Mettre fin au régime discriminatoire à l'égard des sortants du cycle B de l'ENA

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L’énarchie sénégalaise ou l’alphabet se terminant par A

 

Secrétaires d’administration, contrôleurs des Impôts et Domaines, contrôleurs du Contrôle économique, contrôleurs du Travail et de la Sécurité sociale, chanceliers des Affaires étrangères, contrôleurs du Trésor : une énième fois, ils ne seront pas conviés à la cérémonie officielle de remise des diplômes de fin d’études à l’Ecole nationale d’Administration (ENA) (promotions 2013 et 2015). Oups ! Il s’agit seulement des brevets, puisque telle est la dénomination des diplômes décernés aux élèves du cycle A ayant réussi leur scolarité.

 

Mais derrière ces titres (secrétaires, contrôleurs, chanceliers…), il y a des êtres humains capables de sentir de l’humiliation, des travailleurs pouvant mourir ou exploser de frustrations. L’ENA semblait, après sa réforme de 2011, décloisonner la classe socioprofessionnelle de ses élèves. La Direction générale commençait même à ne plus faire de distinguo entre élèves A et B lors de ses réunions d’informations.

 

Supprimer le CFPA et créer le cycle B : c’est un simple rêve vendu, une réformette au plus. Les sortants du cycle B continuent à être relégués au second plan. Infantilisés, leur logement à l’école est devenu précaire. Sortants, ils ne se voient pas remettre leurs « certificats » lors d’une cérémonie officielle comme leurs camarades du cycle A. Pour certains, cette question est peu significative, pourtant elle est un signe fort évocateur de l’arrogance avec laquelle le système agit à l’égard des énarques de la hiérarchie B.

 

Soyons clairs : il ne s’agit pas de la volonté collective des fonctionnaires issus du cycle A, ni nécessairement d’un groupe de cadres malintentionnés. C’est le résultat d’un système qui a moulé ses hommes et femmes d’une certaine manière au point de n’accorder qu’une petite (sinon aucune) considération aux élèves et aux sortants du cycle B. De l’ENA à l’Administration, l’énarchie sénégalaise ne connaît qu’une seule lettre : A, c’est le début et la fin de son alphabet. Soyez énarque B, obtenez plus de diplômes que celui requis pour faire le « direct A », avec quinze ans d’expérience ou plus, il vous sera toujours rappelé le chemin unique et homogénéisant : le concours professionnel A, sans plus ni moins. Le gars qui sort fraichement de l’école sera probablement votre responsable, pour ne pas dire « votre chef ».

 

A ces carences du système, l’ENA organise sans vergogne la cérémonie officielle de remise des diplômes de fin d’études sans y convoquer les élèves du cycle B. A la limite, le fonctionnaire énarque B emmagasine des frustrations qui ne pourront que déboucher sur une de ces choses : soit, il se résigne et se dit qu’il va faire le concours et sortir du lot, soit il essaie de prendre sa revanche sur le système. Il ne peut être attendu du premier qu’il opère des changements : ou bien il réussit et son problème est « réglé », ou bien il échoue et ne sera jamais épanoui dans sa vie professionnelle. A noter que le concours professionnel A permettra à peine au dixième de chaque corps d’intégrer l’école à nouveau. Le second cherchera à dire « au revoir » à l’Administration, quitte à faire le concours professionnel A et le réussir pour montrer ses capacités et, en tout cas, partir chercher là où il est considéré et valorisé.

 

Lorsque ces frustrations s’expriment dans un contexte de forte inflation de nominations politiques, il sera dit à celui qui agit individuellement que « c’est une tête brulée », ou à propos du collectif que « ce sont des mouvements d’humeurs ». Or, il s’agit là d’une pathologie au sens sociologique du terme. « Pourquoi tant d’inhibition intellectuelle devant d’aussi choquantes situations ? » se demandait l’auteur de La Médiocratie.

 

La remise des brevets de l’ENA n’illustre que la dimension symbolique du problème. Et il faudrait que l’Administration se réforme profondément et mette fin à ces pratiques humiliantes (le qualificatif est fort, mais il faut le dire sans langue de bois) pour ne plus se permettre de générer de la frustration qui, à long terme, influe négativement sur la qualité de ses ressources humaines.

 

Tout le monde convient que la qualité de notre service public doit être améliorée ; mais peu se rendent compte de l’impact sociologique de ce système pathologique auquel les autorités doivent apporter des remèdes sans plus attendre.



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