Pétition fermée

Revalorisation des kinés à hauteur de leurs compétences et des services rendus.

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J'accuse... !

Moi, Cyrille Arnol, dont aucun dieu, jusqu'à preuve du contraire, ne s'est penché sur le berceau, affirme pouvoir révéler un certain nombre de vérité. Mes origines modeste m'ont comblé. J'y ai appris les bonheurs simples de la vie, les seuls qui vaillent. Mais encore, la bienveillance, la confiance, l'amour, l'abnégation, l'humilité nécessaire à la construction d'un être humain équilibré, je l'espère, ne désirant pas écraser son prochain, ne désirant pas vivre du travail d'un autre.

Bien que les mots puissent être offensant, la volonté première de ce texte n'est pas tant de porter un jugement que d'initier une remise en question globale et surtout individuelle de notre société idéalisée.

Mon parcours est somme toute banal, lycéen scientifique moyen, sportif, curieux de tout, mais également altruiste, je m'oriente donc vers la kinésithérapie, discipline qui a le mérite à mes yeux de combiner l'ensemble de ces caractères. Le concours offrant 50 places pour 1600 candidats, une bonne préparation, ainsi qu'un peu de chance sans doute, m'ont permis d'en chiper une, sésame d'un changement de classe sociale, preuve que l’ascenseur social fonctionnait dans ce pays. Et pour dire vrai, l'aboutissement tacite de plusieurs générations.

22 ans et diplômé, n'ayant pas traîné en chemin, la vie active s'ouvre à moi dans un cabinet libéral, lieux que je ne quitterai plus. Le travail ne m'effraie pas, tout comme la découverte d'un métier payé à la pièce, à l'instar des ouvriers de l'exode rurale du XIXeme siècle, esclaves du « sweating-system ». Sauf que les premières années la pièce était correctement rémunérée.
Au rayon des curiosité du statut, mention spéciale au délai de carence de 90 jours pour les arrêts de travail, l'absence de congés payés bien entendu, ainsi qu'une retraite hypothétique « qu'il faudra vous faire vous même à coté » selon nos premiers employeurs, avis tous convergeants. Nous essayerons de nous en souvenir...

Depuis plus de 15 ans, mes quarante à cinquante heures hebdomadaires seront abattues, rarement malade au point de devoir faire défaut, fidèle au poste, dans un village où le service rendu est apprécié, reconnu, indispensable.
De plus ses dernières années m'ont ramené sur les bancs des formations, des facultés, des congrès.
Et avec énormément de plaisir, mon expertise s'est nettement améliorée, les discours aux patients ont grandement mûris à la lumière des preuves scientifiques d'études récentes.

Ma vie est, modestement, la trajectoire souhaitée par de nombreux parents à leurs enfants. Idéale, avec peu, voire pas, d'erreur d'aiguillage. Peu sensible aux signes extérieurs de richesse, je n'ai rien cédé aux sirènes de cette société de consommation. L'été nous partons en toile de tente, choix économique autant qu'éducationnel pour nos deux enfants. Mon seul luxe annuel est la semaine au ski que je m'offre et pendant laquelle je profite de ma famille dans un cadre relaxant, dont je ne saurais me passer. Et pour ce luxe, les destinations possibles rétrécissent d'année en année. Ne le mériterais-je pas ?

A ce jour, mon travail, somme de nombreuses années d'études supérieures, de bien meilleure qualité d'année en année, se trouve nettement moins bien rémunéré, du fait de l'inflation non compensée. (-15 % en 20 ans).
Mes charges montent en flèche : Loyer, EDF, eau, matériel de plus en plus cher.
Mon salaire net est encore plus amputé par l'Urssaf, sa CSG, ainsi que notre caisse de retraite (CARPIMKO).
Quand l'accumulation du nombre d'heure me permet d'être un heureux contribuable, les impôts achèvent le découragement.
Sweating system... La salaire de la sueur...

Lorsque l'école de la république parvient à faire des Bac +4, tolérants, ouverts aux autres, avec des enfants d'ouvriers, et que ceux ci sont utiles à la construction d'une civilisation de haute qualité dans les domaines aussi divers que la santé, l'éducation ou autres, alors elle peut s'enorgueillir de cette réussite. Bravo à elle.

Mais au moment où ces enfants de la république sentent que les efforts consentis ne paient plus, où avec leur travail, ils n'accèdent plus au travail des autres, qu'ils soient restaurateurs, maçons, moniteurs de surf, femmes de ménage ou peintres, alors la promesse qui leur a été faite s'envole et devient une parole de politicien de ces 40 dernières années, un mensonge.

Cette tirade a pour seul but d'évoquer à nu, une vérité, qui est la mienne.

Messieurs, Mesdames, présidents, députés, ministres, je vous accuse !

Je vous accuse d'avoir utilisé vos politiques à vos seules finalités électorales. Le court terme, associé à votre réélection, a été plébiscité au détriment du long terme et du bien commun.

Je vous accuse d'avoir fermé les yeux sur les dossiers où le bon sens mis en application, aurait froissé vos amis ainsi que leurs industries.

Je vous accuse de ne pas avoir pris les décisions qui s'imposaient de peur de vous mettre une partie de l’électorat à dos, nous menant dans la situation dans laquelle nous sommes, les deux mains sur le robinet de la manne publique.

Je vous accuse d'avoir pris le peuple pour ce qu'il n'est pas, en conservant des symboles évidés de leur moelle, pensant qu'il n'y verrait rien. Où se trouve l'égalité dans ce pays ?
Nous, kinés, devrions travailler pour 8 euros net par patient (parfois moins cf AMK6) sur l'autel de cette égalité ?
Autant vous le dire, je ne vaux pas 8 euros, je suis bien plus cher. Des patients me le disent, parfois sans tact, choqués sans doute, se moquant de la somme dérisoire qui a pu leur faire reprendre le travail une semaine plus tôt que prévu. Mais si je pratique un dépassement, je tue cette égalité. En suis-je responsable ?
D'un autre coté, comme évoqué plus haut, je ne peux pas me payer un artisan pour finir mes travaux à la maison. Qui lui peut pratiquer un tarif horaire qui lui convient, si le client consent.
Voulez vous réellement que je travaille moins pour être mon propre maçon ? Des années d'études, payées par l'état en bonne partie pour ça ? Encore une bonne utilisation de l'argent public selon les standard de l'ENA sans doute...

Je vous accuse donc de m'avoir chargé d'un pareil cas de conscience.

Je vous accuse de laisser la situation croupir. Les cabinets libéraux sont au bout de la logique.
Le temps n'arrangera rien si ce n'est de trancher concernant la question du cas de conscience.

Enfin, je vous accuse de m'avoir lâché, moi, cet enfant de la république qui prétend la servir au mieux de ses capacités. D'avoir tué mes rêves, d'avoir blessé mon bonheur quotidien du soin porté à une population multiculturelle, au point de remettre en question mon engagement.

C'est sans fierté pour mon pays que je retourne dans mon cabinet, les mains abîmées par le ciment que je ne maîtrise pas... et mille pardon à Zola pour l'anaphore.



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