Victoire

SLĀV : contre la censure

Cette pétition a abouti avec 2 906 signatures !


Amadou sadjo Barry : enseignant de philosophie au Cégep de St Hyacinthe

L’on pouvait espérer de la polémique qui entoure le spectacle SLĀV, qu’elle donne lieu à un débat rigoureux sur la nécessité de mettre en place des mécanismes institutionnels favorables à une meilleure représentativité sociale et culturelle de la minorité noire.

Cet espoir a été déçu : le FIJM a annulé les représentations restantes de SLĀV et présenté ses excuses à la « communauté » noire, qui a dénoncé dans ce spectacle une reconduction des rapports historiques de domination cette fois-ci sous la forme de l’appropriation culturelle dont serait coupable l’homme blanc. Alors même que la promotion de la diversité et de la tolérance résonne partout, en ces temps d’angoisse et d’inquiétude identitaire, l’appartenance raciale et les droits culturels auxquels elle donne lieu font un retour fracassant dans l’espace social québécois. Visiblement l’heure est à l’affirmation sans compromis de la race. L’annulation de SLĀV marque le minuit de la confirmation de ce retour, et annonce par cet acte même des temps difficiles pour les rapports sociaux ; elle plonge l’art et la liberté artistique dans une terrible mélancolie.  

C’est pourquoi nous voulons, en tant que témoins du présent, dire notre indignation face à la censure dont a fait l’objet la pièce SLĀV.  Nous voulons, en tant qu’héritiers du passé, rappeler ceci :

La censure n’a jamais été un moyen approprié pour gérer les conflits et les polémiques qui naissent de la différence ;

La censure, parce qu’elle représente une forme de violence faite à la liberté, a toujours accentué les clivages et généré de l’instabilité sociale ;  

La censure, dans le cas qui nous concerne, ne fera que renforcer le sentiment déjà diffus que les minorités veulent imposer leur loi à la majorité ;  

Nous exprimons notre inquiétude devant le recours grandissant à la censure comme moyen d’empêcher l’expression des points de vue et des visions contraires sur les sujets dits sensibles. Nous appelons à maintenir vivante la culture du dialogue et de la critique.

Toutefois, cette prise de position n’empêche pas de reconnaître les discriminations dont font l’objet les membres de la « communauté » noire. Nous ne pensons pas que les frustrations exprimées par certains de ces membres soient non fondées. Nous regrettons, seulement, que ces frustrations aient été portées sous la bannière de la race ; que la logique de la race se soit substituée à la critique artistique. Il nous a semblé, au regard de l’histoire, que la logique de la race est porteuse d’un potentiel de violence irréparable ; que la race, comme telle, lorsqu’elle ne revendique que ses droits, n’est pas porteuse d’une promesse pour l’humanité.  

S’il est urgent de tenir un véritable débat sur la portée et les limites du concept d’appropriation culturelle, nous estimons, par ailleurs, que ce débat doit tenir compte des particularités et du contexte de la société québécoise, du rapport que le Québec a entretenu, historiquement, avec ses minorités : le contexte des États-Unis ne peut servir de cadre pour poser la question raciale au Québec.  

À l’âge de l’intensification de la diversité, nous pensons que les revendications culturelles et identitaires doivent favoriser une amitié civique, en évitant de reconduire les logiques qui dans le passé ont fait sombrer l’humanité dans la barbarie. Nous devons élever des barricades afin d’éviter les barbaries à venir. Il en va de la responsabilité de chacun. La mémoire, la culture, au fond l’identité, devait être le lieu d’une infinie promesse pour autrui : un lieu de confiance et d’hospitalité.

 



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