Mouvement #EndSARS au Nigéria : Les massacres de manifestants doivent cesser

Mouvement #EndSARS au Nigéria : Les massacres de manifestants doivent cesser

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Depuis le 8 octobre, des milliers de Nigerian.e.s manifestent contre les violences policières, incarnées par l’unité SARS (Special Anti-Robbery Squad) réputée pour sa violence et son haut niveau de corruption. Cette mobilisation, dans les rues des villes du pays ainsi que sur les réseaux sociaux (sous le hashtag #EndSars), s’inscrit plus largement dans les protestations internationales de ces derniers mois contre les violences policières, dans un contexte de crise sanitaire doublé d’une crise économique profonde qui n’a pas manqué d’exacerber les exactions des policiers et des militaires nigérians à l’encontre des civils. Au Nigeria, au cours des deux premières semaines du confinement imposé par le gouvernement pour freiner l’épidémie de Covid-19, la brutalité policière a fait plus de morts que le virus.

Déclenchée par l’assassinat d’un jeune homme dans l’Etat du Delta et la diffusion de la vidéo montrant un officier SARS prendre possession de son véhicule après l’avoir abattu, cette extraordinaire mobilisation a poussé le gouvernement à démanteler cette unité. Mais celui-ci n'a pas donné de réels gages sur les autres revendications du mouvement, parmi lesquelles la justice pour les victimes de violences policières, la mise en place d’une autorité indépendante pour faire la lumière sur les exactions policières ou encore l’amélioration des conditions salariales des forces de sécurité. Les manifestant.e.s ont donc choisi de poursuivre leur mobilisation, occupant des axes importants et des sites symboliques comme le centre administratif de Lagos, ou le péage du pont de Lekki.

Le mardi 20 octobre en fin de journée, un millier de manifestant.e.s occupent encore le péage, assis.es par terre ou sur des bornes en béton, téléphones et drapeaux nigérians à la main, dans une ambiance apaisée et pacifiste. Depuis l’après-midi pourtant, des techniciens étaient venus démonter les caméras de surveillance du péage. A 18h, les écrans et l’éclairage public s’éteignent d’un coup, et 45 minutes plus tard, des hommes en armes ouvrent le feu sur cette foule pacifique, comme le montrent clairement nombre de vidéos amatrices comme celle de DJ Switch, justement en train de mixer sur les lieux. L’assaut, aurait fait une dizaine de victimes et des centaines de blessés d’après Amnesty International ; des témoins ont signalé des barricades empêchant l'arrivée sur place des ambulances et la présence de camions venus ramasser les corps des victimes. L’objectif n’est pas de les soigner mais, comme pour les caméras de surveillance, d’effacer les preuves d’un assaut contre des civils non armés.

La répression est une méthode classique de gestion des crises au Nigéria, comme l’avait montré les tueries dans le Nord-Est en 2009 menées par la police et les militaires chargés de réprimer l’insurrection de Boko Haram ou encore le massacre de plus de 300 fidèles d'un imam chiite en 2016, à la suite d’une altercation avec un convoi militaire. Les données recueillies par le projet NigeriaWatch à l’université d’Ibadan montrent ainsi que les forces gouvernementales tirent et tuent dans plus de la moitié des cas d’incidents létaux où elles interviennent.

Au quotidien, la brutalité des forces de sécurité nigérianes se manifeste par l’extorsion, les arrestations et détentions arbitraires de simples passants, le viol, la torture et le meurtre. Sachant que le contexte mondial actuel est sans doute propice à faire entendre leurs voix, et après des années de frustration grandissante à l'égard du comportement des forces de l'ordre, les jeunes Nigérians le disent aujourd’hui haut et fort : ils n’accepteront plus d’être tués en toute impunité, ils veulent de meilleurs conditions de vie, pour eux et pour les générations suivantes. Pour la première fois, toutes les régions du Nigéria sont à l’unisson.

Dans un rapport daté du 21 octobre Amnesty International Nigeria estimait qu’au moins 56 personnes étaient mortes depuis le début de la mobilisation, dont 38 le mardi 20 octobre.

Face à de pareilles exactions à l’encontre de citoyen.ne.s, les partenaires économiques et politiques du Nigeria ne peuvent rester silencieux. Après l’Union Européenne, l’Union Africaine et le candidat démocrate à la présidentielle américaine Joe Biden nous appelons le président français Emmanuel Macron à prendre à son tour la parole pour condamner les violences policières ainsi que la répression sanglante contre les manifestations au Nigeria. Nous demandons au président français d’appeler son homologue nigérian, Muhammadu Buhari à respecter le droit fondamental de manifester et à protéger ses citoyens. Les relations politiques entre la France et le Nigeria se sont resserrées ces derniers années, notamment dans le cadre de la lutte contre Boko Haram. Les partenariats économiques sont aussi nombreux et fructueux pour les deux pays, comme en témoigne le nombre de grandes entreprises françaises au Nigeria. Enfin, lors de sa dernière visite au Nigeria en juillet 2018, le président Emmanuel Macron n’a pas manqué de rappeler son attachement à ce pays d’Afrique, son soutien à la jeunesse nigériane et son admiration pour l’un des plus illustres défenseurs des droits des Nigérians à vivre en sécurité et en démocratie : le musicien et activiste Fela Kuti. Si ces déclarations étaient sincères, celles-ci ne peuvent être contredites aujourd’hui par un silence coupable. Alors que le gouvernement et l'armée nigérians nient leur responsabilité dans la répression du mouvement,  se taire revient à faire leur jeu d’une confusion entre manifestants et criminels, au mépris des informations claires diffusées par les réseaux sociaux et vérifiées par des médias et organisations internationales. Les violences contre les manifestants EndSARS s'inscrivent dans une utilisation systémique de la violence par l'Etat nigérian contre sa propre population, qui doit aujourd’hui trouver son terme, comme le réclame à corps et à cris la jeunesse nigériane.

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