Pétition fermée

REPRESENTATION MATTERS : pour un amphithéâtre Suzanne Basdevant-Bastid à Sciences Po

Cette pétition avait 1 152 signataires


L’année dernière, pour la journée internationale de lutte pour les droits des femmes, GARCES (Groupe d’Action et de Réflexion Contre l’Environnement Sexiste) renommait les amphithéâtres de Sciences Po.


Le temps d’une journée, il s’agissait de donner une plus grande visibilité aux femmes dans l’enceinte de l’école. Cette année, GARCES va plus loin : par cette pétition, nous demandons que l’un des principaux amphithéâtres de Sciences Po soit officiellement renommé. Nous demandons à ce que l’amphithéâtre Albert Sorel devienne l’amphithéâtre Suzanne Basdevant-Bastid.


Cette demande, nous la faisons pour deux raisons.


Tout d’abord, en raison d’une nécessité de représentation des femmes dans Sciences Po après plus d’une centaine d’années d’invisibilisation. Dans une école où les femmes représentent plus de la moitié des étudiant.e.s (elles sont aujourd’hui 57%) ainsi qu’une très large majorité du personnel, nous estimons que la nomination exclusivement masculine de nos amphithéâtres est porteuse d’une symbolique sexiste lourde de sens, et représente une exclusion flagrante de plus de la moitié des étudiant.e.s au sein de notre université. Nous pensons que si Sciences Po souhaite affirmer de façon concrète et matérielle les valeurs d’égalité de genre qu’elle dit défendre, celle-ci doit aussi se saisir des questions de représentation. Notre visibilité et notre reconnaissance au sein de Sciences Po passeront par l'investissement des espaces qui nous concernent, et c’est dans cette logique que nous demandons la nomination nouvelle d’un amphithéâtre.


GARCES constate avec ironie que si Sciences Po dit s’être engagée à se rendre “plus active sur le thème de l’égalité femme-homme” et à mettre en place un “parcours de sensibilisation pour les étudiant.e.s à travers le programme HeForShe”, l’image de Sciences Po reste celle d’une école presque exclusivement dirigée par des hommes : le fossé entre théorie et pratique est flagrant, il suffit de regarder les noms de nos amphithéâtres. Ces noms nous rappellent que notre présence légitime dans cette école n’était ni acquise, ni la bienvenue pendant très (trop) longtemps.


Dans cette logique, GARCES réaffirme l’indispensable nécessité de se réapproprier nos salles de cours, de manière concrète et symbolique, à travers leurs (ré)appellations.


La seconde raison s’inscrit dans le fait que nous jugeons inacceptable que la mémoire des femmes qui nous ont précédées ne soit pas honorée.

L’exclusivité masculine accordée aux nominations est un rappel perpétuel du passé sexiste de l’école. Doit-on rappeler que les femmes doivent attendre 1919 avant de pouvoir entrer à l’Ecole Libre des Sciences Politiques, alors même qu’elles accèdent déjà aux facultés de médecine, de droit et de sciences dans les années 1880 ? Doit-on rappeler que si les étudiantes y entrent encore difficilement en 1920, il faut attendre 1941 pour y voir l’arrivée de la première femme professeure, Suzanne Basdevant-Bastid - demeurée unique femme du corps professoral 27 ans durant - ? Et que celle-ci, malgré ses grandes qualifications académiques en droit international, ne put obtenir son premier poste de professeure de droit que difficilement dans un contexte de guerre mondiale et d’occupation.


Ainsi, si Sciences Po arbore désormais une politique libérale d’égalité femmes-hommes, n’oublions pas que l’école ne s’est féminisée que très tard.


Si nous comprenons que les hommes qui ont donné leurs noms aux amphithéâtres de Sciences Po sont les représentants intellectuels de la fondation et du développement de l’école, des femmes dont nous ne connaissons pas l’histoire le sont aussi.  La mise en scène de l’Histoire n’est pas neutre. Elle permet la perpétuation d’une culture spécifique et d’un imaginaire commun chez tou.te.s les élèves. Représenter matériellement l’histoire de Sciences Po en ne mettant en valeur que les hommes exclut, dès lors, irrémédiablement de la mémoire les femmes ayant œuvré pour l’école.


Sciences Po ne peut exister sans les femmes : qu’elles soient étudiantes, membres du corps enseignant, membres du personnel ou membres de l’administration, elles ont le droit à une représentation symbolique au sein de l'institution, à une reconnaissance de leur implication dans l’histoire de l’école et ce, au même titre que “les hommes qui ont fondé Sciences Po”.


Nous ne nous contenterons pas de renommer informellement les amphis de Sciences Po. Nous ne nous satisferons pas de la simple nomination de nouveaux espaces. Et pour cela, nous décidons de nous positionner POUR la suppression du nom d’Albert SOREL, amphithéâtre du 27 rue Saint-Guillaume et POUR une nomination nouvelle de ce lieu. Symboliquement nous voulons que le nom de Suzanne BASDEVANT-BASTID, première professeure de l'École Libre des Sciences Politiques, devienne l'appellation nouvelle de cet amphithéâtre.


Si nous avons choisi Suzanne Basdevant-Bastid parmi beaucoup d’autres, c’est pour le symbole qu’elle représente et pour son statut de pionnière dans le lent processus de féminisation de l’école. Elle fut l’une de celles qui durent lutter pour se faire accepter en tant que femme dans un milieu foncièrement masculin et permit, par sa présence, une évolution radicale dans l’histoire du corps professoral de l’école. Elle joua aussi un rôle dans la résistance à l'occupation, fut reconnue à travers le monde pour ses travaux, enseigna à New-York ou encore à Beijing et fut aussi membre de la délégation française à l'assemblée générale de l'ONU pendant 12 ans. Pour tout cela et bien d'autres actions de sa vie, nous considérons que cette femme mérite amplement de donner son nom à un amphi.

Toutefois, il nous tient à coeur de rappeler qu'aujourd'hui encore, la route demeure longue. En effet, Frédéric Gros ayant récemment remplacé Françoise Mélonio, les fonctions magistrales pour les cours de première année du campus de Paris ne sont aujourd’hui occupées que par des hommes. Cela soulève de réels enjeux de représentativité.


Par ailleurs, après une longue étude de l’histoire de l’école, si notre choix s’est porté sur la suppression du nom de l’historien Albert Sorel, c’est parce qu’il était le seul à ne pas avoir exercé des fonctions de directeur de l’école, malgré son prestige académique.


Enfin, la possibilité de seulement donner des noms de femmes aux amphithéâtres de l’Artillerie ne nous suffit pas. Car si nous appuyons ce projet et sommes prêtes à aider la direction dans ce sens, l’Artillerie ne sera pas dotée de la symbolique forte du 27 rue Saint Guillaume. Le centre historique de Sciences Po se trouve au 27, c’est donc au 27 que nous demandons l’implantation d’une présence féminine parmi nos amphithéâtres. Simplement renommer les amphithéâtres de l’Artillerie reviendrait à perpétrer une situation non mixte et excluante au 27. Nous ne voulons pas nous contenter d’une visibilité féminine dans un unique et futur bâtiment excentré.


A travers cette pétition, GARCES souhaite donc rendre les places qui leur sont dues aux grandes femmes de l’école en célébrant et en rendant visibles leurs mémoires. Ainsi, nous demandons à ce que d’ici la rentrée prochaine, pour la commémoration des 22 ans de la mort de Suzanne Basdevant-Bastid, l’actuel amphithéâtre Albert Sorel soit renommé à son nom.

 

 


Co-signataires :


Solidaires étudiant.e.s SciencesPo

Unef SciencesPo

Séminaire Autogéré de SciencesPo



Garçes Collectif Féministe compte sur vous aujourd'hui

Garçes Collectif Féministe a besoin de votre aide pour sa pétition “Administration de Sciences Po : REPRESENTATION MATTERS : pour un amphithéâtre Suzanne Basdevant-Bastid à Sciences Po”. Rejoignez Garçes Collectif Féministe et 1 151 signataires.