Casse-toi tu pues, et marche, Macron

0 a signé. Allez jusqu'à 100 !


La meute des chiens de garde médiatiques et politiques l'aboie unanimement : un seul danger, Le Pen ! Une seule solution, Macron !

Eh bien : non. Jamais je ne voterais Macron.

Si je ne me soumettrais jamais aux fascistes, je n'accepte pas non plus la soumission au capital que ce vote admet. Si le jeu électoral nous met face à ce non-choix au soir du 23 avril, il sera temps d'affirmer notre droit de résistance à toutes les oppressions.

Comptons-nous pour connaître et affirmer notre poids politique avant ce jour-là.

Et si c'est bien du choix entre l'ultra-libéralisme et l'ultra-nationalisme qu'accouche la kermesse présidentielle au soir du premier tour, nous pourrons dans l'instant affirmer à celles et ceux qui s'étaient engagés sincèrement dans la lutte politique du premier tour de cette élection la réalité de notre force politique.

Pour refuser ensemble ce double ultimatum, et nous gouverner nous-mêmes.

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--  vvv  --   Texte original de la pétition (21 mars)  -- vvv  --

    -----    (la même chose en beaucoup plus long)    -----

Quelle tristesse.
Quelle tristesse de commencer cette pétition en se posant des questions dès les mots du titre : qu'est-ce que je risque? Qu'est-ce qu'on risque à la signer? Injure publique, outrage? Diffamation, dénigrement? Qu'est-ce que ça veut dire, que je doute avant d'exercer un droit politique aussi fondamental : celui de dire qui l'on est, des fois qu'il y aurait un nous à compter? Est-ce la peur que d'autres soient aussi en train de nous compter?

Si c'est la peur, en tout cas, je ne connais pas trente-six solutions : il faut lui rire au nez, et se serrer les coudes avec les potes. Ma petite parodie du « chanteur énervant », donc, pour accompagner le message de cette pétition, parce que c'est aussi avec lui que j'ai appris ce que c'était être potes, et comment ça pouvait servir à péter la gueule à la tristesse !

À une autre époque, sans doute plus libre (difficile à dire, j'étais pas encore né), Renaud devait se poser moins de questions quand il écrivait Marche à l'ombre et dédicaçait l'album éponyme à Jacques Mesrine ;) Un génie criminel devenu symbole de liberté face à l'État, dont la mort un an plus tôt signalait le départ de la marche vers la présomption d'innocence pour la police. Que Marine Le Pen propose aujourd'hui d'inscrire dans la loi. Aujourd'hui aussi, Renaud embrasse un flic, et l'auteur de Miss Maggie soutient à demi-mots un fonctionnaires-killer porté par les ultras catholiques. La schizophrénie de notre société illustrée par le triste fantôme de celui qui chantait l'Hexagone.

Par des réseaux de pouvoir plus ou moins évidents, une petite clique d'oligarques possède aujourd'hui l'écrasante majorité de la presse et des appareils politiques, qui organisent et garantissent la confusion idéologique, sémantique et historique de notre société dans tous les domaines (pas seulement dans celui des positionnements politiques d'anciens chanteurs). Et ils y tolèrent peu ce qui les énerve! (salut au sale con qui résiste sur le service public) C'est cette confusion totale qui permet aujourd'hui à Marine Le Pen et Emmanuel Macron d'être présentés comme des candidats crédibles à la Présidence de la République. À un parti passéiste, ultralibéral et raciste de présenter une candidate du renouveau, et à un banquier méprisant, sans programme, et sortant d'un gouvernement - où il nous a bien niqué la gueule - de se présenter comme l'incarnation d'un changement de pouvoir.

Ajoutez-y que ces pouvoirs ont choisi leur poulain, l'élection à deux tours, la réalité du pouvoir des grands médias sur la décision démocratique, et il ne nous reste plus beaucoup de marge de manœuvre politique. Les louanges, les portraits flatteurs et l'omniprésence : pour les deux. Mais pour le Pen, l'affirmation sempiternelle de sa nocivité (pourtant évidente), et pour Macron, le relais éhonté et permanent de sa com' de campagne.

Un peu comme l'année dernière à peu près au même moment, je me dis qu'on nous prend bien pour des cons. On a affirmé pendant six mois qu'on valait mieux que ça, et c'est ça la soupe qu'on essaie de nous vendre à coups de sondages et d'éditos? On a observé au printemps dernier en France un réveil de l'action politique, qui ne peut s'exprimer dans le scénario programmé d'un duel entre l'extrême-nationalisme et l'extrême-libéralisme. Pourtant, beaucoup s'apprêtent à participer à ces élections au premier tour truqué et au second tour sans choix. Les deux organisés par l'État d'urgence.

Alors voilà : cette pétition pour affirmer au moins un positionnement politique sur cette élection présidentielle à laquelle je m'apprête à ne pas participer : jamais. Jamais je ne voterai Macron, jamais je n'irais mettre ce nom qui symbolise tout ce contre quoi je me bats, tout ce que je déteste à peine un peu moins que les fascistes. Les pouvoirs derrière Macron, qui bousillent nos vies, je les combats avec la même intensité que les nostalgiques de la francisque. La vie de merde annoncée, ou le retour de l'autoritarisme au pouvoir? Je ne sais pas, et je refuse de cautionner ce choix. Et si le système politique qui régit la société à laquelle j'appartiens organise ce choix, c'est sa constitution qu'il faut changer, pas les marionnettes.

Sans commencer ici un livre qui dénonce tout ce que Macron veut dire, et puisqu'il faut bien faire de l'anticipation pour critiquer un programme qui n'existe pas, un symbole : la Sécu. Macron veut la « refonder », et les quelques mots utilisés autour pour expliquer ce que ça peut bien vouloir dire sont limpides : marché, prix, concurrence, biens, soin utile, coûts, consommation, service... Il ne reste plus grand-chose à privatiser aux vautours qui possèdent le jeu politique. Et même si Macron a tout donné sur deux ans au gouvernement niveau privatisations, il reste encore un gros morceau : la partie santé de la protection sociale. Gageons qu'avec la caution politique d'une victoire à la présidentielle, il passera à la vitesse supérieure, et c'est la Sécu qui y passera cette fois-ci. Ce socle social de la République sera donc sacrifié sur l'autel de l'efficacité nationale, parce que nous n'en avons plus les moyens, enfin! La Sécurité Sociale a pourtant été créée dans un pays en ruines, et au prix d'un compromis politique des plus larges faisant toujours consensus aujourd'hui. C'est au prix du sang que le peuple résistant, humanistes et patriotes, avait gagné la place de ses représentants dans les instances politiques d'après-guerre pour y défendre ses intérêts, inscrits en préambule de sa nouvelle constitution. Cautionner Macron par son bulletin de vote, c'est infliger la défaite, à nouveau, aux noms que l'on honore sur nos monuments.

On peut comprendre qu'avec la démagogie déployée, certain-e-s soient trompés par les promesses du messie de l'entrepreneuriat, mais essayons de décrypter un peu l'escroquerie avec un exemple, pour voir ce que ça peut bien vouloir dire en économie, « ni de droite, ni de gauche ». C'est ce que j'ai essayé de faire dans l'article annexé à la pétition, en montrant la part évidente d'Emmanuel Macron à la responsabilité politique dans l'affaire EADS, symbolique du bilan de son action économique. Dans cette affaire, les intérêts de grandes fortunes privées, de grandes multinationales et de leurs dirigeants ont été préservés, et la totalité du risque financier des retards du programme A380 a donc été assumée par les contribuables français et les salarié-e-s du groupe EADS victimes des différents plans de compression de la masse salariale. Son silence médiatique total sur l'enterrement de cette affaire par le Conseil Constitutionnel, alors qu'il était Ministre de l'Économie, voilà une partie de la réalité du bilan de Macron au gouvernement qu'il est compliqué de trouver « révolutionnaire ». Si Macron est élu Président de la République, les grands intérêts privés continueront de diluer leurs risques dans l'argent public, en faisant adapter la loi auxdits intérêts si nécessaire, et avec d'autant plus de légitimité. Et celles et ceux qui essaient réellement d'entreprendre une activité continueront à se heurter aux difficultés de financement, les principales ressources de financement étant massivement occupées ailleurs. Quelle arnaque!

Pour avancer une proposition : l'affaire EADS n'étant qu'une goutte d'eau dans un océan de corruption : je n'irais voter à la présidentielle que pour un-e candidat-e qui proposerait la création d'un tribunal anti-corruption totalement indépendant de l'autorité administrative (tel que la Direction Nationale Anticorruption roumaine), doté de moyens d'investigation proportionnés à l'ampleur de sa tâche, en particulier financiers, de police, et d'accès aux données financières (y compris privées) des entreprises et des grandes fortunes. Et incarné par des personnalités de la trempe de la roumaine Laura Kövesi. Proposition qui ne risque pas d'arriver dans le programme de Macron, le mot corruption n'étant utilisé qu'une seule fois dans son programme de 17 pages (pour dire qu'il « veut en finir », bien sûr), et qu'on attend toujours dans les programmes des autres candidat-e-s (évidemment, le mot n'est même pas cité dans les 144 engagements présidentiels de Marine Le Pen).

Quand à l'accusation omniprésente de travailler pour l'ennemi fasciste dès qu'on refuse la soumission aux forces du capital, elle tient plus du réflexe pavlovien qui prête à sourire. Sourire lassé, un peu quand même, depuis le temps qu'on nous la fait. Elle vient de certains « élus » élus par leurs pairs selon des intérêts inconnus du grand public, désavoués par leurs militant-e-s et par ceux-là même qui les ont élus. Elle s'appuie sur des instituts de sondage possédés par le même capital privé. Elle vient d'une certaine presse, dominante et dominée, perfusée à l'argent public et aux campagnes de Public Relations (privées et publiques). De syndicats qui n'étaient pas dans la rue quand les tristes sbires qui incarnent le pouvoir politique supprimaient le droit du travail. De la part de notre société qui a fait le choix de prospérer sur l'ignorance, la violence et le mépris de la jeunesse, conditions de l'accession du fascisme au pouvoir politique.

À l'insulte vive et personnelle à toutes celles et ceux qui se sont soulevés au printemps dernier contre la loi Travaille! et la marche du monde ultra-libérale qu'elle annonce, cette accusation ajoute l'insulte historique à toutes les sociétés humaines créées pour résister à la domination du capital, toujours aux premières lignes pour combattre le fascisme.

Puisqu'on ne nous laisse pas débattre de ce que l'on veut, affirmons déjà ce qu'on ne veut pas, et comptons-nous. Si nous sommes assez nombreux-ses, nous mettrons les chiens de garde des médias dominés devant le ridicule de leurs prophéties sur l'opinion publique. En décryptant l'arnaque Macron en particulier, nous inviterons l'attention populaire à se focaliser sur la corruption endémique qu'il révèle, et les journalistes et lanceuses/lanceurs d'alerte décidés à entrer en résistance à s'engager contre la part de notre société qui veut soumettre nos volontés au capital. Pourquoi pas en commençant par l'affaire EADS, puisqu'elle implique tant de responsabilités politiques différentes?

Sur un autre plan politique, nous pourrons compter, avant le premier tour de l'élection, combien nous sommes à refuser a priori la soumission au jeu électoral s'il ne nous laisse que ce choix. Nous parviendrons peut-être même à exercer de fait un droit de veto citoyen, si nous mettons à mal la crédibilité stratégique du choix Macron pour affronter Marine Le Pen au second tour.

Et si c'est bien du choix entre l'ultra-libéralisme et l'ultra-nationalisme qu'accouche la kermesse présidentielle au soir du premier tour, nous pourrons dans l'instant affirmer à celles et ceux qui s'étaient engagés sincèrement dans la lutte politique du premier tour de cette élection la réalité de notre force politique, s'ils veulent se joindre à nous pour refuser ce double ultimatum.

Car à cet instant, face à la violence de ce semblant de choix et à celle de notre société en général, sous un État d'urgence défié par une partie des états-majors policiers et militaires, devant la domination terminale du capital sur la classe politique et la probabilité de l'entrée imminente et massive de l'extrême-droite dans son Assemblée Nationale, le peuple politique français pourrait se rappeler son droit fondamental de résister à l'oppression. Et se décider.

À nous gouverner nous-mêmes.



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