Permettre aux patients hospitalisés de revoir leurs proches

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Des confinés au milieu de déconfinés, patients seuls et oubliés.

95. C'est le nombre de jours depuis lequel je n'ai pas pu voir les gens que j'aime.
95 longs jours, privée des miens, car je suis coupable d'être malade. Coupable d'être atteinte d'une maladie neurologique à l'heure du covid 19. Coupable et donc enfermée dans un centre de rééducation dont je ne peux sortir. Le seul privilège que j'ai, est de voir deux de mes proches une fois par semaine pendant 45 courtes minutes derrière un mur de plastique qui nous sépare. 45 minutes, plexiglas, masque, pas de contact. Un parloir de prison.

Ils diront que c'est une chance, ils diront que c'est mieux que rien, ils diront qu'ils font leur maximum, ils diront qu'ils me comprennent. Ils ? Ce sont vous, tous les dirigeants décisionnaires des établissements et des instances de santé.
Ceux-là même qui décident si moi, patiente, ai le droit de voir ma famille ou non. Mais qui sont-ils pour avoir ce droit de décision ? Qui sont-ils pour avoir le pouvoir de m'obliger à rester confinée alors même que la France entière reprend le cours de son quotidien, sous simple prétexte que je suis malade ? Forcément qu'au début du confinement et de la crise sanitaire, ces interdictions de visite étaient nécessaires, et nous l'avons compris. Mais cela ne peut durer indéfiniment car ces restrictions imposées relèvent dorénavant de l'insupportable.

Ils diront qu'ils font ça pour me protéger. Foutaises. Ce n'était le cas qu'au début. Derrière ce faux argument mettant en avant la protection du patient, se cache un manque de responsabilité. Chacun de ces décisionnaires se renvoie la patate chaude car nul ne veut assumer la responsabilité de ré-autoriser les visites, sous prétexte que le covid-19 circule toujours.

Alors oui, il circule toujours. Mais ne devrions nous pas apprendre à vivre avec tous ensemble, décemment et civilement, plutôt que de priver certaines personnes de leur liberté, Messieurs-dames les décisionnaires ? Vous, qui avez toujours réponse à tout. Vous, qui trouvez toujours une parade pour répondre négativement mais de manière compatissante à ma demande de revoir mes proches. Jamais je n'aurais imaginé devoir demander la permission pour revoir la personne qui partage ma vie.

Savez-vous seulement ce qu'est être hospitalisé dans un centre de rééducation pendant de longs mois, en fauteuil roulant, ne pouvant compter que sur vous-même et avec ce sentiment oppressant d'être enfermé? Savez-vous seulement que le moral et le bien-être psychologique du patient jouent un rôle essentiel dans sa rééducation physique ? Savez-vous seulement que le soutien des proches est primordial dans de telles épreuves ?
Je pense que vous le savez, oui. Vous le savez en théorie, mais jamais vous ne vous mettriez à notre place. Nul doute que vous préférez votre quotidien de bureaucrates, enchaînant les réunions en buvant un bon café brûlant. Et le soir, vous rentrez chez vous dans votre maison, vous vous détendez auprès de votre famille, autour d'un bon repas. Et à ce moment-là, jamais vous ne pensez à nous. Nous, patients, qui pendant ce temps-là sommes déjà couchés grâce à une aide-soignante (qui soi dit en passant, gagnera à peine plus du SMIC à la fin du mois...). Nous, patients, fatigués de notre journée de rééducation, et surtout fatigués d'avoir passé encore une journée seuls, loin des gens que nous aimons.

Demain, ce sera le 96e jour. 96e jour à se demander quand on aura le privilège et la chance de revoir notre famille. Pour vous, ce ne sera qu'un jour de plus, une journée au rythme du métro-boulot-dodo. Pour nous, patients en rééducation, ce sera kiné-coucher-désespéré.

Alors, quand aurons-nous le privilège de voir notre famille ? À l'heure où les EHPAD et certains hôpitaux assouplissent progressivement leurs conditions de visite, qu'en est-il pour les Centres de Soins de Suite et de Réadaptation ? Pourquoi sont-ils les grands oubliés des décisions de l'ARS ?

Vous faites tous de beaux discours, mais aucun d'entre vous ne serait capable de prendre ma place, et surtout, aucun d'entre vous ne supporterait un éloignement forcé des personnes qui vous sont les plus chères, pendant 96 jours. Et même plus.