Utilisation des couches lavables dans les milieux d’accueil de la Ville de Liège.

0 a signé. Prochain objectif : 500 !


Monsieur l’Echevin Pierre Stassart,
Monsieur l’Echevin Gilles Forêt,
 
Monsieur le Bourgmestre,
Cher.e.s membres du Collège communal,
 
Mon interpellation concerne une partie de vos attributions, à savoir : les crèches de la Ville de Liège, la transition écologique, l’économie circulaire ainsi que la propreté et la gestion des déchets. Elle fait suite à mes contacts avec la Cellule Eco-Conseil de l’ONE ainsi qu’avec le Département de la Petite Enfance de la Ville de Liège. 
 
Ma fille, qui a 5 mois aujourd’hui, est inscrite pour entrer à la crèche des Vennes en septembre. Son papa et moi sommes soucieux de son bien-être et de l’environnement. C’est pourquoi, dès la première visite de la crèche nous avions posé la question de l’utilisation des couches lavables. À l’époque, il nous avait semblé possible d’en discuter. Le refus strict ne nous étant notifié ni oralement, ni dans le projet d’accueil, ni dans le ROI, nous avons seulement pris connaissance il y a peu qu’aucune crèche de la Ville n’a en fait l’autorisation officielle de fonctionner avec ce type de matériel. Ce qui nous frustre et nous prend de court c’est que cela constituait un élément important dans notre choix de base. Entre temps, nous avons investi dans l’achat de couches lavables et l’utilisation que nous en faisons à domicile est plus que satisfaisante. Si nous étions confrontés à l’obligation d’achat de couches jetables, cela constituerait évidemment un surcoût pour nous, ainsi que l’anéantissement de proactivité de notre démarche durable.
 
Si nous sollicitons votre attention aujourd’hui, c’est pour discuter de la possibilité d’autoriser l’utilisation des couches lavables dans les milieux d’accueil de la Ville de Liège. Il nous semble important de souligner que cette démarche va dans le sens des intérêts des enfants (sans pour autant complexifier le fonctionnement des équipes de terrain). Il serait d’ailleurs intéressant qu’une offre de formation ad hoc puisse être faite aux membres du personnel des crèches.
 
Ne pensez-vous pas que la Ville brouille considérablement le message qu’elle souhaite véhiculer en matière de développement durable – message spécifié dans la Déclaration de Politique communale – et que, de plus, cela discrédite totalement les actions de sensibilisation menées auprès des citoyens (parents et autres) en termes d’économie circulaire, de propreté, de réchauffement climatique et de perturbateurs endocriniens ? (cf. p. 30-31 et p. 38 « Une ville qui s’engage dans l’économie circulaire », « soutenir différentes initiatives qui visent à mieux produire, mieux consommer, mieux gérer nos déchets », « La propreté, un combat au quotidien », « réconcilier économie et environnement », « la Ville de Liège se veut plus résiliente » « lutter contre le réchauffement climatique », « que tous les perturbateurs endocriniens soient bannis »).
 
En terme de propreté, un enfant de la naissance à 2 ans et demi consomme environ 6500 couches, soit 1 tonne de déchet. Triés ou non, les langes jetables sont pour Intradel, comme pour les citoyen.ne.s, un fléau au niveau du traitement qu’ils nécessitent. Dans ce cas, « le meilleur déchet est celui qui n’existe pas ».
 
En terme de santé, il me semble important de bannir les perturbateurs endocriniens de la vie des tout-petits, tant dans leurs assiettes que sur leurs fesses! La plupart des couches jetables contiennent de la pâte à bois blanchie au chlore, du plastique, du polyacrylate de sodium, ainsi que de nombreuses composants chimiques: autant de substances que nous n’avons pas franchement envie de mettre en contact avec la peau de nos bébés.
 
En terme d’économie, les langes jetables représentent un budget global beaucoup plus conséquent pour les parents que les langes lavables (1400€ contre 800€ environ).
 
En terme d’environnement, les couches jetables posent des problèmes tant au niveau de leur fabrication que de leur traitement après utilisation. En effet, elles produisent 60 fois plus de déchets solides que les couches en tissu. De plus, elles nécessitent 3,5 fois plus d’énergie, 2,3 fois plus d’eau, 8,3 fois plus de matières premières non renouvelables et 90 fois plus de matières renouvelables pour leur fabrication. Les couches jetables nécessitent également l’apport de chlore pour le blanchiment de la pâte à bois. Enfin, il convient d’ajouter les coûts liés à la distribution des couches vers les détaillants du monde entier.
 
Des évolutions importantes ont eu lieu ces dernières années dans la conception des couches lavables, si bien qu’elles ne diffèrent plus guère, du point de vue de leur manipulation et de leur facilité d’emploi, des couches jetables que nous connaissons. Pour preuve, de nombreux milieux d’accueil sur le territoire liégeois utilisent déjà des couches lavables. Concrètement, dans le cas d’une utilisation en crèche, il peut être imaginé le scénario suivant : 
* Les parents apportent environ 6 couches propres chaque matin, dans un sac à linge propre. 
* Les couches sont prêtes à l’emploi : il suffit de les placer sur le bébé comme une couche jetable. 
* Lorsque la couche est souillée, il suffit de l’enlever et de la replier sur elle-même, comme n’importe quelle couche jetable. 
* Bien entendu, la couche lavable ne va pas à la poubelle : elle se stocke dans un sac imperméable à couches sales, que les parents récupèrent chaque fin de journée.
* Le lavage des couches est laissé au soin des parents. 
 
Quelques références en la matière :
=> L’ONE encourage ce type de pratique dans son article « Usage des langes lavables en collectivité : retour vers le futur ! », p.17 à 24 du tout dernier Flash accueil n°39, journal d’informations des professionnels en milieu d’accueil: https://www.one.be/fileadmin/user_upload/siteone/PRO/Milieux_accueil/Flash_accueil/Numeros/Flash_Accueil_39.pdf 

=> Bruxelles Environnement ont, quant à eux, réalisé une grande enquête de faisabilité à ce sujet: « Introduire les langes lavables dans un milieu d’accueil, Expériences de projets-pilotes »): https://document.environnement.brussels/opac_css/elecfile/IF%20Dechets%20Langes%2002%20FR

L’expérience de terrain a ainsi démontré que cela ne génère ni surplus de travail, ni difficulté particulière pour le personnel accueillant, ni problème en matière d’hygiène et/ou de stockage (les couches souillées étant placées dans des sacs hermétiques dédiés à cet effet, et enlevées quotidiennement par les parents).

=> La Ville de Namur a également édité « Le guide pratique du lange lavable », par Alain Detry, son échevin de l’environnement: https://www.namur.be/fr/ma-ville/environnement/gestion-dechets/demarches/le-guide-pratique-de-langes-lavables.pdf

=> Le site http://www.couches-lavables-ou-jetables.com est un moteur de calcul de notre impact écologique en fonction du type de couches que nous utilisons.
 
La Ville de Liège ne devrait-elle pas mettre un point d’honneur, tant en terme d’image que de cohérence dans l’action, à non seulement permettre, mais encore promouvoir l’utilisation de ces couches lavables dans ses propres milieux d’accueil?
 
Pouvez-vous m’indiquer si vous cautionnez cette situation, et dans la négative, de quelle manière il serait envisagé de répondre très concrètement à ce problème?
 
D’avance je vous remercie pour votre attention, 
Florence Bailly.