COMMENT SAUVER LES BARS-CONCERTS?

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Madame, Monsieur, 

Le coronavirus a mis à l’arrêt le spectacle vivant, les théâtres, les salles ainsi que les bars-concerts. C'est un drame pour ces professionnels, pour les artistes et intermittents, mais aussi pour le public. Premier maillon de la diversité culturelle, cafés et bistrots offrent un tremplin, une visibilité pour les talents de toutes origines, tous âges, tous styles. Les musiciens et auteurs y trouvent le véritable sens de leur travail: rencontrer un public et présenter leurs créations. Les habitants, visiteurs et touristes y découvrent des univers artistiques, un loisir abordable dans un lieu ouvert et convivial. Ancrées dans leur quartier, leur territoire, ces initiatives indépendantes constituent une richesse culturelle de proximité, le chaînon indispensable entre l’école de musique et les salles professionnelles.

Ces dernières années, un grand nombre de ces adresses consacrées à la chanson, au jazz, au rock ont été contraintes de cesser leur activité. Auteur des Guides Paris 200 bars-concerts, j’ai recensé une centaine de fermetures à Paris depuis 2010, pour diverses raisons : hausse de l’immobilier et des loyers, équilibre économique, normes, soucis avec le voisinage, la Préfecture de police, l’Urssaf, les administrations… Les nouveaux lieux qui ont le courage d’ouvrir se heurtent à de semblables difficultés.

La pandémie actuelle est une épreuve supplémentaire et l’inquiétude est grande pour la sortie du confinement. Car le virus affecte différemment les activités: il favorise le commerce numérique, mais complique la vente de produits matériels et frappe encore plus durement les échanges humains directs. Ainsi, imposer le masque et une distance entre chaque personne nuirait à la convivialité que le public vient chercher dans les bars-concerts et hypothéquerait leur modèle économique déjà précaire. C'est pourquoi, après plusieurs mois de fermeture, l'estimation de 30 à 40% de dépôts de bilan de bars-concerts évoquée par la profession à Paris est hélas réaliste. Autre inquiétude: après ces mois de silence, des associations de voisins annoncent qu’elles vont exiger l’arrêt définitif des concerts et utiliser le second tour des élections municipales pour imposer leurs revendications.

Une leçon de la crise est pourtant de revenir aux produits locaux et aux circuits courts. Choisir des nourritures locales offre une garantie de fraîcheur et de qualité, rémunère nos agriculteurs et assure notre approvisionnement ; les citoyens souhaitent relocaliser les fabrications vitales, et non seulement masques et oxygène. De même, pour la culture, ne laissons pas Amazon, Google et Netflix formater les imaginaires, le spectacle, la musique, la chanson, les narrations, les héros de notre XXIe siècle. L’écran des multinationales du numérique ne doit pas s’imposer en tant que passage obligé de la création. Autre risque de la raréfaction des bars-concerts : la multiplication d’évènements improvisés dans des sites en déshérence, moins sécurisés qu'un café ou une salle de spectacle.

Les petites salles, bars-concerts et bistrots constituent un circuit court pour la culture vivante, un véritable service public, des emplois, une visibilité pour nos territoires et nos créations dans le monde. Leur intérêt est de rendre la musique accessible à tous, d'offrir aux artistes et aux spectateurs un cadre festif et convivial, un lien social. Les bars-concerts demandent juste de pouvoir continuer à travailler, avec une législation plus souple que les contraintes additionnées au fil des ans. Il faut donc protéger ces lieux aussi fragiles qu’indispensables, ces entreprises à valeur culturelle ajoutée qui participent à l’âme de nos villes et nos campagnes.

Dans l’attente de votre réponse, veuillez croire, Madame, Monsieur, en mes salutations distinguées,

Pierrick Bourgault, auteur des Guides Paris Bars Concerts, www.monbar.net

Bars-concerts fermés depuis 2010 à Paris, ou ayant cessé leur activité musicale :

1er Carr’s, Très Honoré bar // 2e Kitty o’ Shea’s, Têtes Brûlées // 3e La Fusée // 5e Connolly’s, Loch Ness Tavern, Verre à pied, Vieille Grille // 6e Hippocampus, Swan Bar // 9e Limonaire // 10e Belle Vie Saint- Martin, Baroc, Est parisien, Charlus, Extérieur Quai, Harmonie Babali, Play Bar // 11e Angora, Bizart, Mécano bar, Styx, Atelier Charonne, Cantada, Les Enfants Terribles, Locandiera, Polichinelle, Satellit Café, Colonne sèche, Mélange des genres, Miz miz, Fat Cat, Ô piano, Zèbre rouge, Gibus café, Oxyd bar, Passerelle 2, Petite Mercerie // 12e China, Zic zinc, Montreux Jazz Café // 13e Batofar, Caminito // 14e Vin des rues, Magique, Plan B, 24 bis, Ti Jos, Zango, Bélière, la Godinette // 15e Le Carré Parisien // 17e Le Théranga, les Trois Flèches // 16e l’Agnone, la péniche Pourquoi Pas // 18e Living b’art, Autour de midi, Clin’s bar, Saraaba, Xango, Blues bar, Les Dessous de Ginette, Goutte rouge, Petit Théâtre du bonheur, le Tout Monde // 19e Les Mères Veilleuses, Moussa l’Africain, les Trois Arts, Aux Petits Joueurs // 20e Clins’bar, la Féline, la Flèche d’or, les Z’indems café, la Barricade de Belleville, le Bouillon saint Steph, le Buzz, Veilleuse de Belleville, Falabar...