CONTRE LA COMMUNE, LE SACRÉ CŒUR. DÉ-VOTATION DE SON INSCRIPTION AUX MONUMENTS HISTORIQUES

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Mesdames et Messieurs de la Commission régionale du patrimoine et de l’architecture d’Ile de France,
Madame la Ministre de la Culture

Ce document se donne pour mission, en tout pessimisme, de vous convaincre de dé-voter l’inscription du Sacré Cœur de Montmartre aux monuments historiques.

Cette décision, avec celle de porter Verlaine et Rimbaud au Panthéon, porte un message assez désastreux en ce qui concerne la cohérence des motivations de nos représentants culturels, et leur compréhension de notre héritage historique.

Le Sacré Cœur, souvenez-vous, a été construit par les auteurs du massacre de la Semaine sanglante sur les ruines de la Commune, afin d’expier la « déchéance morale » des différentes révolutions françaises.

« Parce que la Commune avait frappé au cœur même du système étatique, social et économique, la classe moyenne européenne s’unit contre l’insurrection en un mouvement aux allures de croisade religieuse, une croisade qui culmina avec ce massacre de classe au cœur de l’Europe « civilisée » : l’exécution de dizaines de milliers de communards en mai 1871 ».
                        Kristin Ross, L’imaginaire de la Commune.

Rimbaud, souvenez-vous, écrivit de magnifiques poèmes sur la Commune, « Chant de guerre parisien », « Les mains de Jeanne-Marie », « Le cœur supplicié »... Dans « Paris se repeuple » rebaptisé « L’orgie parisienne », Rimbaud déchaine son aversion envers ceux qu’il nomme les « hargneux pourris », c’est à dire ces versaillais [1] qui achevèrent la Commune dans le sang et bâtirent le Sacré Cœur par-dessus.

Le Poète prendra le sanglot des Infâmes,
La haine des Forçats, la clameur des maudits :
Et ses rayons d'amour flagelleront les Femmes.
Ses strophes bondiront, voilà ! voilà ! bandits !

Associées l’uns à l’autre, la panthéonisation de Rimbaud/Verlaine et l’inscription du Sacré Cœur aux monuments historiques présentent un caractère bouffon et contradictoire, peu enclines à creuser le (bon) sens de l’histoire et à en construire des représentations cohérentes. La perspective de son entrée au Panthéon aurait fait éructer le poète, et son cri de communard traverse aujourd’hui en écho les voutes du Sacré Coeur :

Syphilitiques, fous, rois, pantins, ventriloques,
Qu'est-ce que ça peut faire à la putain Paris,
Vos âmes et vos corps, vos poisons et vos loques ?
Elle se secouera de vous, hargneux pourris !

A l’approche du cent cinquantenaire de la Commune de Paris, cette annonce fait un peu désordre, et résonne comme une provocation. La réhabilitation des communards par l’Assemblée en novembre 2016 semblait annoncer, pourtant, de plus heureux auspices, de moins cyniques événements.

Aussi, une mesure résolument courageuse et originale, en écho aux mesures courageuses et résolument originales prises sous la Commune et dont nous bénéficions encore aujourd’hui, serait de dévoter cette décision, de réaliser une « dévotation » : remettre sur le tapis le vote déjà commis pour l’annuler, purement et simplement [2]. Ou bien, plus sobrement, porter au suffrage populaire la validité de son bien-fondé.

Avec nos plus démocratiques salutations.



[1] Mrs Thiers et Picard - les Eros, d’après Rimbaud (les zéros) - et les royalistes, bourgeois d'affaires et conservateurs provinciaux.

[2] Noter le caractère polysémique du terme qui épouse, de manière intéressante, les valses-hésitations des décisions successives : un coup à gauche, hop, un coup à droite (toute)...