Petition update

Goutte d'Or/La Chapelle/Barbès : une semaine riche en rencontres et en émotions

Lan Anh VU HONG
France

Apr 3, 2018 — Chers signataires,

Je m’excuse par avance de la longueur de cette mise à jour, mais 2 “événements” importants ont marqué la semaine passée pour l’avenir et le présent du quartier : la remise de la pétition aux autorités, et la réunion à la mairie du 18e arrondissement sur le sujet des “mineur(e)s isolé(e)s”.

-- Remise de la pétition (27 mars) --
Mardi dernier avait lieu le petit événement de remise des pétitions que nous avions organisé sur la placette Polonceau. Malgré une pluie fine insistante, nos invités sont venus nombreux : représentants de la mairie de Paris et du 18e arrondissement, de la police, ainsi que Madame la députée Danièle Obono ont ainsi reçu chacun leur exemplaire des 2 pétitions signées par 1700 habitants et soutiens d’une part (en additionnant les signatures en ligne et papier), et plus de 250 professionnels pour la pétition des commerçants. Nos invités sont ensuite restés échanger de façon informelle en toute simplicité avec les riverains pendant près de deux heures. Un bel exercice de démocratie, relayé par Cavé Goutte d’Or sur leur blog (lire leur billet : https://cavegouttedor.wordpress.com/2018/03/28/petitions/) et par les élus sur leurs comptes Twitter et par quelques médias (France bleu, Le Parisien...).

Nous avons apprécié la présence nombreuse des autorités publiques interpellées (et d’autres) et leur écoute attentive, malgré l’absence du ministre de l’Intérieur Gérard Collomb, celle du ministre de la cohésion des territoires Jacques Mézard et du secrétaire d’État rattaché à son cabinet, Julien Denormandie. Madame la maire Anne Hidalgo ne s’était pas déplacée, mais nous avait adressé un courrier qui nous a été remis par Éric Lejoindre, maire du 18e arrondissement, accompagné de plusieurs adjoint(e)s de Madame la maire et de la mairie du 18e arrondissement. Le procureur de la République et le préfet de Police étaient également absents, mais Madame la commissaire de police du 18e arrondissement Valérie Goetz était bien là, ainsi que le commissaire Jacques Rigon, chef de district et responsable de la ZSP (Zone de Sécurité Prioritaire). Au total, une douzaine de représentants de l’État et de la Ville, dont de très nombreux élus étaient présents avec nous, dans la rue, au cœur du quartier que l’on défend. De nombreuses associations étaient représentées : la Salle Saint-Bruno, Action Barbès, SOS Casamance, Cavé Goutte d’Or, Demain La Chapelle, SOS La Chapelle, Paris Goutte d’Or, La Vie Dejean... Un joyeux mélange de gens de tous bords venus parler du présent problématique du quartier afin de penser son avenir à partir de bases saines. En somme, une petite victoire qui nous a fait chaud au cœur par sa simplicité ! Merci à vous tous qui êtes venus, qui avez signé et relayé la pétition. Celle-ci reste ouverte.

-- Réunion organisée par la mairie de Paris sur le sujet des mineur(e)s isolé(e)s (28 mars) --
Le lendemain avait lieu une réunion à la mairie du 18e arrondissement sur le sujet spécifique des “mineur(e)s isolé(e)s”. Celui-ci est, je le rappelle, un des sujets évoqués par la pétition, mais non le seul. Vu l’évolution de la situation depuis un an et particulièrement depuis quelques mois, il nécessite malheureusement la prise de mesures d’urgence.

La salle des mariages où l’on nous recevait était comble et une dizaine de représentants des autorités étaient là pour présenter le dispositif en place et répondre aux questions - notamment Éric Lejoindre (maire du 18e arrondissement), Dominique Versini, (adjointe à la maire de Paris chargée des solidarités, de la lutte contre l'exclusion, de l’accueil des réfugiés et de la protection de l'enfance), Colombe Brossel (adjointe à la maire de Paris chargée de la sécurité, de la prévention, des quartiers populaires et de l'intégration), Valérie Goetz (commissaire de police du 18e arrondissement), deux responsables du CASP (Centre d’Accueil Social Protestant) et une représentante du Parquet de Paris.

La nécessité d’une telle réunion ne fait aucun doute. Ce n’était pas la 1ère tenue sur ce sujet, mais de nombreux habitants ont déploré n’avoir pas été mis au courant des précédentes. Au fil des heures, aux questions des riverains se sont mêlées des histoires, des témoignages, des appels à l’aide et parfois, des accusations. Malgré les efforts, une forme d’incompréhension marqua les échanges : d’un côté, les autorités venues en nombre nous présentaient les actions mises en place, les ressources mobilisées et les difficultés rencontrées, de l’autre, une habitante de longue date exprimait sa consternation devant la dégradation du quartier ces cinq dernières années, la directrice d’école de la Goutte d’Or submergée par l’émotion racontait sa détresse face aux difficultés quotidiennes, une autre habitante dénonçait un manque de volonté politique et un manque d’anticipation…

Les autorités ont avoué leur désarroi face à ce problème d’une ampleur et nature inédites, qui met actuellement notre système de protection de l’enfance en échec et s’intensifie face aux problèmes structurels : difficultés à exécuter les décisions judiciaires par manque de places en foyers, manque de places en hôpital, manque d’effectifs policiers, etc. Colombe Brossel a défendu l’approche évolutive et pragmatique du système mis en place, on ne peut qu’abonder dans son sens. Mais, à l’issue de cette réunion, un sentiment d’urgence prédomine : “il est minuit moins une”, c’est “tout le quartier qui bascule”, entend-on dire. Évolutif, certes, mais il semble que c’est la coordination et la réactivité qui pèchent dans le dispositif mis en place : les moyens sont là, les services compétents sont impliqués, mais malgré un très fort engagement de la mairie, de la police, du parquet des mineurs, et la présence d’une délégation impressionnante de représentants des pouvoirs publics ce soir-là, on apprend que seuls 50 % des effectifs de jour prévus dans le plan du CASP sont aujourd’hui pourvus, à cause de difficultés de recrutement ! Cela signifie que 5 postes d’éducateurs (sur les 10 prévus !) restent aujourd’hui à pourvoir, depuis 4 mois que le CASP a été mandaté, et 1 an que les habitants, associations et commerçants alertent les autorités. Le local d’accueil prévu pour permettre aux “mineur(e)s isolé(e)s” de disposer en journée de services de base et d’un peu de calme n’a été ouvert que fin mars, à cause de délais affectant le transfert du bail… Il y a une lenteur qui est difficile à comprendre pour les riverains et commerçants dont le quotidien est fortement impacté, alors même qu’on nous assure que des moyens financiers sont débloqués et que les plus hautes autorités sont prévenues.

On sait que le phénomène n’est pas propre à Paris, mais qu’il concerne désormais d’autres villes françaises (Brest, Nantes, Montpellier, Marseille…) et européennes (Stockholm par exemple). L’arrivée de ces “mineur(e)s isolé(e)s” constitue un aspect de la crise migratoire, et une conséquence de la crise économique et des inégalités de richesse. Elle appelle des efforts concertés et une collaboration transfrontalière qui, on s’en doute, mettront un certain temps à porter leurs fruits. Mais rien ne justifie les lenteurs évoquées plus haut. Il est urgent, au niveau national, de mettre immédiatement ces “mineur(e)s isolé(e)s” à l’abri, de les traiter comme des enfants en danger et/ou délinquants s’ils commettent des agressions. Chaque nouveau jour passé dehors éloigne ces enfants des rues de toute perspective d’intégration sociale réussie, quel que soit le pays où ils se retrouveront dans les prochains mois. Leur agressivité engendre la peur des habitants, qui à son tour engendre l’exclusion des “mineur(e)s isolé(e)s” de toute vie sociale collective. Ce qui se joue est un sérieux test pour notre démocratie et notre humanité : il s’agit de protéger ces enfants d’eux-mêmes et des dangers auxquels une vie d’errance les expose, en protégeant les personnes qui les entourent de leur violence.

Retrouvez dans les mises à jour précédentes notamment :
- le compte-rendu de la rencontre avec la responsable du projet d'insertion porté par le CASP : http://bit.ly/gouttedor-educ
- le compte-rendu de la première rencontre informelle avec la mairie de Paris et du 18e arrondissement : http://bit.ly/gouttedor-mairie

Crédit photo : D.R. via le blog de Cavé Goutte d'Or


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