NON À UNE APICULTURE INTENSIVE !

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NON à INTERAPI

En 2021, INTERAPI, interprofession de la filière apicole instaure des cotisations obligatoires aux exploitants, conditionneurs et distributeurs, afin de financer des actions clairement affichées d'accroître les productions nationales en poussant les consommateurs à consommer davantage les produits de la ruche.

Ces mesures repositionnent de fait la question importante de l'exploitation intensive des colonies d'abeilles en vue de la production de leurs substances. Des questions annexes découlent de ces mesures portant sur les différentes techniques de production notamment les hybridations. En cause les importations massives d'abeilles exotiques non adaptées aux écosystèmes du territoire français. Ces hybridations engendrent depuis quelques décennies une augmentation considérable des pertes hivernales des colonies d'abeilles (près de 80% par endroit) et provoquent la disparition de notre abeille noire locale.

D'autres techniques comme les nourrissements, les traitements systématiques avec des produits chimiques voire organiques (pour le bio notamment), les transhumances, l'élevage des reines d'abeilles et les inséminations instrumentales de ces dernières, ainsi que les essaimages artificiels participent également au déclin des abeilles sur notre territoire. Étonnamment, ces différentes techniques pour pousser les abeilles à produire sont subventionnées — au détriment d'une apiculture plus respectueuse de l'abeille, de l'environnement et de l'homme.

Sans soulever d'autres problématiques importantes concernant l'apiculture intensive notons que les cultures étant de plus en plus traitées par des pesticides, la profession tend à se rabattre sur les zones préservées comme les espaces sensibles, les parcs régionaux et nationaux pour produire des miels exempts de substances toxiques. Cet engouement soudain de la profession pour les espaces naturels met en péril les programmes de sauvegarde et de conservation de l'abeille noire au sein de la dizaine de petits conservatoires implantés sur le territoire.

Enfin et non dans une moindre mesure, l'exploitation intensive des abeilles provoquent la disparition des autres insectes pollinisateurs. La concentration des ruches sur une même zone crée une concurrence démesurée des insectes entre eux, notamment pendant les périodes fréquentes de pénuries en ressources alimentaires.

Nous ne pouvons cautionner les pratiques et les agissements de la profession et nous nous opposons à cette volonté d'instaurer, d'imposer sans appel un seul modèle de pensée. INTERAPI doit laisser le choix aux divers acteurs de participer ou non à ses actions.

 

INTERAPI, C'EST QUOI?

En janvier dernier (2021), la MSA informait par courriel les exploitants apicoles de l'arrivée d'un nouveau partenaire MSA. Elle avertissait également qu'elle serait chargée de collecter des cotisations instaurées par ce partenaire : « INTERAPI, l'interprofession des produits de la ruche, a mis en place une cotisation auprès des apiculteurs, conditionneurs et distributeurs de miel afin de financer des actions permettant d'atteindre les objectifs fixés par le plan de filière apicole. Cette cotisation est appelée et collectée par la MSA pour les apiculteurs. » [extrait du courriel]. Seront prélevés 160€ annuel par exploitation AMEXA et 60€ par cotisant solidaire.

INTERAPI est une association loi 1901 créée en 2018, suite au discours prononcé dans le cadre des États Généraux de l’Alimentation par le Président de la République. Ce dernier annonçant que « seules les filières agricoles disposant d’un plan de filière porté par les interprofessions seraient accompagnées et soutenues financièrement » [source SNA]. Elle s'organise en un collège production et un collège commercialisation et regroupe plus d'une dizaine de membres dont des syndicats apicoles (UNAF, SPMF, FFAP, SNA), des syndicats agricoles (FNSEA, Coordination rurale, Confédération paysanne) et diverses autres structures (ADA France, FEDAPI, GPGR, SNFGMA, SFM, FCD, FCA) [source UNAF]. Bénéficiant d'une reconnaissance en qualité d'organisation interprofessionnelle, INTERAPI instaure [autant dire impose] des cotisations obligatoires pour financer les actions des deux collèges en vue d'augmenter la production et la consommation des produits de la ruche.

Est-il envisageable aujourd'hui, dans le contexte actuel de crises environnementale, sanitaire et économique de penser faire perdurer voire accroître un modèle productiviste ?

Bien que « INTERAPI adaptera son action en fonction des actualités de la filière en restant à l’écoute des acteurs économiques via les structures membres d’InterApi […] » [source SNA], nous apiculteurs professionnels dont les exploitations sont de différentes orientations, nous apiculteurs amateurs, nous consommateurs, nous citoyens, pour les générations à venir, nous opposons aux mesures instaurées sans appel par INTERAPI qui « a défini des actions à mettre en place pour répondre aux besoins de ses membres dans un plan de filière. » [source INTERAPI]

Certaines actions nous paraissent toutefois capitales notamment organiser le dialogue interprofessionnel au sein de la filière mais en prenant en compte sérieusement et respectueusement chacune des voies envisagées. Imposer, instaurer un système n'est en aucune façon un acte ouvert vers l'autre, un acte de dialogue.

 

NOUS RÉAGISSONS POUR LES RAISONS SUIVANTES :

Dans la mesure où le Président de la République s'est engagé (voir plus haut) à accompagner et soutenir financièrement les filières organisées, quel est le fondement d'imposition par INTERAPI d'une taxe supplémentaire aux structures déjà fragilisées par les pertes de cheptel et de récoltes des dernières années ? Notons également que les cotisations sociales des exploitants apicoles ont doublé en dix ans.

« INTERAPI a défini des actions pour répondre aux besoins de ses membres dans un plan de filière. » [source INTERAPI] Beaucoup d'entre nous ne faisons pas partie de structures membres d'INTERAPI. De fait, nous n'adhérons pas à l'ensemble des actions menées. D'un point de vue légal, il semble étonnant que des sommes soient allouées à nos exploitations de quelque taille qu'elles fussent pour financer des actions opposées aux principes même de nos engagements.

Au sujet de la normalisation internationale des produits de la ruche, il nous semble important de réagir. Nous ne voulons pas de normes imposées par un modèle unique de pensée dont les enjeux sont purement économiques : une des actions du collège commercialisation vise à « Communiquer sur les produits de la ruche afin d’augmenter leur consommation.» [source SNA]. Le consommateur n'est pas un objet à qui l'on impose une dose de consommation.

De plus, en taxant les exploitants, les cotisants solidaires, les conditionneurs et les distributeurs, les coûts de revient du miel français seront encore plus élevés et le consommateurs accentuera sa consommation vers des miels d'origines autres que la France. Ce qui est déjà le cas, sinon pour quelle raison aurions-nous autant de stocks ?

Sur la question du bien-fondé de la conservation de l'Abeille noire, nous répondons que depuis un siècle les colonies d'abeilles de nos régions sont hybridées avec des espèces exotiques importées massivement et non-adaptées aux différents écosystèmes du territoire. Rappelons que l'objectif premier de ces hybridations reste l'exploitation de la vigueur hybride (effet d'hétérosis) provoquant en première génération un dynamisme de ponte des reines en vue d'augmenter les productions notamment de miel. Cependant, surtout depuis un peu plus d'une dizaine d'années, nous avons pu observer une augmentation considérable de ces importations pour faire face aux pertes importantes du cheptel français. L'hybridation globale qui en résulte cause une dilution conséquente des caractères génétiques de résistances de l'abeille locale et entraîne sa disparition. Ces abeilles hybrides inadaptées aux différents milieux dans leurs générations sont maintenues en vie par des nourrissements et des traitements — les quantités de sirops sucrés données aux abeilles à l'échelle nationale sont pratiquement équivalentes aux récoltes de miel ces dernières années. Nous arrivons au terme d'un modèle de fonctionnement où même la vigueur hybride s'est peu à peu effacée suite à une hybridation excessive. Il devient donc urgent de repenser le modèle et de préserver ce qui reste de notre abeille noire locale.

Le sujet oriente fortement vers les lieux de conservation. À l'heure actuelle une petite dizaine de conservatoires de l'abeille noire, pour les plus importants de 10 kms de rayons sont répartis sur le territoire. Deux sont situés sur des îles du littoral français. La surface couverte représente à peine trois cent mille hectares, soit 0,5% du territoire français dont la surface avoisine 55 millions d'hectares, contre 46 millions d'hectares occupés par les souches d'abeilles hybrides utilisées par la profession. Les exploitations apicoles les plus importantes pratiquant notamment la transhumance se heurtent aux problématiques des cultures traitées abusivement et veulent se replier vers des zones protégées. La question des pesticides est ici détournée. Cette volonté de pratiquer une apiculture intensive sur des zones sensibles provoquera immanquablement l'extinction des insectes pollinisateurs dont l'abeille elle-même fait partie.

Enfin, la possibilité d'utiliser l'abeille noire, variété locale adaptée aux écosystèmes nous a simplement été retiré, en imposant des abeilles hybrides sélectionnées par les éleveurs de reines et par la profession. Il est reproduit en apiculture exactement la même problématique qu'avec les semences hybrides en agriculture, il y a plusieurs dizaines d'années.

Nous refusons donc de participer à ce génocide apicole. Nous ne pourrons jamais cautionner de telles pratiques allant à l'encontre de la raison et de nos passions.