on cesse de nous cantonner au strapontin des parties civiles. Nous demandons notre pleine participation au procès pénal. Nous demandons la possibilité de faire appel de la sanction pénale quand elle nous semble la négation de l’atteinte qui nous a été faite.

Monsieur le Président de la République, parlementaires, magistrats, encore un effort pour garantir l’égalité des droits.

 

Jehanne Collard, avocate.