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Le Championnat des 10 meilleurs équipes françaises de rugby vient d'être réduit à peau de chagrin, mettant une fois de plus le sport féminin au second plan et renforçant les inégalités auxquelles font face les athlètes féminines.

Alors que jusqu'ici, les athlètes participant au Championnat de France Elite Top 10 de Rugby Féminin disputaient 18 matchs, leur permettant de défendre leurs chances de classement, la Fédération Française de Rugby a décidé qu'elles ne disputeraient plus que 8 matchs.

Au lieu de donner la chance aux 10 équipes de s'affronter, 2 poules de 5 équipes ont été créées. Cela signifie que les joueuses disputeront beaucoup moins de matchs, et que pour les dernières de chaque poule la saison se terminera en décembre, soit 5 mois avant la fin de saison habituelle. Ces dernières joueront 3 fois moins que leurs homologues garçons.

Comment donner de l'ampleur au rugby féminin dans ces conditions? Comment mobiliser et fidéliser des joueuses dans un championnat réduit à sa plus simple expression?

En faisant cela, on prive non seulement les joueuses du Top 10 de chances de se classer, mais on limite l'attractivité du Top10 pour les partenaires économiques, le public et les médias.

Le championnat masculin équivalent est lui bien plus considéré : les équipes sont professionnelles. Elles ont plus de moyens, dont des syndicats pour les défendre. Les responsable des équipes sont consultées lorsque des changements sont nécessaires dans leurs championnats. Nous, responsables de clubs féminins, n'avons pas été consultés pour ce nouveau format de championnat. Nous avons été mis devant le fait accompli, et depuis on traine en longueur pour nous répondre. 

Nous avons proposé des alternatives à la Fédération pour maintenir un véritable championnat féminin et allons les rencontrer très bientôt pour leur remettre la pétition.

Aidez-nous à faire entendre notre voix, pour que les joueuses du Top 10 puissent véritablement partager avec tous leur talent et leur passion.

Letter to
Président de la Fédération Française de Rugby Pierre Camou
Vice-président, en charge du rugby fédéral masculin et féminin et des compétitions Georges Duzan
Membre du groupe de travail à l'origine de la réforme Nathalie Janvier
and 3 others
Membre du groupe de travail à l'origine de la réforme Jean-Jacques Gourdy
Membre du groupe de travail à l'origine de la réforme Jean-Louis Boujon
Membre du groupe de travail à l'origine de la réforme Patrick Demolin
Monsieur Le Président,

Nous vous avons fait parvenir le 4 juillet 2013 un courrier vous demandant un rendez vous pour permettre la mise en place d’un échange entre la Fédération et les clubs du TOP10 pour la détermination d’une formule cohérente du championnat de rugby féminin élite et, au delà, pour la mise en place d'échanges constructifs sur le rugby féminin.

A ce jour, nous constatons qu’aucune réponse ne nous est parvenue. De plus, aucune information à part celle du Rugby Mag n’a été communiquée officiellement. La saison 2013/2014 arrive à grand pas et cette situation est invivable.

Les clubs du TOP10, éprouvant un malaise profond, ont le sentiment d’être exclus du projet fédéral et se retrouvent dans une position fermée sans interlocuteur.

Cette réforme, dont la légitimité interroge grandement, impose une réduction drastique du nombre de matches (d’un minimum de 18 rencontres nous passons à 8 et d’un maximum de 20 rencontres nous passons à 13).

Autrement dit, à peine un match par mois ou un match pour 15 entraînements !
Selon la formule prévue par la Commission Fédérale des Epreuves pour la saison 2013/2014, l’élite du rugby féminin jouera 3 fois moins que l’élite du rugby masculin (professionnel ou amateur) et 2 fois moins que les clubs masculins de 4ème série !

Le calendrier proposé est sportivement ingérable et à l’opposé de toutes démarches associatives, de tous projets de formation et de développement.
Avec potentiellement cette saison 3 descentes en élite 2, tous les matchs seront décisifs et les 8 rencontres de phase préliminaires revêtiront un enjeu particulièrement crucial, donc peu propice à la rotation des effectifs et ainsi à la formation par la compétition
Cette phase préliminaire fondamentale se disputera sur 2 mois et ½ entre septembre et décembre (le mois de novembre étant neutralisé pour la Tournée d’Automne de l’Equipe de France). Ainsi, au soir du dimanche 15 décembre, la saison sportive 2013/2014 aura déjà donné son verdict pour deux clubs.

Pour couronner le tout, il faudra que les clubs patientent 2 mois et demi entre les ¼ programmés en janvier et les matchs de classement ou des ½ finales programmés au mois d’avril.

Un tel format de compétition soulève de nombreuses problématiques telles que :
- Le rythme sportif de ce TOP10
- La capacité des clubs à mobiliser un effectif avec autant d’interruptions longues
- La capacité des clubs à fidéliser un effectif avec une formule dont le rapport : durée de la saison/durée des déplacements/entraînements/matchs est difficilement défendable. Comment conserver son effectif de club pour la saison 2014/2015 avec seulement 8 à 13 matchs en 2013/2014 ? Une telle perspective remet en cause la viabilité même des clubs de l’élite.
- La capacité des clubs à former de nouvelles joueuses par le biais d’un championnat très concis et peu propice à la rotation des effectifs et donc à la formation par la compétition.
- L’attractivité et la lisibilité d’un tel TOP10 pour des partenaires économiques publics ou privés. Un véritable risque financier se pose au niveau des subventions qui seront toutes à la baisse eu égard à la baisse du nombre des rencontres, alors que structurellement les clubs doivent toujours répondre aux exigences du haut niveau et doivent essayer de maintenir un niveau d’encadrement le plus constant possible. A moyen terme, le risque financier pourrait contraindre les clubs à diminuer leur projet et donc appauvrir la formation des joueuses.
- L’attractivité et la lisibilité d’un tel TOP10 pour le public ou pour les médias
- Les effets pervers réglementaires : mutations en décembre des joueuses issues des clubs classées 5èmes à l’issue de la phase préliminaire et dont la saison sportive est terminée. Ces mutations pourraient engendrer des déséquilibres dans les compétitions inférieures concernés.
- Remise en cause de l’intérêt et de la cohérence des obligations sportives des clubs au regard du format réduit de la compétition élite
- Remise en cause de la logique de la pyramide des compétitions féminines. Le niveau élite serait celui où l’on jouerait le moins (de 14 à 17 matchs pour toutes les compétitions inférieures au TOP10 en 2013/2014)
- Etc…

Et au-delà de cette réforme impopulaire, c’est le traitement inégalitaire avec le rugby masculin dans la forme qui soulève d’autres questions plus profondes.

En effet, entre 2009 et 2011, la réforme des championnats fédéraux masculins d’élite amateur a, elle, été précédée de débats, d’exposés (dans la revue officielle fédérale Rugby Mag) nombreux. Surtout, elle n’a pas remis fondamentalement en cause l’activité sportive des clubs masculins.

La présente réforme du TOP10 souffre d’une absence totale d’informations de la Fédération vers ses clubs. Les clubs du TOP10 n’ont pas été invités à la table des réflexions et discussions et se sentent donc exclus du projet fédéral.

De plus, alors qu’une réunion/débat entre la Fédération et ses clubs féminins était chaque année organisée dans le cadre de son congrès fédéral, il n’en a rien été cette saison à l’issue de l’exercice 2012/2013. Le rugby féminin serait-il écarté, alors que son développement remarquable de ces dernières années commence à peine à porter ses fruits.
En outre, à l’heure où nous nous sentons ignorés du processus fédéral de réforme, il est important de souligner que le rugby féminin ne possède pas d’instances représentatives du Haut niveau ; mieux, la commission fédérale « Politique Sportive Féminine » n’existe plus.

De surcroît, suite à la démission en avril 2013 de Danièle Irazu, membre statutaire du Comité Directeur en tant qu’athlète féminin de haut niveau, en charge du développement de la pratique du rugby féminin, aucun remplacement n’a été acté par la FFR. Que devient le développement de la pratique féminine ?

Autant d’éléments qui nous font penser qu’aujourd’hui « la compétence club » est remise en cause par la Fédération en matière de rugby féminin de haut niveau. Or, depuis de nombreuses années, les clubs du TOP10 se structurent et travaillent sans relâche et mettent toujours plus de compétences, et mêmes de nombreuses compétences professionnelles, au service de leur projet : entraîneurs diplômés d’état, corps médical professionnel, développement de la pratique féminine chez les jeunes (-18 ans et -15 ans), actions de développement en relation avec les fédérations affinitaires… La compétition proposée pour le rugby élite par la Commission des Epreuves Fédérales pose clairement la question de la place du club dans le plan formation de la joueuse ?

Ainsi, il nous apparaît crucial aujourd’hui de se retrouver autour d’une table pour échanger et construire ensemble, clubs et Fédération, le rugby féminin de demain. Nous avons, tout au long de l’attente d’un courrier de votre part, travaillé, échangé, construit. Nous vous joignons un document de réflexions et de propositions sur les compétitions Elite en prenant en compte les impératifs Internationaux. Celui-ci n’a pas la prétention d’être abouti mais il est une vraie base de réflexions et de projections.

En cette saison de Coupe du Monde à XV en France, à trois ans de l’avènement du Rugby à 7 aux Jeux Olympiques de 2016 vous représentez pour nous le Porte Parole essentiel de la cause du Rugby Féminin, de tout le Rugby Féminin. Celui-ci sera d’autant plus fort s’il possède un Championnat Elite attractif permettant de contribuer aux rêves et ambitions de nos plus jeunes joueuses.

Dans l’attente de votre réponse, nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, nos salutations distinguées.