Lubrizol : pour que des réponses soient apportées aux attentes des citoyens

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Nicolas MAYER-ROSSIGNOL
Nicolas MAYER-ROSSIGNOL a signé la pétition

Monsieur le Premier ministre,

A Rouen, près de cinq jours se sont écoulés depuis ce qu’il faut bien appeler l’une des pires catastrophes industrielles en France après AZF en 2001 : l’incendie d’une zone de stockage de l’entreprise Lubrizol, qui a généré un panache de fumée noire de plusieurs dizaines de kilomètres. Une véritable ‘marée noire sur terre’ s’est abattue sur la Normandie et bien au-delà.

Devant les peurs, angoisses et questionnements bien légitimes de nos concitoyens, nous devons collectivement apporter une réponse claire, utile et efficace. C’est pourquoi nous vous demandons de bien vouloir engager le Gouvernement et l’Etat sur les quatre points concrets suivants :

1-La transparence : conformément à l’Article 7 de la Charte de l’Environnement telle que référencée dans le préambule de la Constitution française, « Toute personne a le droit (…) d'accéder aux informations relatives à l'environnement détenues par les autorités publiques (…). ». Comme vous vous y êtes engagé dimanche, et nous vous en remercions, cette transparence doit être « totale ». Elle doit notamment viser la nature exacte de ce qui a brûlé, la composition des polluants émis dans l’atmosphère, les sols, leur quantité, leur dangerosité. Et bien sûr, les circonstances et les causes de l’incendie. Toutes les analyses doivent être conduites par des organismes parfaitement indépendants.

2-Le suivi médical : il est notoire que le panache de fumée contenait des particules (résidus d’hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP), métaux lourds notamment) aux propriétés toxiques. Nous demandons qu’un registre de suivi médical, à court mais aussi à plus long terme, des personnes qui ont inhalé les fumées (à commencer par les agents des services publics et les salariés de Lubrizol directement engagés dans l’extinction de l’incendie, les habitants les plus proches et plus largement l’ensemble des riverains concernés), soit immédiatement mis en place par les services de l’Etat.

3-La reconnaissance de l’état de catastrophe technologique : conformément à l’Article L. 128 du Code de l’Assurance, cette reconnaissance doit être prise par décret au Journal Officiel dans les quinze jours suivant l’accident. Elle permet d’ouvrir pour les particuliers les droits à prise en charge, au titre des contrats d’assurance multirisques habitations, des frais de dépollution/nettoyage des jardins, voitures, maisons etc. Nombreux sont nos concitoyens qui attendent l’ouverture de leurs droits. Il y a urgence. L’indemnisation immédiate des agriculteurs des 112 communes impactées par l’arrêté préfectoral leur interdisant récoltes, collecte du lait..., mais aussi des commerçants impactés, doit également être mise en place.

4-La réparation rapide des dommages causés à l’environnement. Dans le cas d’AZF, la procédure pénale est toujours en cours alors que l’accident a eu lieu en 2001. Nous Rouennais, Normands, ne pouvons pas attendre vingt ans. Nous vous demandons d’ordonner au Préfet d’exercer dès maintenant ses prérogatives de police administrative de l’environnement, au titre de l’Article L. 161 du Code de l’Environnement, afin que les atteintes à l’environnement manifestement causées par l’incendie (pollutions de l’air, des sols...) soient officiellement reconnues, évaluées, quantifiées -car tout cela a un coût- et que l’exploitant (Lubrizol) mette rapidement en œuvre, à ses frais, des mesures de réparation. La procédure prévue dans ce cadre juridique permettra notamment que les mesures de réparation envisagées soient soumises aux collectivités territoriales, aux élus locaux, aux associations de protection de l’environnement, au grand public. Elle permettra aussi, sans attendre l’issue de la procédure pénale, que l’autorité de police administrative prescrive très rapidement les mesures de réparation appropriées et impose leur mise en oeuvre.

Vous le savez, la catastrophe Lubrizol n’est pas un incident local. C’est une catastrophe technologique, économique et écologique d’ampleur nationale, qui doit être traitée comme telle. Nous savons votre attachement à Rouen, à la Normandie. Les revendications que nous portons sont partagées par une multitude d’élus locaux, de tous bords, et de dizaines de milliers de nos concitoyens. Nous espérons que vous saurez accéder rapidement à notre demande, car elle est d’intérêt général.

Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Premier Ministre, l’expression de notre haute considération.

Premiers signataires:

Nicolas MAYER-ROSSIGNOL, ancien Président de Région

Christophe BOUILLON, Député de Seine-Maritime