Pour le retour à des exigences réalistes à l'oral d'histoire des ENS (section B/L)

Pour le retour à des exigences réalistes à l'oral d'histoire des ENS (section B/L)

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Quand elle atteindra 200 signatures, cette pétition aura plus de chance d'être inscrite comme pétition recommandée !
Math BTB a lancé cette pétition adressée à Elèves et anciens élèves de B/L

Nous, élèves et anciens élèves de CPGE B/L, souhaitons protester contre le nouveau format que semble prendre l’épreuve orale d’histoire aux concours des ENS depuis une dizaine d’années. Année après année, les jurys d’histoire s’évertuent à donner des sujets toujours plus intraitables (la palme revenant pour l’instant à Lyon 2019 avec « Les déséquilibres de la natalité et de la nuptialité en Asie »). Il est évident que l’aléa et le hasard jouent un rôle important dans toute épreuve d’oral, qu’elle en constitue même la règle du jeu ; cependant, nous avons pu observer une dérive particulièrement importante en histoire, où ce principe est invoqué pour justifier des sujets très éloignés d’exigences réalistes. Ce moyen détourné d’empêcher les candidats de disposer d’un véritable « ticket » de deux sujets, avec un sujet « France » et un sujet « Monde » nous semble aller contre la lettre aussi bien que l’esprit du concours.

L’arrêté du 25 mars 2013, qui précise les objectifs du programme B/L, rappelle bien le caractère généraliste de la formation de la B/L. Attachés au caractère généraliste et athématique du programme B/L, il nous semble cependant important de mettre en place des règles claires et acceptées par tous quant à l’organisation des épreuves qui viennent le sanctionner. Aussi, il nous semble incongru de faire porter le recrutement de l’épreuve d’histoire sur des sujets de niche, qui ne peuvent être maîtrisés qu’à condition de faire des « paris » sur des pans anecdotiques du programme. Le problème n’est pas tant le fait même que quelques sujets de ce type chaque année puisse tomber au concours que la place disproportionnée qu’ils prennent depuis plusieurs années (un et bien souvent deux sujets par ticket). En outre, on observe que les jurys du concours d’histoire outrepassent régulièrement les limites d’un programme pourtant déjà très (trop ?) large : alors que le décret publié au JO précise que « L’approche de la deuxième partie du programme est globale [l’histoire du monde de 1918 au début des années 1990] : les sujets proposés à la réflexion des candidats, tant à l’écrit qu’à l’oral, leur laisseront la liberté du choix de leurs exemples. Aucun sujet ne portera exclusivement sur un pays pris isolément. », on observe chaque année plusieurs sujets qui vont explicitement contre cette consigne : pour citer les plus éloquents de l’année 2017 à Ulm, « Londres pendant la Seconde Guerre mondiale », « punir les criminels nazis de Nuremberg au procès de Barbie », « Alger au XXe siècle, de l’époque coloniale aux lendemains de l’indépendance ». Plusieurs fois également le jury a pris un sujet qui n’était pas contenu dans les bornes du programme : « l’année 1917 dans le monde » en 2018, « Les démocrates-chrétiens en Europe de la fin du XIXe siècle à la fin des années 1950 » en 2019.

Plus largement, le jury ne semble pas se soucier du fait que les candidats doivent traiter d’un programme extrêmement vaste, et que la durée prévue des classes préparatoires n’est que de deux ans et non trois. Certains passages de rapports de jurys témoignent de la déconnexion des membres du jury des conditions de préparation et du niveau réels des candidats ; à cet égard, le rapport 2019 constitue un véritable florilège : « Il est regrettable que "Musique et société en France de 1871 au début des années 80 du XXe siècle", "Spectacles et divertissements en France depuis la Belle Epoque", "Manger et boire en France depuis le Belle Époque", "Hollywood", "La virilité dans le monde occidental"... aient été délaissés. Les nouvelles thématiques historiographiques – tout comme l’histoire économique mais pour de tout autres raisons – intimide, ce qui est bien dommage. », tandis que dans le même temps, le jury s’étonne de la baisse du niveau des candidats sur les sujets plus généraux ; « Il vaut mieux ne pas choisir « L’armée en France depuis 1871 » si l’on ne connaît pas grand-chose sur l’organisation militaire de la France (les types d’armées, le statut des militaires, le rapport à l’État...) », alors que l’autre sujet du ticket portait sur l’automobile dans le monde au XXè siècle ; « Le jury considère également qu’il y a des lacunes impardonnables à ce niveau, compte tenu, rappelons-le, de la culture historique apprise dès le lycée. L’on était en droit d’attendre par exemple des connaissances précises sur l’année 56 (sur l'Egypte, le conflit israélo-arabe, les enjeux de la crise de Suez, la guerre d'Algérie et sa gestion par Mollet, le rapport Khrouchtchev de 1956, la déstalinisation) », qui montre que les membres du jury n’ont pas mis les pieds dans une classe de lycée depuis quelques années… Dans l’ensemble, le jury semble ignorer la différence de difficulté entre les sujets, ce que montre entre autres le fait que, chaque année, la moyenne des sujets « France » soit largement supérieure à la moyenne des sujets « Monde » (1,8 point de différence en 2019) ; une tendance semble en outre se dégager des rapports de jury : les sujets « larges » reçoivent des notes en moyenne plus élevées.

Ces dynamiques, que nous observons de concours avec nos professeurs-préparateurs, nuisent à la solidité de la formation en histoire, qui est menée, de plus en plus, à préférer une préparation lacunaire, mais très localisée sur certains sujets ayant une chance de tomber. Elle nuit également aux autres disciplines de la formation B/L ; en effet, celle-ci repose sur une pluridisciplinarité fragile en raison d’un nombre important de matières ; or l’hypertrophie de l’histoire, qui résulte de la nécessité de pouvoir traiter de sujets tels que « La création dans les pays totalitaires » ou « Atlantique et Pacifique dans le commerce international », se fait nécessairement aux dépens des autres disciplines. Mais cette dynamique n’est pas seulement nuisible à la qualité de la préparation des candidats, elle conduit également à une rupture d’égalité entre ceux-ci : d’une part parce qu’étant donné l’impossibilité de traiter une part significative des sujets probables, elle conduit à une véritable « loterie » de l’oral d’histoire, que bon nombre des candidats passés par cette épreuve pourront confirmer, et qui rend cette épreuve impropre à recruter de véritables futurs historiens ; d’autre part, parce que, quoi qu’en disent les jurys d’histoire, il est impossible de noter de la même manière « Le métier de banquier en France depuis 1870» et « Le Parlement en France depuis 1875 » pour prendre deux sujets « France » dans le programme. D’autres sujets sont quasiment intraitables à partir des ouvrages existants : « Les capitales culturelles dans le monde des années vingt aux années soixante » va évidemment avantager les candidats à fort capital culturel ayant eu l’occasion de visiter lesdites capitales, tandis qu’une simple consultation des manuels généralistes d’histoire du monde confirme que ce sujet n’est traité quasiment nulle part ; dans d’autres cas, le sujet reprend explicitement un chapitre d’un manuel de telle sorte que l’épreuve du concours devient l’accumulation de lectures disparates (« Mai 68, des "rencontres improbables" » reprend la formulation de L’Histoire du temps présent de Zancarini-Fournel et Delacroix). On peut également attendre du jury qu’il se soit un minimum renseigné sur la préparation des candidats pour éviter les ruptures d’égalité entre ceux-ci: cela aurait permis d’éviter par exemple de donner le sujet « Se nourrir dans le monde au XXè siècle » (2019) l’année où les optionnaires de géographie ont travaillé un an sur « L’alimentation dans le monde ».

Pour avoir passé ce concours l’année dernière et, pour certains d’entre nous, l’année d’avant, nous estimons notre prise de parole légitime et aussi désintéressée que possible. Cette pétition vise à faire entendre au jury une critique qui est largement partagée par les étudiants de classes préparatoires B/L pour lesquels, bien souvent, l’étude de l’histoire n’est plus un plaisir mais un moment douloureux de leur classe préparatoire visant à une accumulation irréfléchie de connaissances sur le programme ; et qui éloigne durablement bon nombre des anciens B/L de la discipline historique par la suite. Nous espérons que le futur jury n’ignorera pas une pétition largement signée par les candidats admis au concours. Aussi, nous demandons que le nouveau jury revienne à la forme des épreuves en vigueur dans les années 2000, visant à interroger les candidats sur des connaissances généralistes, sur des périodes larges, et sur des thèmes amplement travaillés. Cela permettra aux étudiants de préparer sereinement cette épreuve et à la B/L de redevenir la filière généraliste qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être. Nous en appelons donc à la responsabilité du jury, qui ne peut décemment s’attendre à ce que des étudiants de vingt ans puissent parler pendant vingt minutes sur « Paul Reynaud » ou « Paul Bert » (deux sujets d’annales).

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