Ce que le Peuple dit au Président: la Marseillaise à l'air du temps

Ce que le Peuple dit au Président: la Marseillaise à l'air du temps

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Ce que le Peuple dit au Président: la Marseillaise à l'air du temps

 Pour que 2018 ne soit pas 1789. Laissons la violence quotidienne, sociale, économique aux gouvernants, brisons-la sans violence en élevant la voix de la Nation :

Ô Peuple de la République,
L'heure est venue de te lever.
Contre nous d'un pouvoir inique,
Le mépris de classe installé,
Le mépris de classe installé,

Entendez-les, repus, des ministères
Professer leurs doctes constats,
Ils saignent jusque sous nos toits
Nos espoirs, nos vies, brouillent nos repères,

Alarme citoyens ! Halte à la trahison !

Marchons, marchons,
Leurs lois d'airain,
Nos mains les changeront !

 

Monsieur MACRON,

Je ne suis pas un gilet jaune, juste quelqu'un parmi ces "70 %" qui ne mettent pas le gilet mais sont en eux en jaune également. Je ne suis encarté nulle part, n'appartiens à aucun parti ni même syndicat, 59 ans, le portrait-type du français moyen version 2018. Un peu en somme ce qu'on appelle "l'opinion". Je viens ici vous rapporter expressément ce que partout j'entends et dans quoi je me reconnais. Et pour le faire en forme synthétique et immédiatement compréhensible, je me suis dit qu'il n'y avait rien de mieux que d'introduire le propos sur l'air de notre chant républicain.

Entendrez-vous ? Est-ce plus clair ainsi ?

Ou bien nous direz-vous pour votre part encore demain, comme au soir du 1er décembre depuis l'Argentine, et si de nouveaux heurts devaient hélas venir encore bientôt meurtrir notre pays :

"Ce qui s'est passé aujourd'hui à Paris n'a rien à voir avec l'expression pacifique d'une colère légitime. [...] Je respecterai toujours les contestations. J'entendrai toujours les oppositions. Mais je n'accepterai jamais la violence".


Vous êtes notre Président depuis maintenant dix-huit mois.

Vos mots sont tantôt lénifiants, galvanisants, compatissants, martiaux parfois, disaient ces derniers jours "entendre" notre colère, invitent à l'occasion à la patience et aux efforts. Depuis samedi dernier à la clôture du G20 on ne les entend plus. Et le premier ministre ce mardi vient d'annoncer un "moratoire" qui depuis hier au soir est devenu annulation...

Vos actes orchestrent nos détresses au quotidien, flétrissent chaque jour nos vies, prolongent et même aggravent ce qu'on vous a donné mandat de réformer lorsqu'en mai 2017, et par défaut souvent, nous vous avons porté à l'Elysée.

Nous ne l'acceptons pas. Un travail quotidien, toute une vie de travail, soldés parfois, de plus en plus souvent, par une précarité alimentaire que vous semblez, même aujourd'hui encore, vouloir régler par une distribution de cacahuètes, nous ne l'acceptons pas. Nous ne rejetons certes pas l'impôt dans son principe, nous voulons juste pouvoir le payer, et surtout que chacun le paye en juste proportion de ce qu'il peut payer : que ceux qui peuvent le plus ne payent pas en proportion le moins, ou même parfois pas du tout après toutes sortes de montages. Que ceux qui peuvent le moins ne payent pas en proportion le plus comme c'est actuellement le cas. Aussi n'allez surtout pas faire, encore moins maintenant, l'erreur d'une "pédagogie fiscale" : après trente ans de gabegie, que vous venez pour votre part de prolonger par une répartition inique de la charge, elle serait infantilisante, condescendante et superflue, et comme telle assez mal reçue... Oui à l'impôt bien sûr, on n'est pas des enfants, on sait que l'on a besoin d'hôpitaux, de trains, de services publics, de routes et de ponts, merci. On sait aussi que la planète est en danger, qu'il faut réduire les énergies fossiles et que ça passe également, cela, par la fiscalité. C'est le niveau qui ne va pas, et plus encore la répartition des charges sur les classes de contribuables qui arme si fortement notre ressentiment, on ne sait plus comment le dire pour que vous l'entendiez enfin. Car ce consentement envers l'impôt ne vaut qu'aussi longtemps que l'on n'est pas contraint de se priver, parfois cruellement, pour pouvoir le payer, quand d'autres qui eux le peuvent largement se voient offrir du superflu jusqu'à l'obscénité... Il est temps maintenant, monsieur le Président, que vous preniez réellement, concrètement, sérieusement, toute la mesure de ce qui est train de se passer dans le pays : les causes mêmes qui vous ont porté à la fonction suprême peuvent demain vous faire tomber s'il nous apparaissait bientôt que vous aussi nous avez abusés, ou plus exactement persistez à le faire.

C'est qu'en effet, de toute cette violence qu'avec raison vous dénoncez, vous n'avez cependant qu'une lecture très incomplète. Une autre lecture est possible, non seulement possible mais aussi nécessaire, une lecture dont il nous semble à nous que bien légèrement vous vous exonérez. Il est, monsieur MACRON, une expression de la violence qui est l'ultime cri du désespoir, et fait alors soudain de ceux qui la déploient, à leur corps défendant bien souvent, les vraies forces de l'ordre en face de celles de l'ordre établi : parce que soudain alors ils deviennent, ceux-là, soldats non du maintien de l'ordre, mais au contraire du seul et vrai garant de l'ordre, du seul garant vraiment pérenne de l'ordre qui est la justice sociale. Quand elle surgit en cette essence-là, la violence monsieur le Président se fait alors soudain, et ne vous en déplaise, servante oui de la justice. Cette violence-là, c'est le phosphore de la colère jaillissant tout-à-coup dans des millions de coeurs, changés en poudrières au fil du temps par un pouvoir aveugle et sourd. Incandescente et éruptive, elle vient, le jour où elle explose ainsi en masse, atomiser en un instant une autre forme de violence, bien plus lente celle-là, bien moins spectaculaire, bien moins visible aussi, qui elle est au contraire à l'exact opposé de la justice: une violence première, sourde, chronique, une violence d'état "misérifère" et arrogante qui depuis trop longtemps rampe au coeur des maisons, en lézarde les murs, qui depuis trop longtemps en asphyxie jour après jour, mois après mois, année après année, inexorablement les occupants...

Parce qu'il m'a semblé que vous aviez besoin d'un interprète pour prendre la mesure de ce qui est en train de se passer dans le pays, pour en comprendre la genèse aussi, cette "note de synthèse", en suite d'une refonte très circonstancielle de l'hymne national, l'ensemble ainsi juxtaposé, m'est apparu comme une traduction possible à votre usage de ce qui aujourd'hui met en mouvement notre population.

J'ai fini par me dire qu'une déclinaison réactualisée de notre chant républicain, signée demain peut-être en nombre par nos concitoyens, pourrait qui sait vous faire entendre ce qu'il nous semble bien que vous n'entendez pas. Vous donner une idée de ce qui ces jours-ci agite le coeur des français. Tenter de prendre, en somme, ici le pouls du peuple et le mettre en musique, pas n'importe laquelle, pour essayer de vous le faire entendre. Et donc en appeller ainsi au fond au symbole historique le plus fort, le plus fédérateur de notre république, pour qu'il vienne vous dire tout ce qu'apparemment vous n'avez pas encore compris.

Vous dire Qui vous le dit, avec quelle force, quelle légitimité, quelle détermination enfin tout cela vous est dit. Surtout peut-être, pourquoi ça vous est dit.

 

Et je veux à présent à cette fin , monsieur le Président, vous inviter ici à mesurer, peser chacune de ces deux violences, à bien les mettre l'une en face de l'autre :

une voiture, ou même cent, qui brûle(nt) en trente minutes, ou une après-midi durant, sur "la plus belle avenue du monde";

une femme ayant travaillé toute sa vie, recevant pour toute retraite 500, 600, 700 euros par mois, qui à longueur d'année traque la moindre promotion dans les discounts alimentaires avec l'espoir d'offrir, peut-être, une soirée au "Mac Donald" à ses petits-enfants, ou au moins un petit cadeau pour Noël. Ou encore un agriculteur travaillant lui 70 heures par semaine, qui se dégage 400 euros pour lui, sa femme et ses enfants, et qui a oublié depuis longtemps jusqu'au sens même du mot vacances. Un ouvrier au S.M.I.C se voyant expliquer que son pouvoir d'achat vient de gagner 22 euros par mois, quand chaque plein d'essence lui en coûte le triple. Et chacun de ces gens lisant un jour dans le journal que l'ISF est supprimé, que ça fait gagner en moyenne 33 euros par jour aux quelque 300 000 bienheureux lauréats de la mesure et, pour les 100 les plus "aisés" d'entre eux, 2800 euros, par jour toujours , + 1595 euros (oui oui, par jour encore) si on rajoute la "flat tax". Quand ça en coûte dans le même temps 3,2 milliards à l'Etat, portés à 5 avec ladite "flat tax". Chacun d'entre eux encore, la femme retraitée, l'agriculteur et l'ouvrier, entendant par ailleurs, plus récemment à la télévision, que l'essence bientôt augmentera à nouveau pour aller au travail en voiture, mais pas pour aller en vacances en avion ...

Soyez certain qu' ici et dans cet exercice je n'en excuse aucune des deux. Et les condamne l'une et l'autre, ces deux violences, comme d'ailleurs tous nos concitoyens, avec la même vigueur. Sans rien dire par ailleurs du saccage d'un monument public témoin de notre histoire commune, proprement scandaleux pour le coup, honteux pour ceux qui l'ont commis, eux qui n'ont rien à voir avec ce que nous sommes.

Ceci étant posé, cela ne suffit pas pourtant. Il faut encore pousser le raisonnement, car le problème est en effet que là où dans le peuple pratiquement tout le monde s'accorde à bien voir deux violences, vous-même, Monsieur le Président, semblez toujours n'en voir qu'une seule.. Je vous invite donc, et très sérieusement, à une honnête observation des effets et des causes, par laquelle, peut-être, il nous serait possible d'arriver à une convergence des regards. Pour le dire autrement, à bien considérer, et pour chacune de ces deux violences,

Laquelle frappe un bien, qu'elle saccage en un instant,

laquelle sur le long terme meurtrit cruellement, lourdement, gravement des personnes qu'elle frappe à longueur de vie .

Laquelle est la première des deux, laquelle vient un jour en réaction à l'autre...

Enfin, de vous et de certains manifestants,

A qui appartient l'une, à qui appartient l'autre...

Et pour finir à bien vous demander, après cet éclairage, si depuis l'Argentine, comme vous condamniez fermement l'une, vous n'avez pas dans le même temps omis de condamner aussi et faute de même la voir, de seulement la remarquer, la plus lourde, la plus sourde, la plus grave et la plus inique des deux... Celle des deux qui le plus sûrement vient d'enflammer Paris, et couve encore aussi longtemps que vous n'agissez pas, ou n'agissez que par aumônes ponctuelles, comme vient encore de le faire le premier ministre sous votre impulsion, et vous-même hier au soir depuis l'Elysée, en le désavouant pas même cinq heures après par ministre de la transition écologique interposé...

Et quant à celle que vous dénoncez : ces feux, ces agressions de toutes sortes, cette violence de rue : comment ne pas honnêtement voir que c'est bien elle pourtant, monsieur le Président, qui vient pour la première fois de faire reculer votre gouvernement ? Comment ne pas dès lors aussi vous en faire grief, puisque, venue en réaction à celle que déploient vos décrets, elle apparaît ainsi finalement comme le seul moyen à même de les amodier ? Comment ne pas imputer aussi au provocateur le résultat de la provocation ? Au redistributeur inique de la richesse nationale, le résultat irrationnel, passionnel de la misère qu'il engendre partout, de toutes parts, sur tout le territoire ?

Et comment ne pas voir, surtout, que vos réponses au compte-goutte par gouvernement, ministres interposés semblent tester encore, de la manière la plus dangereuse, la plus alarmante, de nouveaux seuils de tolérance, de patience au coeur de la population ? Car à la fin, qui véritablement sert le mieux la violence ? Celui qui sur des mois lui prépare le terrain, ou celui qui désespéré s'y abandonne ? Celui qui sème jour après jour la poudre amère et noire du ressentiment dans le coeur d'hommes et de femmes fatigués, jusqu'à en faire un jour de la poudre à canon, ou bien celui qui n'ayant plus qu'une allumette pour se faire entendre, finit par la craquer pour déserrer l'étau ?

Nous sommes encore pacifiques en notre immense majorité, si l'on excepte des débordements qu'on ne cautionne pas tout en les comprenant parfois pourtant : soyez certain que ces violences nous sont aussi inacceptables, aussi insupportables qu'à vous-même. Comme nous l'est au demeurant et par ailleurs votre violence à vous, votre brutalité sociale à vous, dont l'unité de compte, bien qu'en euros sur nos fiches de paie ou nos feuilles d'impôts, n'est pas au fil des jours moins agressive que peut hélas l'être un pavé dans une vitrine de Noël. Nous savons nous qu'il est des seuils qu'il ne faut pas franchir, et au delà desquels il est toujours très dangereux d'éprouver trop longtemps la patience des hommes. Encore pacifiques oui en notre immense majorité, et bien déterminés soyez-en sûr à le rester, cela pourtant ne doit pas non plus vous tromper : nous sommes un peuple en marche, Le Peuple en marche, dès à présent déjà passé dans l'injonction civile, qui est le premier contrefort de toute insurrection...

Considérez encore et bien attentivement ceci, monsieur MACRON : dans l'expression "fonction présidentielle", il y a bel et bien le mot fonction, qui fait objectivement de vous le premier fonctionnaire de la République, avec pour hiérarchie un Peuple qui certes délègue sa souveraineté sur une période de cinq ans mais semblait bien, samedi dernier, vouloir vous convoquer sans plus aucun délai pour un entretien de progrès... Il ne fait presque jamais ça, ne l'a pas fait depuis longtemps et même très longtemps, c 'est assez dire si vous l'y avez poussé... On est en France, vous savez... Et ce faisant le Peuple au fond samedi, il ne faisait rien d'autre, ne fait depuis trois semaines rien d'autre que vous rappeler, avec ce caractère bien "gaulois" que font parfois jaillir en lui certaines exaspérations, précisément cet ordre-la, l'ordre des hiérarchies républicaines que vous connaissez bien pourtant pour l'avoir appliqué vous-même : "Si quelque chose oppose le chef des armées au Président de la République, le chef des armées change", déclariez-vous au JDD le 16 juillet 2017.

Eh bien de la même façon, dans les mêmes ordre et gravité "d'opposition", si quelque chose oppose le Président de la République au Peuple ...

Parce que c'est bien de cela qu'il s'agit désormais: comprenez bien que cet espèce de phénomène social non classifié qui vous échappe, vous déroute à ce point, fait fi de toutes vos catégories habituelles d'interlocuteurs et vous laisse interdits, gouvernants actuels et passés tous autant que vous êtes, c'est bel et bien le Peuple en face de vous. Du nord au sud et d'est en ouest, nous sommes le Peuple en face de vous monsieur MACRON, un Peuple dont vous êtes, ne l'oubliez pas, seulement le mandataire et certes pas le souverain. Un Peuple que la stérilité des urnes ces dernières années décidément, a réussi finalement à mettre dans la rue. Et il n'est guère surprenant au fond que cet O.S.N.I, cet objet social non identifié et inconnu de vos radars vous prenne à ce point-là de court, puisque le peuple en fait vous ne le connaissez jamais que vu d'en haut, des sommets de vos tours d'ivoire. Eh bien ce peuple-là monsieur MACRON, ce peuple que vous ignorez il vient tout bonnement de devenir Le Peuple, il vient de décider de guerre lasse, pour la première fois depuis longtemps, de se saisir d'un attribut qui n'appartient qu'à lui, sa souveraineté. Pour bien vous faire entendre qu'elle est dans sa main par détention, et dans la vôtre par délégation.

Cette souveraineté, il ne fait pour l'instant que la manifester. Vous rappeler que vous en êtes l'actuel dépositaire. N'allez pas le pousser jusqu'à ce qu'il vous la reprenne. Comprenez bien que vous n'êtes pas loin, peut-être, d'une destitution de fait : encore quelques arrogances de votre part, nous ne parlerions plus bientôt, au terme de nouvelles démonstrations de force populaire que nul alors ne pourrait plus canaliser, qu'à Matignon ou à quiconque il nous semblerait plus souhaitable, plus utile, plus raisonnable de nous adresser, tant chacun sait que ce n'est pas monsieur Philippe, mais vous qui en réalité êtes pour l'heure à la manoeuvre ; vous laissant pour le coup décréter vos dernières sentences entre les murs de l'Elysée, à l'adresse qui sait de la petite centaine de personnes qui en pareilles circonstances et dans ces murs vous écouteraient encore, et jusqu'à ce qu'on vienne, après des Etats Généraux peut-être, vous prier de libérer les lieux. Un palais national en France voyez-vous, en une période disons, "psychologique" comme celle que nous vivons, rare et pourtant pas inédite si l'on regarde, non pas cinquante, mais deux-cent trente ans en arrière bientôt, c'est un peu la même chose qu'un avion en Amérique lorsque le président monte dedans: le siège du pouvoir, c'est où se rend le Peuple pour parler le jour où, excédé, il vient à décider spontanément d'un exercice direct et immédiat de sa souveraineté en vue de la redéléguer bientôt . Pas ou réside quelqu'un qu'il ne reconnaît plus. Et un sentiment monte à toute vitesse en ce moment dans le pays, par lequel on se dit – excusez l'expression mais elle rend compte du contexte beaucoup plus sûrement qu'il n'y paraît – qu'il est peut-être temps de renvoyer un employé qui ne fait pas l'affaire.... Voilà, monsieur MACRON, ce qui est en réalité en face de vous, voilà ce qui habite en ce moment le coeur des hommes, des femmes en France, et pas seulement croyez-le bien celui de ceux qui courageusement campent sur les ronds-points ou filtrent les barrages : le sentiment, en somme, d'une sorte d'erreur de casting monumentale qu'on aurait faite voici dix-huit mois – en désespoir de cause pour beaucoup au demeurant. Et qu'il faudra bientôt peut-être que l'on s'applique à corriger, hors des sentiers battus cette fois puisqu'aussi bien, décidément, la "vieille politique" a la peau tellement dure qu'elle va jusqu'à se déguiser en renouveau démocratique pour pouvoir durer...

Encore pacifiques donc en notre immense majorité, nous sommes aussi probablement encore pour l'heure dans le pays très largement légitimistes, même si bien des slogans qui partout montent et en appellent à votre démission rendent peut-être bien subjective une telle affirmation : nous ne remettons pas en cause nos institutions et respectons ceux qui dans les mandats républicains – le vôtre est de cinq ans – incarnent les autorités. Aussi longtemps seulement pourtant qu'ils nous respectent eux-mêmes.

Ces choses-là vont vite vous savez, très vite même quelquefois, l'Histoire nous l'a montré : votre pouvoir ne vaut qu'aussi longtemps qu'on vous le reconnaît, la France ne plaisante pas quand elle se lève ainsi. Loin pour l'instant encore, en cet entre-deux explosif, d'en appeler à la révolution, sans même encore pour l'heure vraiment parler de crise de régime, une crise est déjà là pourtant, une très grave crise, et dans cette crise c'est vous, monsieur MACRON, que l'on appelle à la raison. Si vous vous dérobez, dans le silence ou, pire encore, dans une nouvelle espèce de posture "jupitérienne", qui cette fois serait tout bonnement catastrophique...

Mais aujourd'hui et donc encore pour le moment, ça vous l'aurez sans doute vu, c'est toujours entre vous et nous que ça se passe : rien n'est encore perdu, même si d'heure en heure ça se tend. C'est d'homme à peuple, de peuple à homme directement que ça va se passer parce qu'on a épuisé, pu mesurer la vacuité de toutes les formes de rapport intermédiaires; et aussi d'une certaine manière parce que c'est vous-même qui l'avez voulu ainsi : c'est vous qui avez demandé qu'on vienne vous chercher, et bien imprudemment d'ailleurs quand la France, sachez-le, n'a jamais trop aimé qu'on la toise d'en haut, voire qu'on la provoque. N'en doutez pas une seconde: c'est vous qui maintenant allez plier, et le ferez de gré, ou alors ... autrement.

Parce que très imprudemment une fois encore, au fil des mois, à grand renfort d'iniquités sociales et de rodomontades hors de propos, vous avez fini par franchir un seuil. Au point d'en arriver presque parfois, et de façon très urticante pour beaucoup, à paraître habiller le président de la Vème République avec l'habit du roi de France.

Vous allez faire une fiscalité juste, monsieur le Président. Pas dans six mois mais tout de suite. C'est en réalité bien plus qu'un seul rétablissement de l'I.S.F qui maintenant rend compte, au fil des jours, presque des heures, de l'esprit général qui se dégage des conversations sur les ronds-points, les barrages, ou même certains plateaux de télévision: c'est carrément un changement de paradigme, de logiciel économique auquel appellent en filigrane les personnes qui s'expriment, quelque chose d'informel encore, mais dont l'idée pourtant progresse, qui sans pouvoir encore être clairement défini semble de plus en plus se rapprocher de ce que voici maintenant un peu plus de deux siècles, on a pu appeler l'abolition des privilèges...

Il y a eu des sous du jour au lendemain pour le système bancaire en 2008 – et il est d'ailleurs temps dix ans après de réfléchir sérieusement à la responsabilité des banques et de leur en demander raison. Il y aura des sous du jour au lendemain pour les travailleurs pauvres, les retraités modestes, la revitalisation des territoires en deshérence économique. Les diktats en col blanc, c'est terminé, le peuple qui remplit le tiroir-caisse et les élites qui le vident, terminé aussi. Vous allez prendre où il faut prendre et donner où il faut donner. Ré-irriguer les territoires, rendre au travail sa dignité, au travail actuel comme au travail passé. Rendre à chacun sa dignité. Ce n'est plus une demande, c'est une injonction. Ou bien alors c'est nous qui bientôt le ferons, après fatalement de nouveaux heurts dont vous porterez seul alors, devant l'Histoire, toute la responsabilité. De nouveaux heurts auxquels, nous l'espérons vraiment, vous aurez la sagesse de ne pas exposer un Peuple qui raidit maintenant la nuque.

Dans l'idéal bien sûr on peut toujours se dire qu'il pourrait bien ne pas y en avoir de heurts, d'échauffourées ou de combats, car vos soldats, vos policiers et vos gendarmes sont avant tout les policiers, les soldats, les gendarmes de la Nation. Ils ont aussi et chacun d'eux, qui un père, qui une mère, une soeur, un frère dans les quelque "70%" dont parlent les télévisions, et si demain une clameur nationale sur les Champs-Elysées, ou par tout le pays leur faisait tout -à coup comprendre qu'en face d'eux, c'est la Nation qui marche... Mais il y a toujours, on le sait tous hélas, dans ces événements des gens qui viennent pour de mauvaises raisons, on l'a encore vu récemment. Ne prenez pas ce risque-là, vous qui avez encore la clé : recalibrez sans plus aucun délai votre propos, quelques paroles significatives, claires et socialement fédératrices de votre part stopperaient net l'orage qui se lève sur le pays et peut encore le ravager samedi 8 décembre. Ce n'est pas la police, monsieur le Président, mais votre bouche qui, pour l'instant encore – mais qui sait jusqu'à quand ? – peut arrêter le Peuple.

Ce message est daté de ce jeudi 6 décembre au matin, après toute une journée passée samedi 1er devant un poste de télévision, et avoir visionné depuis, trois jours durant, bien des interventions de toutes parts à ce propos. Il tente de parler à votre intelligence, il est sans équivoque, c'est à vous qu'il s'adresse : c'est ce que sent monter un citoyen du peuple auquel il appartient, ce qu'il ressent lui-même aussi en observant le quotidien de ses compatriotes, ce que vous dit enfin un pourcentage de soutien que ne recueille, et tant s'en faut, aucun parti ou syndicat : la colère a gagné le pays, elle se nourrira, elle grossira, ne vous y trompez pas, de chacun de vos coups de menton. Ce n'est pas celle de mai 68, ne tardez plus à le comprendre, son ascendance est bien plus redoutable... Vous n'êtes bien sûr pas responsable de trente années de gabegies publiques, chacun vous en donne acte, mais aujourd'hui et depuis dix-huit mois c'est vous le Président. Votre silence, dimanche 2 décembre, au lendemain de tels événements et à la suite de vos déclarations la veille en Argentine, votre silence encore ce lundi, encore ce mardi et puis encore ce mercredi, même si au Puy-en Velay votre regard déjà semblait moins olympien et nous considérer d'un peu moins haut, est en bien des esprits reçu comme une gifle à la Nation. Ce n'est pas la première, et là aussi il existe des seuils.

Ne vous mettez pas en situation d''être amené, lundi prochain peut-être, à relire ces lignes, ou d'autres comme celles-ci, avec remords, voire avec affliction. Car une chose est sûre : vous ne pourriez pas dire que vous n'étiez pas alerté. Puissiez-vous maintenant, non pas seulement "entendre", mais clairement comprendre ce que ces mots viennent vous dire...

Non pas seulement nous le montrer, que vous avez compris, mais nous le démontrer .

Et non pas dans les mois, les jours, mais dans les heures qui viennent ...

 

A mes concitoyens,

Parce qu'il faut aussi des mots au soutien de l'action, voici ceux qu'humblement et ci -dessus je vous propose, au milieu de tant d'autres également possibles et qu'en de nombreux lieux vous avez déjà dits. Je n'étais pas, comme de très nombreux français, avec vous à Paris ce samedi 1er décembre, ni même dans la rue dans ma province ligérienne: je suis très fatigué, pour des raisons très personnelles. Je suis pourtant également, et depuis très longtemps, tout aussi indigné, tout aussi révolté que vous par toute l'injustice économique, fiscale, sociale, territoriale faite aux plus faibles, aux plus laborieux d'entre nous par nos dirigeants successifs, au prétexte en réalité d'un dogme économique qui leur tient lieu de religion et que jamais ils ne remettent en cause : ils ont pour ces derniers, visiblement et tous, anciens comme "nouveaux", besoin d'entendre, en forme solennelle, la voix d'un Peuple qui ne veut plus subir le sort qui lui est ainsi fait. La voix d'un Peuple qui vienne leur rappeler que la souveraineté réelle est sienne. Et que s'il ne s'estime plus représenté, voire se sent trahi par les instances qu'il a installées, alors les sièges qu'elles occupent peuvent rapidement se dérober sous elles.

Cette voix c'est la vôtre, la nôtre, et ceci n'est jamais qu'une traduction qui tente comme elle peut de la restituer et de la mettre en forme, d'une façon où chacun, peu ou prou, puisse se reconnaître au mieux. Ce texte n'a été écrit que parce qu'une telle mise en forme de la parole globale est nécessaire. Il ne prétend à la fidélité au sentiment commun qu'à la hauteur des adhésions qu'il pourra rencontrer, ou pas dans la population, et l'ambition de son auteur s'arrête à l'écriture qu'il vient d'en faire.

Car en effet encore une fois ils ont besoin d'entendre, anciens comme nouveaux, et de la bouche du Peuple venant leur parler d'une voix commune, que leurs promesses ne l'abusent plus, et que leur entre-soi de classe ne passe plus. Que l'ère des "coups de pouce" même est révolue, que le Peuple à présent réclame seulement mais fermement son dû, et que ce dû ne sera certes plus jamais des miettes. Le balancier, parti beaucoup trop loin du côté de l'argent et du grand capital, doit maintenant revenir avec la même force du côté du travail. Et c'est exactement ce que vous dites, ce que pour la plupart pour l'essentiel nous disons tous : que toute la somme de nos revendications à nous français tient en substance désormais en une seule phrase : une condition salariale universelle minimale pour une vie décente, accordée de façon réaliste au coût réel et véritable de la vie, et à une répartition des taxes à juste proportion des facultés contributives de chacun. Ceci en juste et dûe rétribution d'un travail quotidien sans doute polymorphe, mais dont chaque facette pourtant est au service du bien commun, dans un ensemble national démocratique, républicain, social et solidaire.

Autrement dit un revenu, salaire ou bien retraite, qui permettent de vivre dignement en payant ses impôts, directs ou indirects, et pas seulement survivre une fois qu'on s'en est acquitté. Des impôts justement répartis, servant réellement à irriguer chaque fraction du territoire des services publics indispensables à ceux qui les habitent , et à participer, réellement aussi à la préservation de la planète.

Je n'étais pas comme je l'ai dit plus haut sur les ronds-points ou dans la rue, mais je viens de passer pratiquement trois jours devant les chaines d'info en continu, ce qui en quelque sorte m'a permis d'aller un peu partout sur les ronds-points ou dans les rues. De bien entendre et voir ce qui partout s'y passe, s'y dit, de constater surtout avec une joie immense que la parole populaire s'élève enfin à la hauteur de la nation elle-même. C'est ce qui me permet finalement d'en rendre compte maintenant un peu ici, car vous étiez nombreux un peu partout à prendre la parole en divers points du territoire, et cette parole, toutes ces paroles en vérité, elles valaient bien, et c'est peu dire, qu'on prenne un peu la peine de les synthétiser, de les mettre en faisceau pour les porter devant le Président. Voici donc ma contribution à votre marche légitime contre l'oppression fiscale, sociale, économique, contre cette oppression de classe qui frappe et brutalise depuis trop longtemps notre population:

Puisque le Président visiblement ne comprend pas, nous en donnait encore au soir de ce 1er décembre un triste exemple depuis l'Argentine,

puisqu'il fait dire lundi par ses porte-parole qu'il "conserve le cap", et finalement fait annoncer mardi par son premier ministre qu'il en change un peu sans en changer vraiment, puisque ça n'est que pour six mois... Que finalement mercredi, et tard dans la soirée, dans une sorte de fébrilité élyséenne qui n'échappe à personne, et traduit moins une réelle volonté d'apaisement qu'une peur panique d'embrasement social, le moratoire sur la taxe carbone devient annulation pour 2019 de la hausse, alors que dans l'après-midi encore à l'assemblée, et dans la bouche du premier ministre, il s'appelait une suspension...

Puisque que de toute façon le compte n'y est pas, que ce faisant le Président met gravement en danger une paix civile qui déjà vacille,

elle prend cette contribution une forme qui lui parlera peut-être mieux. Elle prend la forme de notre Marseillaise, peinte aux couleurs de l'air d'un temps qui n'a décidément que trop duré.

Si elle vous parle à vous et vous semble exprimer ce qu'aujourd'hui vous ressentez, signez-la, chantez-la, au besoin enrichissez-la si elle ne rejoint pas suffisamment votre message au Président, ou bien alors continuez partout à faire monter la vraie, car c'est la Marseillaise qui dit ce que vous êtes, ce que nous sommes. C'est elle qui dit que vous êtes, que nous sommes le Peuple de France.

Quoi qu'il en soit cette "version 2018" est vôtre si vous la voulez; elle est dès cet instant, comme ce texte qui vous la présente, totalement entre vos mains, comme un outil possible au soutien d'une cause, juste entre toutes s'il en est. Une cause que d'ores et déjà vous venez toutes, et tous, de faire progresser considérablement, qu'on imposera tous bientôt je n'en doute pas comme jamais encore auparavant.

Mes chers compatriotes, de tout coeur avec vous en ce si beau combat que vous menez partout.

Un de ces citoyens qui ne vient pas manifester comme vous le faites vous, mais qui manifeste quand même comme il peut le faire, et qui est là de toutes ses forces à vos côtés. Comme des millions d'autres en vérité – et ça ce sont les pourcentages, les klaxons aux ronds-points, les saluts amicaux et les multiples témoignages qui le disent – des millions d'autres oui qui n'ont, pour l'heure encore, pas non plus mis de gilet jaune sur leur dos, mais en ont un au fond du coeur.


Jean-Claude TROADEC

 

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