Pétition fermée

Lettre ouverte à la ministre de la Culture et au CMNC de la FWB

Cette pétition avait 73 signataires


Ceci est une lettre ouverte, je la partage sur Facebook et sur change.org pendant une semaine avant de l’envoyer à la presse et aux destinataires concernés. Ceux qui veulent la cosigner ou me faire part d’un témoignage à ajouter à ceux déjà présentés peuvent me contacter.


Madame la ministre de la Culture, chers membres du Conseil des Musiques non Classiques de la Fédération Wallonie-Bruxelles, chers lecteurs,
Par nature, le jugement d’une discipline artistique est à la fois un exercice compliqué et le comble de la subjectivité. De mon point de vue, dans un organisme étatique décisionnel la subjectivité n’a absolument pas sa place, même s’il est sans doute difficile de la bannir totalement d’une décision. C’est l’objet de cette lettre ouverte.


Je vais commencer par me présenter et exposer les faits. Je suis un jeune pianiste de jazz et compositeur bruxellois de 27 ans. Je ne suis ni le plus doué, ni le plus travailleur des musiciens de ma génération, mais je me suis fait une place sur la très riche scène jazz belge au cours des dernières années et je pense pouvoir compter sur une certaine reconnaissance de mes pairs et du milieu. Quand je dis que je ne suis pas le plus travailleur, j’ai quand même passé une partie de mon adolescence et du début de ma vingtaine à pratiquer mon instrument 5 à 8 heures par jour, et si ce rythme a baissé ces dernières années c’est aussi et surtout parce que l’argent ne tombe pas du ciel. Je pense pouvoir donc affirmer que je suis un musicien professionnel, au vu de ce que je viens d’exposer et du fait que l’essentiel de mes maigres revenus provient de mon activité artistique. Ceci pour planter le décor et vous expliquer que je ne tombe pas de la lune.


Avant d’entrer dans le vif du sujet, j’aimerais faire trois mises au point. Je vais parler en grande partie de mon cas même si j’ai reçu des témoignages d’autres musiciens dans une situation comparable. J’axe cet exposé sur mon expérience parce que c’est bien entendu celle que je connais le mieux, mais les constatations et les pistes proposées sont à mon avis tout à fait généralistes et absolument pas propres à ma personne ni même au seul secteur de la musique.
Deuxièmement, je suis membre du conseil d’administration des Lundis d’Hortense et un de leur représentant au sein de l’ORUA FACIR. Il est important de préciser que j’écris cette lettre en mon nom propre, le sujet me touchant personnellement d’une façon trop directe qu’il ne me paraîtrait absolument pas intègre d’utiliser ces canaux pour faire passer le message. Ceci dit, je les laisse libres de relayer l’information et je pense que ce sujet à sa place au sein des débats qui animent nos réunions.


Enfin pour que ça soit clair, la question ne tourne pas autour de l’existence ou de l’utilité des subsides en matière de culture. Il s’agit de constater qu’ils existent, mais que leur attribution se fait sur base de critères pour le moins discutables, pour autant qu’on puisse parler de critères et pas de vogel-pick !
J’ai récemment introduit une demande d’aide à la production discographique et à la promotion auprès du conseil des musiques non classiques de la FWB afin d’obtenir un peu de soutien dans la production de mon prochain album, celle-ci m’a été refusée. J’avais introduit une demande similaire pour mon premier album il y a deux ans qui m’avait été refusée elle aussi. Les réponses qui m’ont été données me paraissent à la fois totalement subjectives, c’est le propre de l’art, mais surtout d’une absurdité sans nom, et là c’est plus grave. J’y reviendrai un peu plus loin. Je ne vais pas énumérer les 8 critères d’acceptation des dossiers, mon groupe y correspond point par point, et très largement. Juste en résumé : Actifs et résidents majoritairement en Wallonie et à Bruxelles ; musique originale ; inscrit dans le développement d’une carrière artistique ; travail de qualité professionnel (c’est déjà subjectif comme point, mais voici ce que je peux dire de mon cas : le dernier album a été enregistré par un des ingénieurs du son les plus réputés du pays dans un des studios les plus réputés de la capitale, et par des musiciens entre 25 et 35 ans au CV déjà bien remplis) ; ce projet ne générera pas de bénéfices et ne sert pas une œuvre caritative (on fait du jazz, si je rentre dans mes frais c’est déjà un petit miracle) ; la législation est respectée ; j’ai fourni des informations concernant la coproduction (je vais revenir sur cet aspect qui est en décalage complet avec la réalité du marché).


Les autres points sont applicables qu’en cas de versement effectif d’une aide. Quoi qu’il en soit, la justification du refus ne portait pas sur les critères susmentionnés, il n’est donc pas nécessaire d’en débattre.
Je vais essayer de ne pas me laisser emporter par l’aigreur ou de verser dans le misérabilisme, mais il est quand même malheureux de ne pas encourager un groupe qui a donné environs 60 concerts depuis sa création, a déjà produit un album sans l’aide de la Fédération, album qui a été bien relayé et bien reçu dans la presse, un groupe constitué de musiciens jeunes et hyperactifs sur la scène belge, avec une possibilité de proposer son disque sur un label européen d’envergure (qui au passage risque de me filer entre les doigts à cause de ce refus du CMNC)…. Si les critères avaient été un tant soit peu objectifs, être débouté ne m’aurait posé aucun problème et je n’en serais pas à écrire cette lettre, il existe des tas d’autres groupes extrêmement talentueux et méritants, et si sur des bases objectives mon nom n’est pas retenu, je ne m’en plaindrai jamais. Mais faire face à une argumentation à la fois fainéante, arrogante et absurde comme ça a été le cas ici, il y a de quoi sortir de ses gonds. Un minimum de respect s’impose, surtout quand on voit les heures de travail nécessaires à la constitution d’un dossier de ce genre. Heures durant lesquels on ne peut ni pratiquer son instrument, ni composer, ni chercher de concerts.


Par comparaison, mon groupe n’a pas été retenu pour participer au showcase du Belgian Jazz Meeting, mais si je regarde les critères de sélection, les membres du jury et les groupes sélectionnés, je n’en tire aucun ressentiment. Juste une légère déception de ne pas avoir cette opportunité, mais je ne suis pas le seul musicien avec une actualité et un potentiel de développement. La décision, bien que frustrante sur le plan personnel, est à la fois justifiée et parfaitement cohérente. Pour ce qui est du système effectif de sélection au sein du CMNC, on est à mon sens à des kilomètres de ça.
Encore une fois, il ne s’agit pas de moi, je le répète, je n’ai pas l’intention de me plaindre de mon cas, ni même de demander qu’on reconsidère mon dossier. Je crois sincèrement que ce problème est assez global et c’est pour ça que je prends la peine d’écrire ces lignes.


Venons-en à quelques réponses reçues par moi et d’autres pour justifier un refus, certaines sont subjectives, j’évoque ceci un peu plus bas, d’autres sont parfaitement absurdes. Ce n’est pas très poli, mais je vais commencer par le refus que je viens de me voir signifier. Après avoir copier mot pour mot une partie de mon courrier d’introduction au dossier en se donnant quand même la peine de le mettre à la troisième personne, le conseil conclu comme ceci : « C’est un pianiste de grand talent, mais les membres regrettent la qualité moyenne du live faisant office de démo. Ils trouvent dommage de ne pas avoir une démo professionnelle, qui témoignerait davantage d’un projet d’album. En outre le jazz présenté ici est très classique, manque d’audace. Pour ces différentes raisons, le CMNC remet un avis négatif. »


Le « très classique et manque d’audace », s’il me reste en travers de la gorge parce que émis par des gens qui manifestement connaissent aussi bien l’histoire du jazz et l’harmonie que moi la polka romaine, est subjectif et donc développé plus bas. Mais ce qui vient avant est pour le moins cocasse, on se croirait dans un film de Terry Gilliam… Je peux faire un dessin si nécessaire : je demande que l’on m’aide à réaliser un enregistrement professionnel, on me reproche de ne pas postuler avec un enregistrement professionnel ! Une petite métaphore pour appuyer mon propos : le ministère de l’Environnement propose des primes à l’installation de panneaux photovoltaïques et refuse des dossiers sous prétexte que l’habitation du demandeur serait trop énergivore…


Comble de l’absurde, et là on passe des Monty Python à Kafka : L’enregistrement live dont ils parlent est, je suppose, en réalité une vidéo réalisée par Air Tv, organisme dont le premier partenaire est la fédération Wallonie Bruxelles…
Je précise que mon précédent album était joint au dossier et - vu la façon dont je me suis ruiné pour le réaliser - est lui de qualité professionnelle. Du moins j’ose l’espérer. Si c’est de ça qu’ils parlaient en parlant de démo live, alors le cas est encore plus désespéré que je ne le pense et ça en devient scandaleux d’incompétence.


Un autre cas m’est reporté où on refuse une aide à la promotion en arguant du manque d’encadrement professionnel : Donc si on a un encadrement professionnel capable de nous aider à promouvoir un projet on aurait une aide, si on n’en a pas, on peut se débrouiller en distribuant des flyers faits aux crayons de couleur à bord d’un Uber et en demandant à tonton Placide s’il a toujours un copain qui travaille à la gazette du coin… Un troisième exemple, qu’on pourrait qualifier d’argumentation subjective, mais qui est tellement absurde qu’elle a sa place dans ce paragraphe : un ami contrebassiste du nom de Guiseppe Millacci me fait part du fait qu’il a reçu la même explication sur le manque de professionnalisme de la démo, mais on en rajoute une couche en disant que la contrebasse ne s’affirme pas assez dans le projet… Alors dans le genre non-sens absolu et méconnaissance de la musique on fait difficilement mieux. Par nature la contrebasse n’est pas un instrument soliste, Guiseppe signe les compositions de son album, la liberté artistique quant au fait qu’il ne veuille pas jouer tout les thèmes et tous les solos n’a pas à entrer en ligne de compte, notons en plus qu’un album de ce genre aurait un intérêt artistique tout relatif à mon avis. Tout le monde le sait, les solos de contrebasse c’est chiant (ceci est à prendre au second degré). Enfin, je sais que certains dossiers acceptés sont eux de qualité professionnelle parce qu’ils présentent l’enregistrement finalement déjà prémasterisé et comptent sur le subside pour récupérer une partie de l’investissement. Or, il est clairement stipulé dans le mode d’emploi fourni par l’administration la précision suivante : « L’enregistrement ne peut pas faire l’objet d’une commercialisation avant l’introduction de la demande de subvention. Le dossier doit être parvenu au Service de la Musique, en un seul exemplaire, avant le début de l’enregistrement. » (J’ai laissé le gras et le souligné comme présenté dans le mode d’emploi).


On est en droit de se poser de sérieuses questions… De là à se demander s’il n’y a pas une certaine forme de copinage, il n’y a qu’un pas.


Venons en maintenant au problème très large de la subjectivité dans l’art. C’est une question qui se pose souvent, notamment au sein du conseil d’administration des Lundis d’Hortense où je siège depuis 2 ans. Parmi nos nombreuses actions, nous organisons 4 activités de concerts. Pour toutes ces activités, nous avons à cœur d’être le plus objectifs possible, surtout en tant que musiciens, et nous effectuons des écoutes à l’aveugle pour établir notre programmation. Il est par ailleurs interdit aux membres des Lundis d’Hortense de voter pour les groupes dans lesquels ils jouent. Malgré toutes ces précautions, une part de subjectivité subsiste, elle est bien moindre que chez l’immense majorité des programmateurs, mais elle existe. Distinguer la qualité en faisant fi du goût ou comparer un projet de free jazz avec de la bossa-nova acoustique est parfaitement impossible. Au conservatoire, la question se pose sans cesse au sein des jurys d’examen, je me suis vu interrogé un jour après avoir présenté mon programme : « Pourquoi tu ne joues pas des doubles croches dans ta ballade, comme Michel Petrucciani ? » Visiblement, j’aurais dû partager l’amour inconditionnel de ce membre du jury pour le pianiste français…
C’est donc manifestement impossible d’être objectif en matière d’art. Pour en revenir aux avis du CMNC, il est vrai qu’à mon sens on touche ici à la quintessence de la subjectivité, d’autant plus que des considérations artistiques aussi arbitraires émises par des non-musiciens sont particulièrement humiliantes et mal venues. Pour ne pas balancer des paroles en l’air, voici quelques exemples, en commençant une fois de plus par le mien : Jazz classique et manque d’audace. J’en connais à qui on a rétorqué que c’était trop avant-gardiste, donc il faudrait n’être pas trop classique, mais pas trop moderne non plus… Au passage, il suffit de voir la tête des musiciens avec qui je joue quand ils découvrent les grilles d’accords de mes morceaux pour comprendre que je ne joue pas exactement du New-Orleans, ou est-ce que une simple écoute avec une oreille un tant soit peux formée au vocabulaire jazz pourrait suffire ? Je ne reviens pas sur l’épisode du manque d’engagement de la contrebasse chez mon collègue Guiseppe, c’est assez éloquent… Un autre exemple ou un groupe qui joue en live sur des films muets se voit refuser l’aide parce qu’il n’y aurait aucun intérêt à publier la musique sans le film… Outre le fait que ce groupe vend des tas des disques depuis 4 ans et joue à l’étranger des dizaines de concert en participant pleinement au « rayonnement de la fédération Wallonie-Bruxelles », je peux vous faire part de mon expérience de professeur de piano chez les ados : La musique de film en tant que musique pure a un succès absolument dingue et est commercialisée en tant que tel depuis des dizaines d’années. Après la sortie de Lalaland j’ai eu des demandes d’élèves pour jouer « City of Light » à plusieurs reprises, avant ça c’était Twilight et Game of Thrones. Alors dans la catégorie des arguments à 2 francs, on tient un sacré challenger à mon avis.


Il y'a aussi des variantes du genre « trop académique » ou projet « non abouti » ou encore : « ferait mieux de continuer à chanter des standards » (quand une des règles pour l’obtention du subside est de jouer de la musique originale, c’est l’hôpital qui se fout de la charité)… Bref des considérations subjectives au possible, d’ordre artistique et formulées par des non-musiciens définis comme experts sur des bases tout aussi subjectives que l’est leur avis…


Je pense que vous voyez maintenant où je veux en venir. Il est absolument nécessaire, pour rester crédible en tant qu’organisme gouvernemental, de réformer ce système pour arrêter de se faire taxer de république bananière. Parce que c’est à ça qu’on est en train d’arriver. Je ne prétends pas avoir la solution, mais ce qui suit est une simple piste de réflexion qui mériterait d’être débattue par le secteur.
Je reconnais que je critique assez sèchement le conseil des musiques non classiques, mais ces membres ne sont pas le problème en eux-mêmes. C’est le principe même de demander leur avis à des gens sur un sujet qui est en réalité très loin de leur domaine d’expertise. Comment quelqu’un dont la musique de prédilection est le rock, le hip-hop ou la musique électronique serait-il à même de rendre un avis cohérent et légitime en matière de jazz ? Et inversement. Même si certains dans le jury ont des connaissances spécifiques, les autres ne devraient même pas avoir voix au chapitre quand on en vient à quitter leur domaine de compétence. Si un jour un ahuri me demande mon avis sur la marche à suivre pour une opération de l’aorte, j’aurai le bon sens de dire que je n’y connais rien et qu’il ferait mieux de laisser les chirurgiens s’occuper de ça.


Alors, je ne pense pas qu’établir un conseil constitué en tout ou en partie de musiciens soit une solution. Nous ne sommes pas forcément plus objectifs, même si sans doute plus compétents sur les questions techniques et artistiques. Et il n’est pas dit que ça éviterait les soupçons de copinage, que du contraire. Ça mettrait surtout un sacré bordel dans le milieu. Je ne pense pas non plus que des conseils ne regroupant pas « les musiques non classiques », mais des sous-genres plus restreints résoudraient tous les problèmes, même si ça serait déjà un progrès. Quand à l’idée de distribuer cette manne financière - ridicule au demeurant, mais c’est un autre débat - directement aux labels, ça reviendrait juste à se refiler la patate chaude. Un moindre mal serait aussi de tirer au sort à chaque commission un conseil parmi des journalistes, programmateurs et musiciens en fonction des styles, mais c’est encore loin d’être idéal.


Il est aussi à prendre en considération, et je le reconnais bien volontiers, qu’être membre d’un tel conseil est un exercice difficile où l’on s’expose à la critique, ce papier en est la preuve.


La piste que je lance serait d’établir une grille précise de montants à octroyer automatiquement sur base de critères objectifs, ça aurait en plus l’avantage de ne pas faire devoir attendre les artistes pendant des mois pour se voir renvoyer dans les cordes par trois phrases assassines et insensées. Comme je laisse le combat de l’absurde par l’absurde à Gilliam, ces critères ne devraient pas être établis par un comité restreint, mais par une consultation populaire du secteur. À ce titre je pense que le Facir, les Lundis d’Hortense et d’autres associations du même acabit peuvent jouer un rôle. Même si on leur en demande déjà beaucoup et que je précise que la plupart des gens actifs au sein de ces associations travaillent et réfléchissent à des questions du genre bénévolement.


Cette refonte du système de sélection des groupes de musique à subsidier est aussi nécessaire pour se confronter à la réalité du marché discographique actuel et aux habitudes prises par les labels pour y faire face. En effet, la logique proposée par le service des musiques non classiques est archaïque, les labels qui acceptent de signer un artiste qu’ils ne connaissent pas avant qu’il ait enregistré son album se comptent sur les doigts d’une main. Alors quand on demande aux artistes qui font une demande d’aide à l’enregistrement d’à la fois ne pas avoir enregistré (mais d’avoir une démo pro…) et en même temps de faire part des contrats de production ou coproduction signés avec d’éventuels labels, tout en réalisant le cd en respectant le budget et le projet initialement proposé au CMNC… C’est parfaitement impossible. Ou alors faudrait-il être malhonnête, contacter le conseil avec un projet d’autoproduction et une fois les subsides versés (si pas refusé pour manque d’encadrement professionnel) se tourner vers un label et ainsi avoir un projet de développement qui n’aura plus grand-chose à voir avec le projet initial. On retombe une fois plus dans un imbroglio d’absurdités à tous les niveaux. En dehors de prendre des carrières en otage, cette façon de fonctionner n’a absolument plus aucun intérêt en 2017. Est-il besoin de rappeler qu’on parle ici d’argent public ?


Au bout du compte, comme pour mon premier disque et comme un très grand nombre de mes collègues, je vais me débrouiller sans aide. Je me réjouis de la solidarité de certains professionnels du secteur prêt à faire des sacrifices financiers pour que je puisse mener mon projet à terme. Mais si cette aide existe elle devrait à mon sens être répartie de la façon la plus juste et objective possible. Sous peine de se voir à jamais considérer comme un exemple de plus du copinage qui sévit dans les institutions wallonnes.


Donc, oui je vais faire ce disque, mais je devrai faire deux jours de studio au lieu de trois, je ne pourrai pas payer les musiciens, je vais devoir faire un nombre incalculable d’aménagements, sans doute me passer des services d’un attaché de presse, je ne pourrai pas faire de clip, sans doute réaliser la pochette moi-même avec mes maigres connaissances en graphisme, et j’en passe… Notez bien, mais c’est une autre histoire, les dégâts collatéraux que provoque l’obligation de réaliser un disque à moindre coût… (Pas de travail pour un graphiste, un attaché de presse, un réalisateur, un cadreur, un studio et des ingénieurs du son qui travaillent au rabais, des musiciens qui devront bloquer deux jours pour ne rien gagner…)
Certains sont déjà résignés, ou tirent une certaine fierté (et moi le premier) d’avoir réussi à sortir un disque sans l’aide de personne ou presque. Mais soyons réaliste 5 minutes : Les crowdfunding ont leurs limites, une fois que bobonne, papy et tantine Abigaëlle ont donné 50 euros, ça ne marche plus si bien. En tant que musicien je vois passer des appels au financement participatif par dizaines chaque mois. Si je devais donner 10 euros à chacun, je peux revendre mon piano et me trouver une jolie boîte en carton pour passer l’hiver dehors. L’argumentaire du home studio ne tient pas la route pour la plupart des musiques acoustiques un peu sérieuses… Pour produire un disque de jazz il faut un studio avec des booth séparées permettant idéalement aux musiciens d’avoir un contact visuel, c’est une musique ou l’improvisation tient une place centrale et où il est impératif de pouvoir enregistrer simultanément, j’ai parfois l’impression que certains membres du conseil des musiques non classiques n’en ont même pas conscience. Faut-il rappeler que la première préoccupation d’un musicien, c’est de jouer de la musique ? Bref, un studio, même solidaire de la cause, ça coûte beaucoup d’argent et de l’argent c’est bien ce qui fait défaut à une grande majorité d’artistes.


Une des autres réalités du marché, c’est que si on prédit la mort du disque depuis plus de 10 ans, il est agonisant, mais toujours bien là. La raison est simple et trouve sa source dans la musique live. Les disques se vendent bien lors de concerts. (Difficiles à obtenir et faisant l’objet d’une politique presque tout aussi absurde, mais je serais reparti pour 4 pages si je voulais en parler un peu sérieusement). Quoi qu’il en soit, pour obtenir des concerts un tant soit peu importants avoir un CD est presque une condition sine qua non. Pour développer sa carrière, établir sa notoriété, un album est indispensable. En mettant des bâtons dans les roues des musiciens avec des refus formulés de façon aussi ridicule et dénuée de tout bon sens, on agit de façon assez dramatique sur les carrières de ces mêmes musiciens.
S’il faut se réjouir d’avoir un service culturel capable de débloquer des fonds pour aider des projets, on est forcé de constater que la répartition est faite de manière beaucoup trop subjective pour être digne d’une institution officielle tel que le Service Musique de la Fédération Wallonie-Bruxelles … Et si le budget ridicule (qui tourne autour de 300 000 euros et quelques si je ne m’abuse) est un des problèmes principaux, le système de sélection doit changer de toute façon pour au moins tendre à une certaine forme d’objectivité…


Quoi qu’il en soit on continuera de faire de la musique que les choses changent ou pas et je continuerai de me battre pour que les impôts prélevés sur mes cachets de misère servent à faire avancer le schmilblick vers le haut. Parce que la culture est un des piliers pour l’épanouissement d’une société et la clé pour sortir du marasme économico-terroriste et raciste qui flotte autour de nous depuis trop longtemps.


Bien à vous madame la ministre, chers membres du conseil de musiques non classiques, chers lecteurs,


Joachim Caffonnette



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