Buzz ou dignité ? C'est vous qui le dites.

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Le 27 novembre 2017, un collectif de signataires a adressé une lettre ouverte au Ministre en charge de l'Audiovisuel et aux parlementaires de la Commission média du Parlement de la Fédération Wallonie-Bruxelles, publiée sur le site du Soir (et reprise ci-dessous).

Nous avons écrit cette carte blanche suite à la diffusion, le 20 novembre, de l'émission « C'est vous qui le dites » sur Vivacité (radio du service public), au cours de laquelle nous estimons que l'animateur-journaliste Benjamin Maréchal a une nouvelle fois dépassé les limites de la décence en s'emparant d'un drame qui nous a personnellement touchés pour en faire le sujet d’un débat racoleur. Nous demandons donc au ministre responsable et aux parlementaires de prendre des dispositions vis-à-vis de la RTBF afin qu'une telle épreuve ne puisse plus être vécue par d'autres.

Cependant, à peine quelques heures après la publication de notre lettre ouverte, M. Maréchal - qui fait l'objet de celle-ci, bien qu'il n'en soit pas le destinataire - nous a répondu par voie de presse en indiquant « être en colère sur des groupes de pression qui s’adressent aux bons cénacles. Ils savent par où tirer la sonnette d’alarme. J’ai pour défaut de ne pas fréquenter les bons salons. »

Notre démarche est celle d'un groupe d'amies et d'amis en deuil. Nous avions interpellé directement M. Maréchal sur la page Facebook de son émission, interpellation à laquelle il n'a pas daigné répondre. Mais à présent, il nous accuse d'être « un groupe de pression » parce que nous publions une lettre ouverte, qui est le seul outil dont nous disposons pour nous faire entendre.

Nous maintenons malgré tout notre engagement : celui d'assurer que plus personne n'ait à vivre notre expérience qui est aussi celle de nombreuses autres victimes de l'émission « C'est vous qui le dites ».

C'est pour cette raison qu'aujourd'hui, nous faisons appel à toutes celles et tous ceux qui, comme nous, considèrent que la RTBF vaut mieux que cela : faites savoir vous aussi que vous soutenez notre démarche, que vous appuyez notre demande aux pouvoirs publics. En signant cette pétition, demandez avec nous au Ministre en charge et aux parlementaires de mettre en œuvre des mesures concrètes afin de garantir que les émissions du service public respectent les personnes et la déontologie journalistique.

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Monsieur le Ministre de l’Enseignement supérieur, de la Recherche et des Médias,
Mesdames, Messieurs les parlementaires de la commission média,

L’espace d’un instant, imaginez ceci : vous perdez dans un terrible accident l’un de vos proches. Un conducteur perd le contrôle de son véhicule et heurte votre fils, votre fille, votre compagnon, votre compagne, votre frère, votre sœur. Quelqu’un à qui vous tenez plus que tout. Et à peine deux jours plus tard, à l’occasion d’une émission de radio, un animateur lance un appel aux avis, avec cette question pour le moins interpellante : « pensez-vous que les conducteurs devraient décélérer face à des piétons ou pas forcément »  ? Ceci avant même les conclusions de l’enquête judiciaire et les funérailles…

Vous vous réveillez le matin, détruite ou détruit par cette perte inimaginable, les anxiolytiques que vous avez pris la veille ont cessé d’agir… Vous errez dans votre maison, vide de cette personne qui compte tellement. Pour vous évader de ce cauchemar, vous vous connectez l’espace d’un instant sur votre smartphone, ou allumez votre poste de radio, et vous tombez sur cet appel…

À notre tour, Monsieur le Ministre, Mesdames et Messieurs les parlementaires, de vous poser cette question très à la mode : « Que pensez-vous ? ». Que pensez-vous que cela vous ferait ? Que pensez-vous, aussi, que cela ferait à tous vos proches, qui tentent de vous soutenir, qui partagent avec vous l’immense douleur de cette perte ?

Lundi 20 novembre, Benjamin Maréchal posait la question à ses auditeurs : « Rouler à 60-70 km/h à proximité d’une troupe de scouts, est-ce que c’est toujours un risque ou pas forcément ? », partageant sur la page Facebook de « C’est vous qui le dites » un article relatant la mort d’Ulysse. Ulysse, c’est le fils de deux amis proches, c’est un jeune de 12 ans que nous avons toutes et tous connu, de près ou de loin, parce que nous l’avons gardé, parce que nous étions ensemble lors de fêtes, parce que ses parents nous ont tellement parlé de lui. Que pensez-vous que nous avons ressenti en découvrant cette question ? Que pensez-vous que les parents d’Ulysse ont pu ressentir ? Que pensez-vous que les commentaires de certains auditeurs se lançant dans des diatribes sans aucun contenu, autorisées précisément parce que cette question fut posée de la sorte et dans un espace de parole sans aucun garde-fou, ont pu provoquer sur chacun d’entre nous ?

Pourtant, des questions intéressantes à poser ne manquent pas : comment renforcer la sécurité routière, comment résoudre les retards d’aménagement des routes wallonnes, comment rendre hommage à un enfant disparu, comment gérer la perte brutale d’un être cher ? Mais non, il fallait que M. Maréchal se saisisse de « l’actu » pour dire n’importe quoi, pour en faire du buzz.

Nous nous sommes adressés directement à Benjamin Maréchal. Nos commentaires sur la page Facebook lui demandant des explications, des excuses, ou l’appelant – parfois avec colère, car notre émotion est immense – à un peu de décence sont soit restés sans réponse, soit ont été soigneusement supprimés par des modérateurs zélés.

Les dérives de Benjamin Maréchal sont connues, il n’en est pas à sa première démonstration d’indécence ; elles ont déjà suscité de nombreuses interpellations de la RTBF. Mais voilà : il fait de l’audience. Tous les moyens sont bons, même les plus indignes. Jusqu’à récupérer la mort d’un scout de 12 ans pour poser une question absurde, tant elle est dénuée d’intérêt en termes d’information, et ignoble par l’effet qu’elle ne manque pas d’avoir sur tous ses proches.

C’est pour cette raison que nous nous adressons à vous. Vous êtes les décideurs en charge des politiques audiovisuelles de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Vous êtes celles et ceux qui attribuez les budgets, qui approuvez les contrats-cadres des médias publics. La dotation de la RTBF, c’est de l’argent public, une part des revenus que nous sommes heureux de mutualiser au travers de nos impôts, destinée à une mission de service public. Et vous êtes les garantes et les garants de la bonne utilisation de ces moyens, pour la collectivité, afin qu’un service public d’information et de création audiovisuelle de qualité existe, pour éviter que la poursuite de l’audimat soit la seule perspective des médias publics.

Nous ne demandons plus d’excuses de Benjamin Maréchal, nous ne demandons pas de justification de la RTBF : nous vous demandons d’agir pour qu’une telle récupération d’une tragédie pour faire le buzz à n’importe quel prix ne soit plus possible dans le cadre d’un média du service public. Nous vous demandons d’agir pour que d’autres n’aient plus à vivre cette expérience insupportable, qui rajoute de l’ignoble, de la bêtise, de l’indécence, du vulgaire buzz à l’atroce. Nous le demandons maintenant parce que nous sommes directement touchés par ce drame. Mais nous le demandons depuis longtemps, pour celles et ceux que cette émission blesse chaque jour. Au nom de leur respect et de la déontologie.

Nous osons espérer que vous nous entendrez, et que vous nous répondrez par des actes forts.

Daniel Rochat, Manuel Di Pietrantonio, Nicole Decabooter, Renaud Maes, Daphné Coquelle, Stéphanie Joye, Immaculata Meo, Farah Ismaïli, Isabelle Chevalier, David De Buck, Karim Bouhaiat, Sarah Trillet, Sabrina Irato, Christophe Davenne, Anne Löwenthal, Halim Ben Abdelaziz, Corinne Torrekens, Véronique Abel, Itsik Elbaz, Cécile Van de Velde, Jean-François Peereman, Olivia Arend, Nathalie Parfait, Abdelkader Lamkadem, Valériane Petit, Geoffrey Roucourt, Quentin Verreycken, Sophie Rizza, Leila Abdelqaoui, Arnaud Dubuc, Sylvie Jousset, Thomas Dedieu, Nathalie Gillain, Maryam Benayad, Luc Tambeur, Edgar Szoc, Hayate El Aachouche, Carmen Rodriguez, Marc Niset, Marie-Anne Henneuse, Kristian Crick, David Lallemand, Caroline Marquis, Joël Fagnant, David Vanbellinghen, Lina Vandenberg, Lucette Moret, Sandra Ferretti, Dan Kaminski, Jean-Philippe Warlet, Azdine Ezzahti, Philippe Huynen, Céline Delforge, Annick Chakri-Robert, Hamid Chakri, Stéphanie Joye, Viviane Wansart, Régine Naulin, Olivier Lion, Khadija Allouache, Giuseppe Cantella, Sylvie Goethals, Laura Merla, Ursule Akatshi, Alex Nadege Ouedraogo, Halim Ben Abdelaziz, Thierry Lavendhomme, Alain Van Assche, Elzbieta Folk, Ludivine Damay, Yves Cartuyvels, Emilie Castagne, Eric Vinamont, Marie-Aude Brijssinck, Hassna Hamdini, Christine Schaut, Philippe Coicou, Jean-Michel Bruffaerts, Evelyne Limpens, Isabelle Marchal, Véronique Eloy, Diana Castilleja, Emilie Castagne, Bénédicte de Villers, Emmanuel Klimis, Christine Guillain, Barbara Apraxine, Olivier Derruine, Isabelle Vertriest, Julien Scharpé, Sophie Klimis, Charlotte Pézeril, Claudine Joye, Laurence Rosier, Marie Remy, Geneviève Dejean

 



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