Société des Réalisateurs de Films : svp, stoppez la radiation de Christophe Ruggia !

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Cette pétition soutient que la présomption d'innocence est un droit fondamental de l'être humain.

Ce droit est bafoué dans l'affaire Haenel / Ruggia.

Le 3 novembre 2019, le journal Médiapart publie une enquête concernant l'actrice Adèle Haenel : elle porte des accusations de harcèlement sexuel mettant en cause le réalisateur Christophe Ruggia.

Dans un communiqué du 4 novembre 2019, la Société des Réalisateurs de Films annonce que, « suite à l'enquête parue dans Médiapart », elle lance une procédure de radiation à l'encontre de Christophe Ruggia.

Ce passage à l'acte, dans l'immédiateté émotive, va sceller Ruggia dans une posture de condamné.

Au cours des semaines suivantes, les propos d'Adèle Haenel, qui dénonce une omerta sur les violences faites aux femmes, sont repris et loués par les médias, et recueillent de multiples soutiens.

Mais, en ce qui concerne l'affaire elle-même, les médias ont tranché : il n'y aura pas de débat. Christophe Ruggia doit endosser le rôle du coupable.

Le principe de présomption d'innocence est pulvérisé.

Et que, au bout de trois semaines, Adèle Haenel se décide à porter l'affaire en justice ne changera pas la construction mentale ainsi bâtie dans l'opinion publique.

Nous demandons donc à Médiapart, ainsi qu'au journal Le Monde, de lancer un grand débat sur le respect de la présomption d'innocence en prenant exemple de l'affaire Haenel / Ruggia.

Et nous demandons à la Société des Réalisateurs de Films de mettre un terme à la procédure de radiation de Christophe Ruggia.

En effet, symboliquement, l'annonce du 4 novembre a été une légitimation spectaculaire du « tribunal médiatique », une justice parallèle qui, au-delà de l'affaire Haenel / Ruggia, ébranle les fondations de notre démocratie.

 

Rappelons que la présomption d'innocence fait partie de la Déclaration universelle des droits de l'homme du 10 décembre 1948 :

« Toute personne accusée d'un acte délictueux est présumée innocente jusqu'à ce que sa culpabilité ait été légalement établie au cours d'un procès public où toutes les garanties nécessaires à sa défense lui auront été assurées. »  (s)

Soutenir le principe de la présomption d’innocence, c'est donc aussi soutenir que la justice doit être rendue par des magistrats professionnels et non des journalistes.

En effet, le « tribunal médiatique » (s) n'offre pas du tout les mêmes garanties que le système judiciaire.

 

Remarquons que tout le processus judiciaire repose sur le débat contradictoire. Cela peut être difficile de s'y astreindre pour la victime présumée, mais cela est indispensable pour l'établissement des faits.

Au contraire, le « tribunal médiatique » permet à la personne plaignante de mettre en avant une version unilatérale. La vision personnelle de cette personne accusatrice n'y est ni analysée, ni interrogée, ni confrontée au point de vue de l'accusé.

Certes, Médiapart a envoyé une liste de questions à Christophe Ruggia. Mais Christophe Ruggia, comme tout accusé dans le cadre d'une enquête journalistique, avait le droit et même le devoir de ne pas y répondre : s'il l'avait fait, alors il aurait validé la légitimité du « tribunal médiatique », qui n'en a pourtant aucune.

En effet, les journalistes n'ont pas la compétence nécessaire pour mener une enquête du même niveau que les enquêtes judiciaires, notamment en ce qui concerne l'impartialité dans le recueil des preuves, le fait de pouvoir interroger la plaignante, le fait pour l'accusé de pouvoir être défendu par un professionnel compétent, etc (s) (s).

Avoir une confiance aveugle dans l'enquête de Médiapart serait donc une erreur. Elle ne dépasse pas le simple registre journalistique, et elle est donc, par nature, incapable de fournir une vision des faits à la hauteur de leur complexité (s).

D'autres affaires de ce type ont montré que le niveau de complexité pouvait être étonnant. Par exemple, lors de certaines affaires antérieures, la plaignante était sincère et l'accusé clamant son innocence également (s).

Seuls les magistrats professionnels ont la compétence pour examiner, juger, et prononcer la sentence.

 

 

Le bannissement de Christophe Ruggia

Les déclarations de financeurs comme Bertrand Faivre (s), ou Louis Livi (s), qui stoppent leur collaboration avec Christophe Ruggia, attestent de l'« exclusion sociale » du réalisateur.

Ce dernier déclare :

« L’étroitesse de la relation que j’entretenais avec cette adolescente suffit à m’accabler. Mon exclusion sociale est en cours et je ne peux rien faire pour y échapper ». (s)

Michel Guerrin, l'un des rédacteurs en chef du journal Le Monde, fait le même constat et prophétise que l'exclusion de Ruggia sera définitive.

Il affirme que l'ouverture de la parole à laquelle appelle Adèle Haenel « ne profitera pas à Christophe Ruggia, dont le bannissement est consommé, quoi que décide la justice. C’est une autre question, délicate, qui se pose à nous ». (s)

Le bannissement de Christophe Ruggia, avant même qu'il ait été entendu par des juges, et pire, quoiqu'il advienne de la procédure judiciaire en cours, pose effectivement une « question, délicate ».

 

Incompatibilité entre présomption d'innocence et élan compassionnel ?

D'un côté, la résolution européenne sur l'éthique du journalisme de 1993 indique :

« Les journalistes, dans les informations qu'ils donnent et les opinions qu'ils formulent, doivent respecter la présomption d'innocence, principalement lorsqu'il s'agit d'affaires en instance de jugement, en évitant de prononcer des verdicts. » (s)

Et le secrétaire général de la Fédération Internationale des Journalistes déclare :

« Nous devons être impartial et équitable, nous devons avoir conscience des conséquences de nos paroles, de nos articles et de nos reportages audiovisuels. » (s)


De l'autre côté, l'élan compassionnel est illustré par le communiqué du 4 novembre 2019 de la Société des Réalisateurs de Films. La SRF y déclare apporter son « soutien total à Adèle Haenel » et « croire » ses propos (s).

Il faut bien sûr écouter et accueillir la parole d'Adèle Haenel, qui accuse Christophe Ruggia de l'avoir « harcelée sexuellement » il y a une quinzaine d'années. C'est « son interprétation » comme elle le dit dans l'entretien avec Edwy Plenel, diffusé le 4 novembre 2019 (s). Et son point de vue doit être entendu, soutenu et accompagné, ainsi qu'elle le demande.

Et c'est bien ce qui a été fait dans les médias, notamment lors de cet entretien filmé entre Adèle Haenel et Edwy Plenel le 4 novembre 2019.

Mais dans quelles conditions ?

Dès le début de cet entretien, Edwy Plenel y énonce un verdict.

Il affirme que, concernant « les faits d'attouchements, d'harcèlement sexuel », l'enquête de son journal montre « tout simplement » qu'Adèle Haenel « dit vrai ». (s)

Puis l'entretien se déroule pendant une heure, sans qu'aucun intervenant ne soit présent sur le plateau pour y représenter un point de vue différent.

Cet entretien symbolise le manque quasi complet de débat contradictoire du « tribunal médiatique » dans l'affaire Haenel / Ruggia, un « tribunal » dont la mission première ne semble pas d'examiner une affaire, mais de soutenir une personne dans un climat émotionnel.

Mais le soutien à Adèle Haenel ne pouvait-il pas s'exprimer autrement qu'en détruisant la vie d'un homme ?

 

Comment réparer

Nous demandons à Edwy Plenel, ainsi qu'au journal Le Monde, qui se présente comme le « quotidien de référence » (s), de lancer dans le cadre de l'affaire Haenel / Ruggia un grand débat sur la question de la présomption d'innocence et sur la notion de « tribunal médiatique ».

Ce grand débat pourrait s'appuyer sur les analyses d'Olivia Dufour :

« Déjà le secret de l’instruction et la présomption d’innocence ont quasiment disparu. (...) La justice ne résiste plus aux révélations médiatiques et se sent contrainte de réagir instantanément pour ne pas être à la traine des journalistes. (...) Peu à peu, le système médiatique impose ses propres valeurs, l’immédiateté, le manichéisme, le spectaculaire, l’émotion. » (s)

 

Nous demandons également à la Société des Réalisateurs de Films d'abandonner la procédure de radiation de Christophe Ruggia.

La SRF a affirmé le 8 novembre 2019 que la présomption d'innocence lui tenait à coeur, mais sans annuler la procédure de radiation (s).

La SRF a pourtant certainement conscience que mettre un terme à la procédure de radiation de Christophe Ruggia ne l'empêcherait nullement de soutenir l'émergence de la question des enfants-acteurs et de leurs relations avec les professionnels dans le monde du cinéma. Le débat visiblement déjà engagé sur ce sujet au sein de la SRF pourrait déboucher sur des dispositions pratiques (*), des « mesures spécifiques » comme cela est indiqué dans le communiqué de la SRF du 15 novembre (s). La SRF peut donc tout à fait agir de façon constructive pour une société plus juste, tout en s'appuyant sur l'affaire Haenel / Ruggia, mais sans participer à la mise à mort professionnelle du réalisateur.

L'annulation de la procédure de radiation de Christophe Ruggia serait un geste symboliquement très fort. Et rassurant pour notre démocratie.

 

 

 

 

 

 

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(*) Selon notre propre réflexion, diverses options paraissent possibles pour gérer le problème des abus sexuels dans le monde du cinéma. Vu les témoignages des enfants abusés, on pourrait imaginer qu'à l'avenir la Société des réalisateurs de films ait à coeur de former les enfants acteurs à des règles élémentaires : leur corps est sacré et leur appartient ; ils doivent s'exprimer et alerter dès le premier incident ; tout abus sexuel et répétition d'abus sexuels qu'ils subiraient ne peut être de leur responsabilité ; ils n'ont jamais à culpabiliser et subir ; ils doivent prévenir l'entourage, etc. Des brochures pourraient être distribuées aux parents des enfants acteurs, pour les inciter à sensibiliser leurs enfants.

Remarquons que d'autres écoles de pensée s'intéressent moins à l'éducation de l'enfant, privilégiant une répression plus dure des abuseurs, la facilitation de la prise de parole des dénonciateurs, l'éloignement immédiat des accusés, etc. Chaque point de vue doit être soupesé. Il faut aussi tenir compte du fait qu'il semblerait que les contacts affectifs physiques soient un bienfait pour l'être humain (source)(source), et qu'il serait peut-être judicieux de ne pas mettre en place une société de surveillance et de suspicion permanentes...