Lettre ouverte à l'association Wild Rose pour réinterroger le festival Art Rock

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Cher Wild Rose
Pourquoi organises-tu un festival ? Je te tutoies car derrière ce que tu vas lire il y a un grand cri d’amour.

Je suis sûr qu’il y a 39 ans, à l’origine de ton association, et encore plus il y a 35 ans, au début du festival Art Rock, tu étais animé par l’idée de la culture comme facteur de cohésion sociale et de dynamisme de territoire. Depuis 35 ans tu proposes un rassemblement festif qui fait du bien à la ville de Saint-Brieuc pendant 3 jours et 3 nuits en invitant des artistes pluridisciplinaires plus ou moins connus venant du monde entier. Si l’on regarde vos chiffres, Art Rock est un véritable succès selon pas mal de critères : fréquentation, économique, partenarial, festif… Je me réjouis tous les ans à l’approche d’Art Rock car je vais pouvoir faire la fête pendant 3 jours et 3 nuits et peut-être même participer au festival en tant que bénévole ou artiste ou partenaire.

Mais voilà, aujourd’hui, à l’heure où un scandale est venu ombrager la direction finissante du festival, je m’interroge un peu plus profondément sur ce que tu représentes et vais remettre certains de tes fonctionnements et réalités en question, parce que même les vedettes se remettent en question, car oui, tu as créé une vedette…

« La culture à Saint-Brieuc, c’est Art Rock ! ».
Il est malheureusement courant d’entendre cette phrase. J’espère que tu ne cautionnes d’ailleurs pas cette affirmation, car si on s’intéresse un temps soit peu à la réalité associative culturelle et sociale de Saint-Brieuc, on se rend compte d’une incroyable vitalité, encore plus si on compare ce vivier à côté d’une autre ville de cette taille. Bien que chahuté par quelques petits conflits inévitables, sans pour autant être dramatiques, le tissu associatif de Saint-Brieuc et, plus largement, de l’agglomération briochine, se connaît plutôt bien, tout-le-monde est plus ou moins au courant de l’existence et de l’activité des autres associations. Et bien sûr, tout-le-monde te connaît. Une bonne partie fréquente d’ailleurs Art Rock, qui est un bon moment pour tous se croiser. On ne peut pas en dire autant de ton côté, il est plutôt rare de voir ton intérêt se manifester pour les autres évènements briochins, en tout cas de la part de tes représentants. Une de tes absences les plus significative est ton absence dans les ateliers de la culture menés par la ville de Saint-Brieuc en 2015 pour refonder sa politique culturelle. Tu es pourtant cité 6 fois comme exemple dans le « Livre Blanc pour la culture à Saint-Brieuc » (http://www.saint-brieuc.fr/fileadmin/user_upload/Fichiers_site/Comm/delib_nouvelle_politique_culturelle.pdf) qui est la synthèse de ces ateliers qui ont réuni régulièrement plus d’une centaine de représentants du monde culturel de Saint-Brieuc, au-delà des associations. Ton absence laisse à réfléchir sur ta volonté profonde de t’investir dans la vie de la cité.

Peut-être que les pratiques douteuses récemment révélées par la presse expliquent en partie ces négligences ? Le fonctionnement d’un directeur salarié peut certaines fois malheureusement nuire au projet associatif, surtout quand ce projet devient tellement gros qu’il dévie des réalités. Comme on dit, le pouvoir corrompt, s’il n’impacte pas forcément la légalité, il touche au moins la morale.

Normalement un salarié d’association, même directeur, ne fait qu’appliquer le projet associatif. Quel est donc votre réel projet associatif, profondément ? Dynamiser le territoire ? Développer un projet culturel et social ambitieux sur la ville de Saint-Brieuc et sa région ?
Là je vais réinterroger le festival Art Rock, mais par la même occasion tous les festivals qui fonctionnent sur le même modèle, et plus largement tout le monde de la culture, qui s’apparente de plus en plus à du business.

Avec un budget de 2,5 millions d’euros par an (dont 706 000 € de financement public), quelle est la véritable prouesse de faire vivre une ville 3 jours et 3 nuits par an ? N’y a-t’il pas un décalage avec d’autres projets associatif qui œuvrent à l’année sur le terrain avec un budget ne correspondant même pas à la somme réclamée par le directeur sortant pour l’utilisation d’un nom qui s’élève, rappelons-le, à 25 000 € par an ? D’autres associations dans la difficulté ne manquent que de cette somme pour sauver leur mise. Certes tu peux ne pas valider la demande de ton directeur, mais pose-toi la question de pourquoi en est-on arrivé à une telle requête ? Ne serait-ce pas le modèle d’un tel événement qui rend ce genre d’agissements possibles ? Comment se fait-il que tu trouves normal de dépenser 30, 40, voire 50 000 € pour t’offrir un artiste ? Que représente tout cet argent ? Quel message penses-tu renvoyer à la population sur la réalité de la vie culturelle, et comment les 3/4 des artistes doivent-ils prendre un décalage si énorme avec leur réalité professionnelle ?

Comme tout-le-monde, tu peux constater une désertification du centre-ville de Saint-Brieuc. Ce n’est pas en nous jetant des paillettes dans les yeux pendant 3 jours et 3 nuits par an que cela va redynamiser ta ville. Bien sûr il y a un rayonnement au-delà du festival, mais à qui profite t’il ? Aux boites de production ? Aux entreprises partenaires qui achètent une image en se montrant à vos côtés ? En tout cas pas au dynamisme du centre-ville de Saint-Brieuc à l’année. Avec l’enveloppe budgétaire que tu as, tu pourrais avoir la folie bien plus énorme de faire vivre un projet modestement-ambitieux avec une présence publique étalée sur toute l’année. Ou alors serais-tu partant pour reconsidérer ta place dans la vie associative de ta ville en prenant en compte les réalités qui t’entourent et réévaluer tes réels besoins financiers, pourquoi pas en renonçant à une partie de ton financement qui serait redistribué à d’autres dynamiques, et que tout-le-monde avance ensemble dans cette volonté de faire vivre la ville avec toutes ses catégories sociales.

Certes un tel remaniement peut sembler vertigineux, mais la prise de risque en vaudrait sans doute la chandelle, tout-le-monde aurait à y gagner, et ce renversement pourrait même devenir un exemple à grande échelle dans un monde culturel qui est en danger. Il suffit de regarder attentivement le fonctionnement et l’hégémonie de grosses multinationales comme Live Nation ou Fimalac (3S Entertainement) pour se rendre compte que le business a quasiment gagné la partie, la marchandisation de la culture n’est pas qu’un fantasme paranoïaque, elle est une réalité qui est à notre porte, je vous invite à vous renseigner. Le modèle de festivals comme Art Rock a peut-être fait son temps, le business l’a complètement dénaturé de son sens premier qui, comme écrit en début d’article, devrait être un outil de cohésion sociale et de dynamisme de territoire.

Si c’est le business qui t’intéresse, pourquoi pas, mais dans ce cas là, ton projet ne doit pas bénéficier des financements publics qui doivent profiter à la collectivité.

Ose renverser ton fonctionnement, et participe collectivement à dessiner une autre forme d’épanouissement culturel au profit de la collectivité, plutôt qu’au profit de l’enrichissement d’entreprises qui uniformisent la culture et ne se soucient plus des territoires et leurs réalités, car elles sont trop loin des réalités pour comprendre ce qui se vit sur le terrain au quotidien.

Art Rock c’était cool, le monde évolue, n’ayons pas peur de se surprendre, osons changer de modèle avant de chuter. Ne laissons pas Art Rock devenir Art-chaïque, car on te préfère dans la case de nos bons souvenirs que dans celle d’un vieux croulant.

Alors, on boit un café et on discute ?

Signé ceux qui se soucient que les Côtes d’Art-Vivent

PS : bien sûr tu as le droit de répondre

- Article du Télégramme du 1er mars 2018 qui a révélé la succession polémique du festival en publiant la lettre du directeur adressée au CA "Art Rock. Un succession qui interroge" : http://www.letelegramme.fr/cotes-darmor/saint-brieuc/art-rock-une-succession-qui-interroge-01-03-2018-11870260.php

- Article de Libération du 1er mars 2018 sur l'affaire : http://www.liberation.fr/direct/element/festival-art-rock-une-succession-polemique-qui-pourrait-couter-cher_78356/

- Article de Ouest-France du 1er 2018 : https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-brieuc-22000/art-rock-une-succession-mouvementee-5597250

- Article de Sourdoreille du 1er mars 2018 : http://sourdoreille.net/alors-comme-ca-m-boinet-le-festival-art-rock-vous-appartient/

- Article de Ouest-France du 8 mars 2018. Entretien avec Thierry Simelière, vice-président en charge de la culture du Conseil départemental des Côtes d'Armor : "Art Rock. "Tout remettre à plat et rebondir", souhaite le département" - https://www.ouest-france.fr/bretagne/saint-brieuc-22000/art-rock-une-succession-mouvementee-5597250



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