Lettre ouverte des Etudiants Empêchés contre le blocage des universités françaises

0 a signé. Allez jusqu'à 500 !


À l’attention de tous

Nous, étudiants à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne, nous étudiants d’ailleurs, nous étudiants empêchés, souhaitons à travers cette lettre, interpeller, tant le peuple français, que les étudiants, la présidence de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne et le gouvernement sur les évènements qui se déroulent en ce moment-même dans nombre d’universités de notre pays.

Il est important de rappeler en préambule le contexte dans lequel les blocages ont commencé. Le 08 mars 2018 le gouvernement a fait voter la loi pour l’Orientation et la Réussite des Étudiants. Libre à chacun de se faire sa propre opinion sur ce texte, il n’est en aucun cas dans notre volonté de porter un jugement ou un positionnement politique quant à cette loi. Néanmoins, depuis près d’un mois et demi, quelques facultés partout en France sont soumises au dictat d’un groupuscule et se retrouvent ainsi empêchées de jouer leur rôle de service éducatif public. Malgré la fin de l’année universitaire, une partie des étudiants s’est mobilisée contre la tenue des partiels dont nous avons besoin, nous étudiants étrangers, boursiers ou simplement désireux de voir notre labeur récompensé afin de poursuivre notre cursus universitaire.

Nous déplorons d’une part l’attitude de certains étudiants minoritaires révoltés qui, sous couvert de la pseudo-légitimité d’Assemblée Générale (AG), - réunissant des étudiants ou non issus d’une même mouvance politique - tentent d’imposer aux autres leur vision de l’université par l’intimidation et la violence. Certains d’entre nous ont en effet assisté à ces dites AG et se sont assez vite rendu compte qu’ils n’étaient pas les bienvenus car ne partageaient pas la bien-pensance des organisateurs du comité de mobilisation de Paris 1. Un individu a même été frappé au visage par un autre dans un élan de violence inouï, car il avait refusé de partir suite à une décision de l’Assemblée qui lui avait ordonné de quitter les lieux en raison de son appartenance associative.
D’autre part, aujourd’hui, le calendrier universitaire étant arrivé à son terme, il serait temps pour nous de passer les examens tant redoutés mais si nécessaires. Or, les mêmes qui ont empêché la tenue des cours à l’université pendant près d’un mois et demi refusent de passer lesdits examens terminaux pour cause de mauvaises conditions d’étude. Par ailleurs, au-delà de simplement refuser de travailler, nos camarades nous empêchent de composer et donc de valider sereinement une partie de notre licence, et ce par des moyens tout aussi autoritaires que lors des précédents blocages. Entre interdiction de quitter la salle d’examen pour empêcher - dans le vacarme - la distribution des sujets, dispersion d’ammoniac et de boules puantes dans certains amphithéâtres (vendredi 04 mai 2018 - Centre René Cassin), rien ne semble excessif pour ces agitateurs.

Nous déplorons aussi l’attitude de l’équipe pédagogique face au déroulement des événements précédemment énoncés. En effet l’absence de prise en charge de la situation par certains professeurs pousse les étudiants à se monter les uns contre les autres entre les pro et les anti-mobilisation. Cette situation de conflit apparaît d’autant plus grave qu’elle s’accompagne d’une escalade de violences dans les deux camps. L’on pense alors aux étudiants évacués des AG manu militari le 04 avril 2018 ou encore à certains militants d’extrême droite qui s’en sont pris violemment aux bloqueurs la nuit du 06 avril 2018.
Néanmoins l’équipe pédagogique reste loin d’être neutre. Certains professeurs et chargés de TD n’hésitent pas à se positionner en faveur des manifestations, du blocage des locaux et des partiels à travers des mails groupés à destination de tous les étudiants, ou encore sur les réseaux sociaux dont l’exemple le plus probant est celui de Nicolas Offenstadt qui a eu l’occasion de tweeter le 4 mai dernier : “À Paris 1, les examens n’ont pour l’instant pas eu lieu, bloqués et annulés par un vote majoritaire des présents. [...] La mobilisation continue”. Nous pensons que l’équipe pédagogique comme son nom l’indique a un rôle pédagogique à jouer, à savoir l’enseignement de la matière à laquelle ils sont rattachés et non un rôle politique. Il nous semble que leur rôle ne doit pas être un rôle de soutien, qu’il soit officiel ou non aux activités illicites des étudiants bloqueurs.

Nous déplorons par ailleurs l’inactivité flagrante de la présidence de l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne qui a mené à la délocalisation des partiels au centre de Rungis, hors de Paris, et qui revient pour les étudiants à faire jusqu’à deux heures de trajet pour se rendre à leurs examens terminaux. En outre, le blocage des partiels engendre un coût faramineux pour ceux qui ont dû prendre un logement sur place, investissement non rentabilisé puisque les partiels n’ont pas lieu. Il nous semble aussi inadmissible que l’administration dans son ensemble puisse à ce point être irresponsable en changeant les lieux d’examens à peine 24h avant le début de l’épreuve. Ce qui par conséquent rend l’université irrespectueuse envers le ministère puisque selon la circulaire n°2000-033 du 1er mars 2000 : “la convocation des étudiants aux épreuves écrites et orales est faite par voie d'affichage, sur des panneaux réservés à cet effet, au moins 15 jours avant le début des épreuves”.

Nous déplorons finalement l’attitude de George Haddad qui, en qualité de président de l’université Paris 1 Sorbonne, a donné quasiment plus d’informations aux médias tels que CNews ou Le Parisien qu’à ses propres étudiants. Cela fait plus d’une semaine que nos partiels sont en majorité reportés, pour ne pas dire annulés, et qu’aucune réponse ne nous a été apportée de la part du cabinet de la Présidence. On se contente de féliciter dans le mail du 30 avril dernier les “étudiants qui nous honorent de leur confiance et qui constituent le coeur de notre mission de service public universitaire”. Nous estimons que nous sommes par conséquent en mesure de leur demander des comptes.

Nous refusons d’être les laissés pour compte, que notre voix soit inaudible car divergente de la bienpensance autoritaire qui sévit en ce moment-même au sein de nos facultés. Nous refusons le report des partiels en juin en raison d’engagements pris de longue date d’une part - emploi, billet d’avion ou de train, stages, fin de location de logement et retour prévu dans nos familles respectives. D’autre part, ces reports seraient en défaveur du bon déroulé des examens précisé dans la circulaire n°2000-033 du 1er mars 2000.

Nous refusons avec la même vigueur la validation automatique pour tous les étudiants avec une moyenne définie, qu’elle soit de 10/20, de 12/20 ou de 20/20 comme cela a pu être demandé lors d’assemblées générales. Cela nous paraît effectivement inconcevable que tous les étudiants, peu importe le travail fourni lors du semestre ou de l’année ne soient récompensés à la hauteur de leur labeur. Que vaudrait alors notre diplôme si nous avions tous la même note ? Que vaudrait l’université française s’il suffisait à quelques étudiants de simplement demander leur licence pour l’obtenir ? L’action menée en ce moment à l’université Paris 1 Panthéon Sorbonne consume à petit feu ce qui fait la fierté et l’excellence du système universitaire français.

Aujourd’hui, 6 Unités de Formation et de Recherches (UFR) sont bloquées et une dizaine de partiels ont été reportés pour ne pas dire annulés et nous pensons que cette dynamique infernale et vicieuse doit cesser.

Nous proposons la tenue encadrée et sécurisée des partiels de tous les UFR, du moins pour ceux qui souhaitent composer et voir leur travail récompensé. Nous demandons une prise de décision claire et définitive de tous les conseils d’UFR et du Cabinet de la Présidence. Et si l’annulation des partiels est finalement avérée, nous demandons la prise en compte du travail fourni lors du contrôle continu avec possibilité d’amélioration par un devoir maison ou un partiel facultatif mélioratif en ligne, encore une fois pour ceux désireux de ne pas se voir offrir leur diplôme universitaire si réputé.

En espérant que ces quelques lignes auront su vous faire saisir l’urgence de la situation, nous vous prions d’agréer, chers lecteurs, l’expression de nos salutations distinguées.

Les administrateurs de la page Étudiants empêchés - Contre les blocages
Gauthier DABOUT
Louise DOUILLET
Sabrina ARNAL



Etudiants Empêchés - Contre les blocages compte sur vous aujourd'hui

Etudiants Empêchés - Contre les blocages a besoin de votre aide pour sa pétition “Bureau de la présidence - Paris 1 Panthéon Sorbonne: Lettre ouverte des Etudiants Empêchés contre le blocage des universités Françaises”. Rejoignez Etudiants Empêchés - Contre les blocages et 456 signataires.