Manifeste pour une école publique, gratuite, égalitaire et démocratique !

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«  Faire mieux avec moins  », voilà l’illusion savamment entretenue par les gouvernements successifs et dont personnels de l’éducation et élèves subissent les effets désastreux. Durant des années de gestion de la pénurie, nous avons tenu bon, pensant que notre engagement en faveur des élèves et nos efforts pourraient, à eux seuls, pallier le manque de moyens, et contrebalancer les inégalités scolaires afin d’offrir à tous les élèves des perspectives d’épanouissement et d’émancipation. Ainsi nous voilà tous placés de longue date devant des exigences antagoniques: accompagner nos élèves pour les faire réussir, mais sans les conditions pour y parvenir réellement. Voilà trop longtemps que l’on nous culpabilise en renvoyant la question de l’échec scolaire à de simples solutions individuelles. Car malgré notre inventivité et notre énergie, malgré le courage de nos élèves et de leurs familles, nous voyons bien tous les jours à quel point les déterminismes sociaux sont forts et puissants. Cette situation est déjà suffisamment insupportable pour que nous puissions tolérer que des obstacles supplémentaires soient placés dans le parcours de nos élèves. A cette « école de la confiance », qu’on nous propose, nous opposons notre expérience et disons que les réformes menées à grands renforts de novlangue signent la démission des pouvoirs publics envers l’école, envers nos enfants.

Aujourd’hui, alors que le collège est le niveau d’enseignement le plus élevé commun à tous les élèves, de nombreux établissements, en majorité REP, voient l’enveloppe de leur DHG baisser drastiquement. C’est le cas à Vallons des Pins qui perd 100h et 4 postes, à Mallarmé désormais privé d‘une partie de ses dédoublements, ou encore à Manet et Massenet où des dispositifs, patiemment élaborés sur le terrain pour venir en aide aux élèves, vont être abandonnés. Pour d’autres, comme La Belle de mai et Versailles, à la perte d’heures s’ajoutent des problèmes de vétusté et de locaux qui ne permettent pas d’accueillir les effectifs globaux imposés par le Ministère. Chacun de ces établissements se sont vu systématiquement rétorquer par la DSDEN qu’il fallait faire «un effort de solidarité départementale».

Etrange conception de la solidarité que celle de notre administration: car en flouant les REP, le redéploiement des moyens de suffit pas à abonder décemment les collèges de centre-ville, eux aussi bien mal lotis. Au collège Longchamp, la question du sureffectif pose des questions de sécurité et de nombreuses difficultés d’encadrement, tandis que le collège Malraux se voit quant à lui imposer des classes de 28 à 30 élèves. De la même façon qu’il manque un lycée dans les quartiers nord de Marseille, le centre-ville aurait cruellement besoin de collèges publics supplémentaires. Mais depuis 10 ans, l’académie et le département se sont refusés à anticiper le boom démographique précipitant les élèves vers le privé.

Nous ne sommes pas dupes, cette baisse des moyens n’est que la conséquence de choix politiques en faveur des plus riches, privilégiant l’austérité économique et les intérêts du privé en lieu et place de la solidarité. Chaque suppression de poste actuelle et à venir, chaque mesure, chaque loi imposée à marche forcée par ce ministère et ce gouvernement s’inscrit dans un projet d’ensemble rétrograde et conservateur pour l’école et la société. La loi Blanquer vient compléter un dispositif qui vise tout bonnement à mettre fin au processus de démocratisation du système scolaire entamé il y a des années pour rétablir un système scolaire inégalitaire, reposant sur le tri-social et la sélection.

Ce n’est ni plus ni moins ici que le programme de l’OCDE pour l’éducation qui est appliqué. Celle-ci déclare dès 1996 que  « pour réduire le déficit budgétaire, une réduction très importante des investissements publics ou une diminution des dépenses de fonctionnement ne comportent pas de risque politique. Si l’on diminue les dépenses de fonctionnement, il faut veiller à ne pas diminuer la quantité de service, quitte à ce que la qualité baisse.  Les familles réagiront violemment à un refus d’inscription de leurs enfants, mais non à une baisse graduelle de la qualité de l’enseignement (…). Cela se fait au coup par coup, dans une école mais non dans l’établissement voisin, de telle sorte que l’on évite un mécontentement général de la population. » 

Ce démantèlement s’opère par la remise en question des finalités mêmes de notre système éducatif. La loi ORE, qui à travers la mise en place de la plateforme Parcoursup introduit la mise en place de la sélection à l’université, est la plus emblématique de ces mesures. 

Cette réforme ne va pas se contenter de reproduire les inégalités sociales comme le système scolaire le fait déjà, mais va bel et bien les aggraver. Ce sont les mêmes logiques qui sont à l’œuvre avec les réformes concomitantes des lycées généraux, professionnels et du Bac. Ces dernières vont toutes dans le sens d’une autonomie accrue des établissements et de leur mise en concurrence, ce qui engendrera à ne pas douter de fortes inégalités territoriales. Ne serait-ce que dans le « choix » du lycée et des options, l’orientation des élèves, le leurre de « l’individualisation des parcours » va accentuer les disparités sociales. Et que dire enfin de la suppression des CIO et de la disparition du service public d’orientation ? Il s’agit pourtant là d’un service déterminant pour l’avenir des populations les plus fragiles socialement. Les plus privilégiés pourront avoir recours à des organismes privés qui se développent actuellement grâce à Parcoursup. Voici un cas concret de démantèlement et de privatisation à l’œuvre dans l’Education Nationale. 

Mais c’est aussi la nature même du service public qui est attaquée. Le projet de « transformation de la fonction publique » est à ce titre parfaitement cohérent puisqu’il s’agit, ni plus ni moins, que d’en finir avec la protection collective que constitue le statut des fonctionnaires à travers des mesures telles que la rémunération au mérite, l’individualisation des parcours et des mobilités, la fin du paritarisme et le recours accru aux personnels contractuels. C’est pourtant ce cadre commun qui offre à tous les élèves la garantie d’accès à des conditions d’études égalitaires.

L’Education Nationale compte déjà l’un des plus grands nombres de personnels non-titulaires puisque environ 1 collègue sur 5 est aujourd’hui en situation de précarité. Qu’adviendra-t-il lorsque la majorité des postes sera occupée par des personnels contractuels ? C’est ce qui s’est produit à la Poste, et à la SNCF. Nous connaissons la suite. Avec la généralisation du recours à la précarité, c’est une grande partie de nos collègues non-titulaires, professeurs, AED ou AVS qui voient un peu plus s’éloigner l’espoir de voir leur situation s’améliorer.

Chacun sait les conséquences en termes de conditions d’emploi et de travail que la perte du statut de fonctionnaire, ajoutée à la baisse de moyen, entraînerait. Pour autant les enjeux sont encore plus globaux. Car derrière cette question c’est l’idée d’un service public de qualité pour toutes et tous qui est sans cesse remise en cause. 

Chacun sait les conséquences en termes de conditions d’emploi et de travail que la perte du statut de fonctionnaire, ajoutée à la baisse de moyen, entraînerait. Pour autant les enjeux sont encore plus globaux. Car derrière cette question c’est l’idée d’un service public de qualité pour toutes et tous qui est sans cesse remise en cause. Or le service public devrait être le ciment de la cohésion sociale, l’outil de la solidarité nationale en même temps que le fruit d’un certain partage des richesses. S’attaquer aux services publics c’est encore accroître les inégalités.

Libéralisation, privatisation, autoritarisme, sélection, la loi Blanquer, dite « pour l’école de la confiance », est quant à elle à la confluence de ces objectifs et il n’est pas innocent que son article premier ait pour ambition de limiter la liberté d’expression des personnels de l’Education jusqu’ici garantie par le statut de la Fonction Publique.

Si ce ministère cherche à nous faire taire, s’il cherche à nous museler, c’est que, personne ne défendra à notre place l’idée d’une éducation égalitaire pour toutes et tous. Contrairement à l’image de privilégiés savamment entretenue par l’Etat, nous sommes mus par un idéal de solidarité et des objectifs démocratiques et sociaux clairs : l’épanouissement, l’émancipation, la réalisation professionnelle et personnelle de chacun. Nous, personnels d’éducation, refusons de nous soumettre à des réformes qui masquent mal les renoncements des gouvernements successifs à honorer cette mission. C’est au nom de ces principes que nous avons le devoir d’agir et de le faire ensemble en rejetant l’isolement et le cas par cas que l’on nous impose.

Nous savons que ces inquiétudes et cette colère sont largement partagées par les personnels de l’Education et au-delà, car les logiques à l’œuvre sont cohérentes et globales. Et même si la tâche peut sembler difficile, nous  pensons avoir le devoir d’agir et d’être à la hauteur. Plus que jamais c’est d’unité dont nous avons besoin. Une attaque sur les collèges ou les lycées, c’est toute l’Education qui est concernée. Une attaque dans le premier degré c’est toute l’Education qui doit s’en mêler. Une attaque sur l’université, c’est toute l’Education qui doit s’opposer. Notre force réside dans notre nombre mais surtout dans la puissance de ce qui fait notre engagement : une école publique, gratuite démocratique, égalitaire pour toutes et tous. 

C’est le moment de rentrer dans l’action. Rassemblons-nous, comptons-nous, débattons, établissons des revendications communes, engageons le combat ! Montrons notre solidarité et organisons-nous dans un mouvement unitaire, un mouvement qui, de la maternelle à l’université, défendra à travers l’école publique, le bien commun !



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