Manifeste pour une pharmacie respectée et durable

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La pharmacie subit actuellement une crise plus ou moins perceptible, larvée. Le malaise est réel, entre peur de l'avenir exacerbée des uns et confiance naïve des autres. Le statut de pharmacien souffre. Il conserve encore l'image d'un professionnel de confiance pour une partie de la population, qui y recourt parfois comme premier interlocuteur face à un problème de santé, particulièrement en ces temps de désertification médicale. Mais pour combien de temps encore ? Le déclassement et la déconsidération du pharmacien est en marche. Pas sûr que les jeunes générations nous perçoivent comme nous percevaient leurs aînés.

La pharmacie actuelle fait preuve d'une sorte de schizophrénie : les pharmaciens, ou du moins une partie non négligeable d'entre eux, appellent de leurs vœux un renforcement de leur rôle de professionnel de santé, mais dans le même temps, les pharmacies se remplissent de produits plus ou moins douteux et le marketing s'impose de plus en plus.

Comment ne pas se retrouver dans l'imaginaire collectif relégué au statut de « simple commerçant », quand les promotions fleurissent dans nos rayons et que les publicités tapissent nos vitrines ? Comment justifier notre statut de professionnel de santé indépendant, quand notre comptoir est cerné de produits dont l'efficacité est aussi peu certaine que la publicité est tapageuse ? Comment ne pas susciter le doute quand nous jouons le jeu de la consommation au sein de nos officines?

L'expansion du champ des produits de consommation est souvent justifiée par le désir ou la nécessité de maintenir un chiffre d'affaire à flot dans un contexte de baisse de prix des médicaments et de diminution des prescriptions sous la pression de l'Assurance Maladie. Elle est parfois également liée à une volonté louable d'aller vers des approches alternatives dans le domaine de la santé (probiotiques, huiles essentielles, phytothérapie, homéopathie). L'automédication, souvent présentée comme une part importante de notre activité future, est une opportunité pour acquérir un rôle plus important et respectable de conseil, mais également et surtout la menace de sombrer dans la surconsommation et la concurrence commerciale (entre pharmacies, avec la grande distribution ou les acteurs d'internet), dans un domaine qui devrait au contraire être sanctuarisé.

Fort de notre expérience professionnelle, nous avons identifié un certain nombre de points clés que nous, pharmaciens, devons respecter pour retrouver un statut irréprochable et être respecté à la hauteur de notre formation et du serment que nous avons prêté. Ces points ne sont de toute évidence pas simples à appliquer. Leur mise en œuvre sera un combat, ne serait-ce que parce qu'elle va à contre-sens du modèle de société actuel, mais nous estimons que sans eux, la profession est menacée à moyen terme.

1. Le pharmacien se doit de ne proposer que des produits ayant fait preuve scientifiquement de leur efficacité, ou dont cette dernière est indiscutable du point de vue empirique.
2. Une pharmacie n'est pas une parfumerie. Les produits de beauté, les parfums et les produits minceurs n'y ont pas leur place.
3. La santé ne peut être assurée sous l'influence de la publicité. Toute publicité doit être bannie des pharmacies, et plus globalement du secteur des médicaments et dispositifs médicaux.
4. Le cœur de métier de la pharmacie est la délivrance d'ordonnances, doit le rester, et être renforcé. L'acte de délivrance n'est pas toujours perçu du public, il nous incombe d'en faire la pédagogie dans la mesure du raisonnable, en plus de l'effectuer pleinement (contrôle des mentions légales, contrôle des interactions, de l'adéquation à l'état du patient, suivi informel à l'occasion des renouvellement mensuels, refus de délivrance, contact avec les prescripteurs...
5. Le pharmacien doit militer pour se voir attribuer de nouvelles missions sanitaires, en veillant à ce que les rémunérations prévues ne conduisent pas au développement de pratiques néfastes en retour.
6. Le pharmacien doit encourager fermement une utilisation raisonnée des médicaments. Des comportements tels que la prise quotidienne systématique de trois ou quatre comprimés de paracétamol 1g doivent disparaître. En automédication, le conseil de produits efficaces mais d'utilisation particulièrement risquée doit être fortement limité.
7. Le pharmacien doit prendre conscience des impacts sanitaires des atteintes à l'environnement que son activité contribue à générer : pollution chimique, plastique... Il doit encourager des alternatives plus respectueuses de l'environnement, notamment dans son offre de produits d'hygiène.
8. Le pharmacien doit en toute situation rester critique et ne se soumettre qu'à sa conscience et à sa réflexion. Il doit assumer sont statut de professionnel de santé titulaire d'un niveau d'étude qui garanti sa capacité d'analyse.
9. La vente de médicament ne doit se faire que lors d'un face à face physique, seul à même de garantir les conditions de délivrance nécessaires.
10. Tant que la publicité existera, le pharmacien devra jouer le rôle de modérateur pour le grand public et ne pas succomber à l'opportunité de vente qu'elle représente.
11. Le pharmacien doit mettre à jour ses connaissances sur la base de données scientifiques validées. Il conviendrait de mettre en place un accès aux publications scientifiques, par exemple par le biais de l'ANSM ou de l'Ordre des pharmaciens.



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